Des enseignants protestant contre le récent décret pris en Conseil des ministres. Photo Sami Ayad
C’est en force que le secteur public dans sa totalité était représenté place Riad el-Solh, en ce jour de grève des enseignants. Non seulement les enseignants et directeurs d’écoles publiques ont fait le déplacement, parfois de régions lointaines, comme Jeb Jennine, Lala, Saïda ou autres, mais ils étaient soutenus par les fonctionnaires administratifs de différents ministères, ainsi que par les enseignants d’universités et ceux du secteur technique, qui entendaient bien, eux aussi, hurler et chanter leur mécontentement. Ici, des femmes arboraient des calicots sur lesquels on pouvait lire la question suivante : « Où réside la justice dans les échelles de salaires au sein du secteur public ? » « Là », d’autres lançaient en chœur. « Non à la nouvelle TVA, à la taxation des carburants. Non au gaspillage et à la corruption. » Une fonctionnaire du ministère de l’Éducation, Fida’ Abou Chakra, dénonçait, elle, « les (bas) salaires du personnel administratif, qui sont devenus un scandale » . « Les augmentations des enseignants sont plus importantes que les nôtres », déplorait-elle.
Menaces de licenciement
Chaque panneau, chaque calicot, chaque slogan était signé du nom d’une école publique ou d’un regroupement d’enseignants. Les participants, eux aussi, portaient fièrement casquette et tee-shirt du nom de leur établissement. « Nous sommes là pour protéger l’enseignement public, dernier bastion des pauvres au Liban », soulignait de son côté Fouad Ibrahim, représentant la Ligue des enseignants du secteur public secondaire au Sud.
Noyés dans la masse compacte, sous une chaleur étouffante, les enseignants du privé étaient pourtant là, eux aussi. Du Collège protestant français, du Lycée franco-libanais de Verdun, du Carmel Saint-Joseph, du Collège du Rosaire de Mountazah, pour ne citer que ces établissements parmi tant d’autres. Mais en nombre moindre que leurs confrères du public. Ils étaient aussi nettement plus discrets, sans cris, ni slogans ou banderoles. C’est à peine si certains acceptaient de donner le nom de leur établissement. Un groupe d’enseignantes d’une école catholique racontait que sa participation au mouvement s’est faite contre le gré de la direction de l’établissement. « On nous a menacés de renvoi. On nous a accusés de ne pas avoir de conscience professionnelle, car notre établissement a invité les élèves à venir à l’école », déplorait une enseignante, qui a requis l’anonymat. Elle regrettait aussi que le secrétariat général des écoles catholiques ait « monté les parents contre les enseignants, en exagérant démesurément les répercussions sur les scolarités des augmentations de salaires des enseignants ».
De son côté, une enseignante au Collège protestant, May Deaibes, affirmait que la direction de son établissement « respectait sans réserve les revendications des enseignants libanais ». Une de ses collègues, qui a bénéficié de l’augmentation, expliquait qu’elle participe au mouvement par solidarité avec ses collègues qui ne bénéficient pas du réajustement. « Mon salaire a aujourd’hui atteint le leur, alors qu’elles ont plus d’ancienneté que moi », indiquait-elle.
L’indépendance vis-à-vis de la CGTL
Résumant pour L’Orient-Le Jour les revendications des enseignants, le président du syndicat des enseignants des écoles privées, Nehmat Mahfouz, a réclamé l’amendement du décret adopté dernièrement par le gouvernement. « Ce décret empêche une grande partie des enseignants d’obtenir des réajustements de salaire, alors qu’ils sont également touchés par la vie chère », a-t-il expliqué. Il a en outre demandé « l’annulation des nouvelles taxes proposées par le gouvernement dans le cadre du vote du prochain budget, en tête desquelles l’augmentation de la TVA ». M. Mahfouz a enfin invité les autorités « à débloquer les aides sociales qui n’ont pas été majorées, malgré la hausse du salaire minimum ».
Reçue aux alentours de 11 heures par le Premier ministre Nagib Mikati, une délégation du Comité de coordination syndicale a fait part de ses revendications. Mais elle est ressortie bredouille. Enfin presque. Le président de la Ligue des enseignants de l’école secondaire publique, Hanna Gharib, a exprimé la conviction du Premier ministre que le Comité de coordination syndicale devra désormais être représenté au sein du Comité de l’indice des prix, indépendamment de la CGTL. « Un succès », a-t-il estimé. Mais il n’a pas manqué de déclarer « mort-né » le décret de réajustement des salaires non sans véhémence. De son côté, Nehmat Mahfouz a dénoncé les menaces de licenciement prononcées par des directeurs d’établissements privés à l’encontre d’enseignants ayant participé à la grève. Il a promis de saisir la justice de l’affaire. À son tour, la présidente de la Ligue des enseignants de l’école primaire publique, Aïda Khatib, a crié « la détermination de tous à poursuivre la mobilisation, pour arracher nos droits ».
Une mobilisation décriée par les parents d’élèves et les établissements scolaires, mais qui ne semble pas près de s’essouffler.


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Les enseignants surtout du secteur public finiront par plier l’échine avec le retrait attendu des professeurs du secteur des écoles privées qui obtiennent régulièrement leurs droits avec toute augmentation de scolarité. Antoine Sabbagha
01 h 40, le 20 octobre 2011