Afifé Abdallah espère connaître le sort de ses proches disparus durant la guerre.
« J’ai sept membres de ma famille qui ont disparu », confie-t-elle timidement. « Le calvaire a commencé en 1976, lors des massacres de Tall el-Zaatar (en août 1976, des milices chrétiennes ont pris d’assaut le camp de Tall el-Zaatar, en riposte aux multiples exactions auxquelles se livraient les Palestiniens sur les routes de Mkallès et de Aïn Saadé) », explique-t-elle. « Je n’étais pas au camp ce jour-là, poursuit Afifé Abdallah. Je travaillais, mais j’ai su que l’un de mes frères a été blessé durant les combats. On attendait une ambulance qui devait le transporter à l’hôpital. Puis mon père, mes deux frères, Jamil et Hassan, et ma sœur Lamia ont disparu. Depuis, nous n’avons plus eu de leurs nouvelles. Nous n’avons même pas retrouvé leurs corps. »
Elle ouvre le sac, retire un grand carton sur lequel sont collées cinq photos. Elle désigne sur le haut les portraits de son père et de ses deux frères, et dit d’une voix basse, comme pour s’excuser : « Je n’ai pas la photo de Lamia. »
« Sept mois après leur disparition, ma mère est revenue sur les lieux des massacres, se souvient Afifé Abdallah. Elle a essayé d’avoir de leurs nouvelles, mais elle est rentrée bredouille. »
Elle se tait et retire du sac le portrait d’un jeune garçon. « C’est mon cousin germain, Ahmad Mohammad Abdallah, dit-elle. Il a disparu au cours de la même période. Mon oncle l’avait placé dans une école technique. Ce jour-là, Ahmad est sorti de l’école, mais n’est jamais rentré. Nous ignorons ce qu’il est devenu. »
D’une voix lasse et basse, Afifé Abdallah poursuit : « Voici ma mère, Turfé Moussa Hussein, et ma sœur benjamine, Jamilé. Elles ont disparu dans la foulée des événements qui ont suivi l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982. Le jour de leur disparition, mon autre sœur et moi étions au domicile des gens chez qui nous travaillions. Lorsque nous avons pu rentrer – en cette période, nous habitions près de l’Université arabe –, nous avons trouvé la maison incendiée. Ma mère et ma sœur avaient disparu. Ma mère avait 51 ans et ma sœur 15. »
Afifé Abdallah raconte que pendant quinze jours, elle les a cherchées partout. « J’ai tapé à la porte de la Défense civile, de la Croix-Rouge libanaise... Jusqu’à aujourd’hui, j’ignore le sort de tous les membres de ma famille. »
Elle se lève, range soigneusement ses photos jaunies au fil des ans, sort de la minuscule tente qui marque l’endroit du sit-in dans ce jardin du centre-ville et se joint à ses compagnons. Ensemble, ils attendent et espèrent connaître un jour la vérité.

