Dans ce quartier huppé de l’est du Caire, quatre soldats à l’air grave sont postés devant l’école pour filles d’Héliopolis où, pendant ses 30 ans au pouvoir, le « pharaon » déposait son bulletin. Un rituel à usage médiatique qui ne laissait personne dupe. « Ce bureau était réservé à Moubarak et à sa clique. Les routes étaient coupées et on lui déroulait le tapis rouge, tout un spectacle », raconte Moustapha Ahmad, fonctionnaire au ministère de l’Information. Les yeux remplis d’émotion, il dit avoir participé pour la première fois de sa vie à des législatives, à 58 ans. « Avant, comme 90 % des habitants d’Héliopolis, je m’abstenais de voter car tout le monde connaissait les résultats », ajoute cet homme à la barbiche blanche. « Quand je le voyais voter à la télé, je zappais. C’était une vraie mascarade », lance de son côté Medhat, un ingénieur de 49 ans.
Après la chute de l’homme fort à la suite du soulèvement populaire de janvier-février et le début de son procès en août, ce vote a un goût de revanche. « Il disait que les Égyptiens n’étaient pas prêts pour la démocratie, voici la preuve du contraire », assure Mohammad, un employé de banque de 23 ans, en référence à l’affluence de lundi. « Avant, il se moquait de nous. Nous savions que tous les gens du PND (Parti national démocrate, au pouvoir sous Moubarak) allaient gagner », affirme Yasser Abdel Wahab, ingénieur, qui élit ses députés également pour la première fois. Mais « tout ça, c’est du passé. Aujourd’hui, au moins, il y a un peu de suspense, même si les Frères musulmans sont donnés pour gagnants. Il n’y aura plus de président élu à 99,99 %, c’est l’ère du pluralisme ».
Si rien dans cette école ne rappelle l’ancien régime, les Égyptiens en gardent toutefois des souvenirs tenaces. Lundi, une folle rumeur circulait sur Facebook selon laquelle Suzanne Moubarak, l’épouse du raïs déchu, aurait voté à l’école d’Héliopolis. Pour certains, ce bureau de vote est la disgrâce incarnée. « Ce lieu, c’est une honte. Je suis triste d’avoir voté au même endroit que lui », confie Khadija, une graphiste de 23 ans. « On ne savait même pas qu’il y avait des élections. On s’en rendait compte après, en lisant la presse ou en voyant ses images à la télé », rappelle cette brune menue aux cheveux courts.
(Source : AFP)


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