Le régime du président Bachar el-Assad s’en est pris hier à la Ligue arabe. « En prenant des sanctions, la Ligue a fermé toutes les portes avec la Syrie, et comme vous le savez, certains membres de la Ligue poussent à l’internationalisation » du conflit, a ainsi lancé le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem. « Arrêter les transactions avec la Banque centrale syrienne signifie une déclaration de guerre économique du point de vue du droit international », a réagi M. Moallem, accusant la Ligue de vouloir « pousser à l’escalade ».
Rappelons que dimanche, la Ligue arabe avait adopté des sanctions sévères contre la Syrie, les premières de cette ampleur à l’encontre de l’un de ses membres, prévoyant en particulier un gel des transactions commerciales avec le gouvernement syrien et de ses comptes bancaires dans les pays arabes. Par ailleurs, M. Moallem a affirmé que le régime était « sérieux » dans sa volonté d’engager un dialogue national, « le moyen de sortir de la crise », alors que les opposants rejettent désormais toute discussion, réclamant le départ pur et simple du président Assad. Il a assuré qu’en neuf mois de troubles, les forces de l’ordre n’avaient tiré aucun obus de char, ni fait usage d’armes lourdes ou de l’aviation, « mais seulement d’armes individuelles ». Le ministre des AE a en outre assuré que « la commission chargée d’élaborer la nouvelle Constitution terminera ses travaux très prochainement » et que cette dernière ne donnera plus au Baas le rôle dirigeant.
L’organisation panarabe a de son côté exhorté hier le régime à accepter un plan prévoyant l’envoi d’observateurs en Syrie, se disant prête à y apporter de légères modifications, en insistant, comme l’exige Damas, « sur la question de la coordination entre la mission d’observation et les autorités syriennes ». La ratification du protocole régissant la mission d’observation permettrait « une révision » des sanctions, a aussi promis le secrétaire général de la Ligue, Nabil el-Arabi. Cette annonce n’a cependant pas apaisé les partisans du régime, qui se sont rassemblés par dizaines de milliers à Damas pour dénoncer les sanctions, scandant des slogans hostiles à la Ligue et en faveur de M. Assad.
Dans le même temps, l’UE a décidé d’imposer de nouvelles mesures pour couper les sources de financement du régime syrien dans les secteurs des finances et du pétrole, selon une source diplomatique. Outre le gel des avoirs d’au moins 11 nouvelles sociétés, l’UE va interdire de visa et geler les avoirs de 12 personnes supplémentaires.
Par ailleurs, une commission d’enquête, placée sous l’égide du Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’homme, a qualifié la répression du régime de « crime contre l’humanité », après avoir interrogé 223 victimes et témoins, notamment des soldats dissidents ou des personnes ayant vu des enfants torturés à mort. Les manœuvres des forces militaires syriennes pour contrôler l’information sur les manifestations ont été également dénoncées dans le détail, dans le rapport de cette commission.
Mais sur le terrain, les forces de l’ordre ont encore tué neuf civils hier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Selon la chaîne de télévision al-Arabiya, ce sont 17 morts civils qui sont à déplorer. Défiant les forces de sécurité, une manifestation massive antirégime a eu lieu à Homs hier soir.
Au niveau international, réunis en sommet à Washington, les États-Unis et l’UE ont appelé la Syrie à « mettre fin immédiatement à la violence ». L’organisation Amnesty International a pour sa part demandé au Conseil de sécurité de l’ONU « d’agir rapidement et de façon décisive » afin de faire cesser la répression en Syrie. À Paris, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a estimé que le régime syrien était « totalement isolé aujourd’hui » et que ses jours étaient « comptés », même si les choses avançaient « lentement ». Son homologue syrien lui a rétorqué ironiquement : « Qui vivra verra, si Dieu lui prête vie. » En outre, la France a proposé que la Turquie, non membre de l’Union européenne, de participer jeudi au Conseil des ministres des Affaires européennes pour discuter de la situation en Syrie. De son côté, Ankara a indiqué qu’il suivra les recommandations de la Ligue arabe imposant des sanctions économiques à la Syrie, mais qu’il n’envisageait pas pour l’instant d’ouvrir des couloirs terrestres d’aide humanitaire à destination des civils. La Suisse, elle, a dit examiner l’idée de créer des « corridors humanitaires ». Cette suggestion, faite par la France, est « une idée intéressante », a déclaré la présidente de la Confédération helvétique, Micheline Calmy-Rey.
Navires de guerre russes à Tartous en 2012
La Russie va envoyer en 2012 une flotte de navires de guerre en Syrie officiellement pour une simple escale, a rapporté hier le quotidien Izvestia. Les navires, menés par l’unique porte-avions russe, l’amiral Kouznetsov, mouilleront dans le port de Tartous. Un porte-parole de la marine russe a toutefois souligné que le projet d’envoyer des navires en Syrie n’était pas lié aux affrontements entre les forces du régime Assad et l’opposition.
(Sources : agences et rédaction)


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine