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Moyen Orient et Monde - Portrait

Mouammar Kadhafi, « électron libre » du monde arabe

L’art du contre-pied politique explique en partie la longévité de l’ancien dirigeant libyen.

Kadhafi a toujours attaché un soin extrême à son apparence, s’exhibant souvent en boubou aux couleurs chatoyantes ou enturbanné du chèche de l’homme du désert. Photo AFP

Mouammar Kadhafi a gouverné la Libye pendant près de 42 ans d’une main de fer. Né, selon sa propre légende, sous une tente bédouine dans le désert de Syrte le 7 juin 1942, Mouammar Kadhafi, fils de berger, reçoit une éducation religieuse stricte et entre dans l’armée en 1965. À 27 ans, il renverse pacifiquement le vieux roi Idriss le 1er septembre 1969. En 1977, il proclame la « Jamahiriya », un « État des masses » qui gouvernent par les comités populaires élus. Dans son Livre vert, il préconise une démocratie directe, conjuguant socialisme et pensée islamique.
Kadhafi était un dirigeant hors norme, qui a suscité tour à tour beaucoup d’admiration, d’irritation puis de haine. Le « Guide » de la révolution était devenu au fil des ans une figure familière de la scène internationale, où son art du contre-pied explique en partie sa longévité. Il a toujours attaché un soin extrême à son apparence, s’exhibant tantôt en boubou aux couleurs chatoyantes, enturbanné du chèche de l’homme du désert, tantôt en uniforme, casquette et décorations d’officier d’opérette. Lors de ses apparitions publiques, le colonel s’entourait toujours d’une « claque » de partisans zélés et physiquement protégé de fidèles « amazones » armées de kalachnikovs et vêtues de treillis moulants.
Durant l’essentiel de son règne, l’ex-capitaine devenu colonel dans la foulée du coup d’État a figuré en bonne place dans la galerie des dirigeants tenus pour des voyous internationaux par l’Occident. N’hésitant pas à éliminer ses opposants en Libye comme à l’étranger, le « chef et guide de la révolution de la grande Jamahiriya arabe libyenne et populaire » a toutefois su se maintenir au pouvoir malgré ses déboires et ses échecs intérieurs ou extérieurs. Pendant des décennies, Kadhafi est accusé par les États-Unis et leurs alliés de « parrainer le terrorisme ». On lui reproche pêle-mêle de soutenir des groupes extrémistes palestiniens, les séparatistes basques de l’ETA, les républicains irlandais de l’IRA ou les activités des Brigades rouges en Italie. On l’accuse de plus d’avoir commandité des attentats à la bombe dans une discothèque berlinoise fréquentée par des militaires américains, en 1986, contre un Boeing de la PanAm au-dessus de la localité écossaise de Lockerbie (270 morts), en 1988, et contre un DC-10 d’UTA entre Brazzaville et Paris, en 1989 (170 morts). En représailles à l’attentat de Berlin, Ronald Reagan, qui le traite de « chien fou », ordonne le 15 avril 1986 des raids aériens contre Benghazi ainsi que la caserne de Bab el-Aziziyah, le QG de Kadhafi à Tripoli. En 1992, le Conseil de sécurité de l’ONU impose des sanctions à la Libye, dont un embargo frappant ses installations pétrolières. Les sanctions internationales produisent progressivement leurs effets. Kadhafi met en sourdine sa rhétorique antioccidentale. En décembre 2003, Kadhafi, soucieux de devenir un acteur international fréquentable, crée la surprise en abandonnant ses programmes d’armes de destruction massive.
En politique étrangère, Kadhafi détonne par ses choix et revirements multiples. Admirateur de l’Égyptien Gamal Abdel Nasser et champion autoproclamé du panarabisme, il tente dans les années 1970 des unions sans lendemain avec des pays comme la Syrie et l’Égypte, puis avec la Tunisie, voire l’Algérie. Il lui est arrivé plus d’une fois de surprendre ses « amis arabes ». Il soutient ainsi le régime islamique iranien, chiite et non arabe, dans sa guerre de 1980-1988 contre le régime de Bagdad, soutenu par l’Occident et la plupart des autres pays arabes. Farouche adversaire d’Israël et des Arabes composant avec l’État hébreu, il expulse en 1995 de Libye des milliers de Palestiniens, affirmant qu’ils doivent rentrer « chez eux » dans les territoires gérés par l’Autorité palestinienne autonome. Frustré par ses échecs successifs avec ses « frères » arabes, c’est vers l’Afrique subsaharienne qu’il cherchait ces dernières années à assouvir ses rêves unionistes ou hégémoniques.

(Source : agences)

Mouammar Kadhafi a gouverné la Libye pendant près de 42 ans d’une main de fer. Né, selon sa propre légende, sous une tente bédouine dans le désert de Syrte le 7 juin 1942, Mouammar Kadhafi, fils de berger, reçoit une éducation religieuse stricte et entre dans l’armée en 1965. À 27 ans, il renverse pacifiquement le vieux roi Idriss le 1er septembre 1969. En 1977, il proclame la...

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