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Syrie: Assad s'est décrédibilisé en niant son rôle dans les violences

En niant sa responsabilité dans la répression, le président syrien Bachar al-Assad, un temps présenté comme réformateur, semble adopter la même attitude de déni que d'autres dirigeants arabes renversés, ce qui augure d'une poursuite des violences, estiment des analystes.

Le président contesté a déclaré lors d'un rare entretien accordé à la chaîne américaine ABC News diffusé mercredi qu'il n'était pas responsable des neuf mois de violences qui ont fait plus de 4.000 morts selon l'ONU.

"Aucun gouvernement dans le monde ne tue son propre peuple, à moins d'être mené par un fou", a-t-il martelé, concédant toutefois que "quelques erreurs" individuelles ont pu être commises par des membres des forces armées.

M. Assad "semble être dans le déni le plus complet", estime Mohammed Bazzi, spécialiste de géopolitique arabe au Council on Foreign Relations, un centre de d'études basé aux Etats-Unis.

"Il persiste à dire que les Nations unies ne sont pas crédibles, que les informations faisant état de tueries et de tortures ne sont pas crédibles, et le plus incroyable peut-être, il persiste à dire qu'il n'a pas donné l'ordre de lancer une répression armée".

"Ce qui est vraiment choquant, c'est de voir à quel point ce président peut être aussi mauvais, voire même pire que ses homologues dans la région", souligne Peter Harling, un analyste de l'International Crisis Group basé à Damas.

"Les mouvements de protestations ont démarré dans des sociétés profondément différentes les unes des autres, mais se sont retrouvés face à des régimes se comportant d'une façon étrangement similaire", ajoute-t-il.

Les analystes soulignent que lors de l'interview, M. Assad, détendu mais provocateur, a semblé s'enfermer dans une version des faits qu'il répète inlassablement, imitant ainsi les dirigeants arabes renversés par des soulèvements populaires, tels que l'Egyptien Hosni Moubarak, le Libyen Mouammar Kadhafi ou le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali.

Pourtant, contrairement à ces présidents déchus qui appartenaient à une autre génération, Bachar al-Assad, un ancien médecin de 46 ans ayant fait des études en Grande-Bretagne, a un temps été considéré comme un réformateur bon teint.

"Comment a-t-il pu devenir similaire à Mouammar Kadhafi?" s'étonne M. Harling. "Après 40 ans au pouvoir, rien de surprenant à ce qu'un dirigeant soit déconnecté de la réalité -- mais pas après dix ans".

Selon les analystes, les justifications de M. Assad, qui a démenti tout "ordre demandant de tuer ou d'être violent" et expliqué que les violences étaient le fait d'individus hors de son contrôle, ne reflètent en rien la réalité.

"Quiconque connaît un tant soit peu la situation en Syrie vous dira que Bachar al-Assad, en tant que président, contrôle tout à fait son pays", souligne Salman Cheikh, directeur du centre Brookings de Doha.

"Certaines décisions se prennent peut-être collectivement, mais ce qu'il a dit dans cette interview dépasse l'entendement", indique-t-il, évoquant le risque que ces déclarations puissent se retourner contre lui, car très peu de gens sont prêts à les croire.

Le "déni" ou la mauvaise foi dont a fait preuve M. Assad au cours de cet entretien laissent peu d'espoir quand à une amélioration de la situation, estiment les analystes.

"Le régime tout entier se contente de répéter sans cesse la même histoire, alors que la crise va de mal en pire et pourrait entraîner (...) une guerre civile en bonne et due forme", indique M. Harling.

"En neuf mois, aucun projet n'a été lancé et les réformes relèvent de la fiction", ajoute-t-il. "Le message (d'Assad, NDLR) se résume donc à ceci: +Si vous voulez nous détruire, allez-y, mais nous entraînerons dans notre chute ce pays et toute la région".
En niant sa responsabilité dans la répression, le président syrien Bachar al-Assad, un temps présenté comme réformateur, semble adopter la même attitude de déni que d'autres dirigeants arabes renversés, ce qui augure d'une poursuite des violences, estiment des analystes.Le président contesté a déclaré lors d'un rare entretien accordé à la chaîne américaine ABC News diffusé mercredi qu'il n'était pas responsable des neuf mois de violences qui ont fait plus de 4.000 morts selon l'ONU."Aucun gouvernement dans le monde ne tue son propre peuple, à moins d'être mené par un fou", a-t-il martelé, concédant toutefois que "quelques erreurs" individuelles ont pu être commises par des membres des forces armées.M. Assad "semble être dans le déni le plus complet", estime Mohammed Bazzi, spécialiste de géopolitique arabe...