Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a rencontré hier soir, dès son arrivée à Istanbul, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Photo AFP
Le ministre français des Affaires étrangères est arrivé hier soir en Turquie pour une visite de deux jours à l’agenda bien rempli, signe de la volonté commune d’aller au fond des choses : deux rencontres sont prévues avec son homologue Ahmet Davutoglu, outre des entretiens avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, le président Abdullah Gül et le ministre aux Affaires européennes Egemen Bagis. Au menu des discussions : la Syrie, de plus en plus isolée par la communauté internationale pour la poursuite de la répression, les développements dans les pays arabes, l’Iran et la candidature d’Ankara à l’Union européenne, selon l’agence Anatolie.
Face à la répression persistante de la révolte populaire contre le régime de Damas, la Turquie a pris mardi pour la première fois des sanctions en stoppant des explorations de pétrole communes menées en Syrie et en menaçant d’arrêter de fournir de l’électricité à ce pays. Lors de sa visite, M. Juppé « saluera auprès de ses interlocuteurs la décision forte de sanctionner le régime de Damas que viennent de prendre les autorités turques », a déclaré mercredi à Paris le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero. M. Juppé « rappellera la volonté de la France de continuer à travailler étroitement avec la Turquie pour accroître la pression sur le régime de Bachar el-Assad », a ajouté M. Valero.
« Voilà un sujet sur lequel les deux pays sont d’accord, souhaitant tous les deux la fin du régime baassiste », déclare l’universitaire Cengiz Aktar. La France et la Turquie « pourront donner de bons conseils de gouvernance post-baassiste, même s’ils ne peuvent pas tellement influer sur le cours actuel des choses en Syrie », ajoute-t-il. Avec la crise syrienne, Paris et Ankara pourraient ainsi parler d’une même voix, au-delà des frictions passées entre les deux capitales, notamment sur la Libye, et d’un différend de taille et de longue date : la candidature d’Ankara à l’Union européenne, à laquelle Paris s’oppose. « La Syrie pourrait être un facteur de rapprochement entre la France et la Turquie, à condition que les choses ne tournent pas mal à Damas et qu’on ne se rejette pas mutuellement la responsabilité d’un éventuel échec », estime l’universitaire Ahmet Insel. « Ce qui va se passer, c’est que Paris et Ankara vont s’aligner sur la politique américaine, car ce sont les États-Unis qui mènent le jeu sur la Syrie », a-t-il ajouté.
« Il faut que le Conseil national syrien (CNS) s’organise. On a des contacts avec eux, j’ai vu à Paris M. (Burhan) Ghalioun, qui en est le président. Nous les aidons, nous avons des contacts avec eux et nous les encourageons à s’organiser », a déclaré M. Juppé avant son départ pour Istanbul, excluant dans l’immédiat une reconnaissance officielle par la France du CNS. Il a de nouveau vivement critiqué le régime de Damas, jugeant sur la chaîne BFMTV et la radio RMC que « la répression brutale, sauvage, exercée depuis des mois ne peut continuer ». M. Juppé a également salué le « tournant » provoqué par la « prise de conscience des pays voisins qu’on ne peut plus faire confiance à Bachar el-Assad » et la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie. Toutefois, il a réaffirmé ne pas croire à la possibilité d’une intervention militaire, comme en Libye. « Il est hors de question de s’engager (...) si on n’a pas le feu vert des Nations unies », a-t-il déclaré. « Nous respectons le droit international. On n’aura pas ce feu vert parce que la Russie continue à le bloquer », a-t-il ajouté.
Le ministre français se rendra au Moyen-Orient après sa visite en Turquie, notamment aux Émirats arabes unis.
(Source : agences)

