Des Libanais figuraient parmi les milliers de fidèles venus accueillir le pape, hier, à Cotonou. Pius Utomi Ekpei/AFP
Le souverain pontife, venu fixer un cap aux fidèles dans une région en pleins bouleversements, a dans son discours à l’aéroport mis en garde contre les « écueils » liés au passage à la « modernité », citant la « soumission inconditionnelle aux lois du marché ou de la finance », le « nationalisme », le « tribalisme » ou encore « l’effritement des valeurs ». L’Afrique est le continent où le nombre de catholiques croît le plus vite, mais l’Église de Rome y est concurrencée par les nouveaux courants protestants. Plusieurs centaines de milliers d’Africains ont rejoint ces cultes aux célébrations plus chaleureuses et perçues comme plus proches des préoccupations des gens. À bord de son avion, le pape avait déclaré que l’Église catholique « ne doit pas imiter ces communautés » pentecôtistes qui « ont du succès mais peu de stabilité ». L’Église « doit avoir un message simple, concret, compréhensible. Il est important que le christianisme n’apparaisse pas comme un système difficile, européen, qu’un autre ne peut comprendre », a-t-il poursuivi.
Peu avant son arrivée à Cotonou, des fidèles avaient fait un dernier ménage à la cathédrale et à l’église Sainte-Rita, où il rencontrera aujourd’hui des orphelins. À l’entrée, une grande photo de Benoît XVI avec l’inscription « kwabo » (« bienvenue » – en langue fongbé).
Dans ce pays ouest-africain de 9 millions d’habitants, où l’Église est vivante et en expansion mais confrontée à de nombreux problèmes, Benoît XVI vient signer puis remettre à des délégations d’évêques de tout le continent une « exhortation apostolique » issue du synode africain de 2009. Sous le nom latin d’« Africae Munus » (« l’engagement de l’Afrique »), il s’agit de promouvoir une plus grande implication de l’Église africaine dans les problèmes de la cité, alors que les défis ne manquent pas : développement inégal, corruption, affaiblissement des pouvoirs traditionnels, concurrence des Églises pentecôtistes et rapports parfois difficiles avec l’islam.
Le programme chargé du pape, 84 ans, le conduira aujourd’hui à Ouidah (40 km à l’ouest de Cotonou), cœur du vaudou, religion traditionnelle profondément ancrée dans le pays et qui compte plus de fidèles que le catholicisme. Le temple des Pythons y fait face à la basilique. Cette ville côtière, où débuta l’évangélisation du pays il y a 150 ans, abrite aussi le plus grand séminaire d’Afrique occidentale. À Cotonou, Benoît XVI s’entretiendra le même jour avec le président Thomas Boni Yayi, et des représentants des autres religions, du vaudou notamment.
Demain, il célébrera une messe au « stade de l’amitié » de Cotonou avant de quitter le pays dans l’après-midi.
(Source : AFP)

