Les résultats officiels du vote, qui a connu une mobilisation inédite, ne seront pas annoncés avant ce soir, mais les Frères musulmans, citant les chiffres préliminaires obtenus dans les centres de dépouillement, se targuent d’ores et déjà d’une victoire. Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ) émanant de la confrérie a en effet annoncé dans un communiqué que ses listes avaient obtenu plus de 40 % des voix lors du vote qui s’est déroulé lundi et mardi.
Si cette tendance se confirme lors des prochaines étapes du scrutin qui doit s’achever en janvier, les Frères musulmans deviendront la première force politique en Égypte, après avoir été bannis et réprimés pendant des décennies sous le président déchu Hosni Moubarak. De plus, la confrérie exige, si elle obtient la majorité parlementaire, d’être chargée de former le prochain gouvernement du pays, toujours dirigé par l’armée depuis la chute de M. Moubarak en février. Et même si les Frères musulmans ne réclament pas ouvertement un « État islamique », leur ascension politique inquiète les milieux laïcs et coptes.
Ce premier tour, salué par la presse comme un « test de la démocratie » réussi, s’est achevé sans accroc après dix jours de manifestations massives hostiles à l’armée. La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a félicité hier l’Égypte pour « le début pacifique et réussi de son processus électoral » et a demandé « la poursuite d’une transition vers une démocratie juste, transparente et ouverte » dans le pays.
Si la mobilisation, en particulier sur l’emblématique place Tahrir au Caire, s’est tassée lors du scrutin, elle devrait reprendre avec de nouveaux appels lancés pour deux manifestations rivales demain, l’une favorable, l’autre hostile au pouvoir militaire.
En outre, cinq prétendants à la présidence égyptienne ont refusé de siéger dans le prochain gouvernement, a annoncé hier le Premier ministre désigné Kamal el-Ganzouri, sans citer leurs noms ni les motifs de leur refus, mais faire partie d’un exécutif que beaucoup dénoncent et qui ne sera aux affaires que quelques mois au plus pourrait mettre un terme à leurs ambitions présidentielles.
Dans ce contexte, 79 personnes ont été blessées hier dans des accrochages entre des manifestants sur la place Tahrir et des vendeurs ambulants, selon le ministère de la Santé, lorsque les premiers ont tenté d’expulser les vendeurs de la place. La situation a dégénéré et les deux côtés se sont lancé des pierres et des cocktails Molotov, selon des témoins.
Par ailleurs, un policier égyptien soupçonné d’avoir tiré sur des manifestants en visant délibérément leurs yeux lors des affrontements la semaine passée près de la place Tahrir au Caire s’est rendu à la police, a-t-on appris hier auprès d’un responsable de la sécurité. Une vidéo montrant un officier, surnommé par la suite « l’arracheur d’yeux », avait choqué le pays : on le voit s’avancer vers les manifestants puis tirer à plusieurs reprises, tandis qu’un de ses collègues le félicite : « Dans son œil ! C’est dans son œil ! Bravo, mon ami ! » Dans ces séquences vues des milliers de fois sur YouTube puis diffusées par une chaîne de télévision privée, le tireur a le visage découvert et sa photo, extraite de la vidéo, avait fait le tour de l’Égypte. Des tracts réclamant des informations sur lui contre une récompense financière ont même été distribués.
(Source : AFP)


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