Patrick Renauld, l’ambassadeur sculpteur.
De Rome à Paris, en passant deux fois déjà par Beyrouth, ses expositions s’affirment et offrent à voir un monde voué à la magie du mouvement et de l’équilibre, aux luisances contenues, aux mouvements subtils et nuancés, à la douceur, au mystère et à la séduction des corps humains, sans érotisme tapageur, dans une sorte d’humilité enrobée de pudeur.
«Mes sculptures, jaillies du cœur, répondent à une pulsion du mouvement, précise l’artiste. Je suis en fête ou en tristesse avec moi-même. Je ne travaille pas sur un thème précis et je n’aime pas les choses figées.»
Dans ce musée qui accueille le visiteur avec des chapiteaux en pierre sur piédestal d’arbustes verts bien taillés, par-delà cette grande salle riche de boiseries dorées, de dalles finement agencées, de murs revêtus de marbre aux motifs «alhambresques» et de petites céramiques aux tons bleus, par-delà cette grande baie vitrée en arcade envahie par un cactus géant et où s’engouffre à profusion la lumière, trônent les sculptures de Patrick Renauld. Sur une grande table en fer forgé avec un plateau en verre transparent.
Sur des pierres blanches, ramassées au hasard d’une marche et d’un chemin, adroitement lissées, se posent en toute fragilité, délicatesse, mais aussi beaucoup d’aplomb et d’équilibre ces sculptures légères, aériennes, éthérées. Des sculptures qui représentent le corps humain. Des corps touchés par une certaine grâce, une certaine spiritualité, un certain souffle mêlant limon de la vie et appel vers une insaisissable élévation.
Quelques-unes de ces œuvres sont aussi posées sur des livres. Associations de la pensée à travers la lecture et l’univers créatif, à travers des mains et des doigts habiles. Des livres qui ont pour titres Le souffle du Jasmin de Gilbert Sinoué, des poèmes de Mahmoud Darwich (Comme des fleurs d’amandiers ou plus loin...), ou tout simplement un cahier d’aquarelles érotiques de Rodin. Une fois de plus, franche résurgence du monde arabe et de son combat à travers les mots érigés en piédestaux ou supports à des statuettes qui parlent d’une région où vivre dans la paix et la dignité est une bataille encore à gagner...
On s’éloigne du bronze mordoré, de ce baiser de deux amants aux gestes et pirouettes de gymnastes, de la patine de cette femme nue, debout, s’offrant au soleil sur un sécurisant torse d’homme taillé en pierre blanche bouchardée, du bronze terreux de ces deux mains en un caressant envol de colombe, de ce bronze verdi d’un loqueteux à la tête bandée d’un chiffon, ainsi que de son bras amputé et on s’arrête un moment devant la nudité laiteuse de cette odalisque en marbre blanc, incroyablement douce au toucher.
«Quand vous commencez une vie de sculpteur, vous devez être très humble» fait remarquer Patrick Renauld en regardant les détails (une nodosité devenue nervure, une éraflure devenue blessure) de cette femme au corps nu et allongée comme une majestueuse Olympia au teint de nacre ou d’albâtre. «On ne commence pas avec des pierres immenses. Je ne travaille le marbre que quand je devine et pressens une forme, une vie à exhumer. J’attaque les pierres qui ont une âme...»
Exposition jusqu’au jeudi 27 octobre 2011.

