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Moyen Orient et Monde - Crise

La fracture politique complique la gestion des inondations en Thaïlande

Le nord de Bangkok toujours menacé, mais le centre-ville est « sec ».

Une Thaïlandaise avec sa fille sur le dos traversant une rue inondée de Bangkok. Pornchai Kittiwongsakul/AFP

Les autorités ont prévenu hier les habitants vivant le long du fleuve dans le nord de Bangkok de se tenir prêts à évacuer en cas de progression d’inondations « toujours graves », qui épargnent encore le centre de la capitale thaïlandaise.
Les digues construites sur les berges du Chao Phraya ont empêché le fleuve de trop déborder durant un week-end marqué par de grands coefficients de marée rendant difficile l’évacuation de l’eau vers la mer ; une situation qui a réduit les craintes d’une inondation majeure de la mégalopole de 12 millions d’habitants, dont le centre d’affaires est toujours au sec.
Mais les masses d’eau colossales accumulées dans les plaines centrales du pays après une mousson particulièrement abondante continuaient à avancer dans le nord de la capitale, où des zones résidentielles sont noyées dans une eau boueuse, et sur la rive ouest du Chao Phraya. « Le problème n’est pas encore résolu. C’est toujours grave », a ainsi déclaré le gouverneur de la ville Sukhumbhand Paribatra. « Les gens qui vivent sur les deux rives des canaux à Lak Si, Lad Prao, Chatuchak et Bang Khen : soyez prêts à évacuer vers des zones plus sûres », a-t-il ajouté, parlant de quatre districts de Bangkok.
Rappelons qu’au moins 381 personnes sont mortes et des millions d’autres ont été touchées par les pires inondations depuis des décennies. Des milliers de personnes ont fui Bangkok, notamment vers les villes balnéaires du Sud, le gouvernement ayant décrété dans l’urgence la semaine dernière un week-end exceptionnel de cinq jours, jusqu’à aujourd’hui, précisant qu’ils ne seraient pas prolongés.

Optimisme mesuré
Après avoir déclaré que les eaux risquaient de noyer la ville pendant un mois, la Premier ministre Yingluck Shinawatra se montre désormais plus optimiste, estimant que la décrue pourrait commencer bientôt. « Après le 31 octobre, la situation est susceptible de s’améliorer s’il ne pleut pas », a-t-elle déclaré.
Le gouvernement espère pouvoir, après la fin de la grande marée, évacuer vers le golfe de Thaïlande les milliards de mètres cubes d’eau accumulés au nord à travers les nombreux canaux et fleuves dans et autour de Bangkok, où ceux qui n’ont pas fui ont fait des réserves de nourriture et d’eau potable. Plusieurs chancelleries ont déconseillé à leurs ressortissants de se rendre à Bangkok, mais l’aéroport international Suvarnabhumi fonctionnait normalement.
Dans le centre-ville de la capitale, parfaitement au sec, la situation en milieu de week-end semblait bien meilleure qu’annoncé. « Si tout le monde travaille dur (...), le niveau de l’eau à Bangkok va commencer à baisser la première semaine de novembre », a assuré Yingluck Shinawatra, après avoir déclaré que les eaux risquaient de noyer la ville pendant un mois et demandé à la population d’être « patiente ».
Cet optimisme n’était pourtant pas partagé par tout le monde. Plusieurs districts du Nord étaient toujours inondés, notamment celui de Don Mueang, où le second aéroport de la ville (vols intérieurs) a été fermé et dont de nombreux habitants ont été évacués. Le Centre de secours (FROC), installé dans l’aéroport, a même dû déménager après avoir été à son tour gagné par les eaux et privé d’électricité.
Pracha Promnog, patron du FROC, a notamment averti les habitants du district de Thon Buri, l’un des plus touchés, que l’eau courante ne serait distribuée que deux fois par jour suite à des problèmes techniques. La vieille ville, en particulier le quartier chinois, a aussi été sévèrement inondée, forçant les touristes à se déplacer avec de l’eau jusqu’en haut des cuisses. « Je ne suis pas trop inquiète. C’est juste un peu d’eau », relativisait Sidaphat Ausanarassamee, 32 ans, derrière un mur de sacs de sable dans Chinatown. « Personne ne m’achète quoi que ce soit », ajoutait-elle en riant, pendant que des moines prenaient des photos avec leurs téléphones portables.
« Les gens n’ont pas peur des inondations, a relevé Philippe Ponel, 24 ans, en voyage pour la première fois en Thaïlande. Ils continuent de vivre normalement. J’ai vu des gens cuisiner dans la rue avec de l’eau partout autour. »
Yingluck Shinawatra, qui a pris ses fonctions en août, a été vivement critiquée pour les déclarations contradictoires de son équipe et la plus grande confusion sur l’étendue du désastre.

Cerise sur le gâteau : les luttes politiques...
En attendant, à la bataille des eaux s’est ajouté un affrontement entre dirigeants, qui souligne la profondeur de la fracture politique dans le pays.
Depuis que les plaines centrales du pays ont été noyées sous les eaux, le pouvoir est apparu au mieux désorganisé, au pire profondément divisé, avec, en filigrane, la défiance et le ressentiment entre le gouvernement Shinawatra, soutenu par les masses rurales et populaires du pays, et l’opposition démocrate, proche des élites de la capitale, du palais royal et des militaires.
Tous ces acteurs de l’échiquier politique ont tenté d’engranger des points, avançant des chiffres, critiquant l’adversaire, défendant des options, notamment entre Yingluck Shinawatra et Sukhumbhand Paribatra, dont les relations ont tourné au vinaigre, quitte à plonger Bangkok dans le plus grand flou.
Le fossé politique, assurément, restera bien après le retrait des eaux boueuses de la mousson.
« Ce n’est plus seulement un problème de catastrophe naturelle. C’est devenu un jeu politique féroce », estime Pavin Chachavalpongpun, de l’Institut des études sur l’Asie du Sud-Est à Singapour, relevant une société « profondément fragmentée, dans laquelle les idéologies politiques font de l’ombre à la responsabilité publique et à l’urgence de la survie nationale ».
(Source : rédaction et agences)
Les autorités ont prévenu hier les habitants vivant le long du fleuve dans le nord de Bangkok de se tenir prêts à évacuer en cas de progression d’inondations « toujours graves », qui épargnent encore le centre de la capitale thaïlandaise.Les digues construites sur les berges du Chao Phraya ont empêché le fleuve de trop déborder durant un week-end marqué par de grands coefficients de marée rendant difficile l’évacuation de l’eau vers la mer ; une situation qui a réduit les craintes d’une inondation majeure de la mégalopole de 12 millions d’habitants, dont le centre d’affaires est toujours au sec.Mais les masses d’eau colossales accumulées dans les plaines centrales du pays après une mousson particulièrement abondante continuaient à avancer dans le nord de la capitale, où des zones résidentielles sont...
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