Des corps entrelacés comme les lettres d’un mot. (Marwan Assaf)
Ce projet de danse présenté au théâtre Monnot a pris naissance dans les poèmes de la grande poétesse danoise Inger Christensen, décédée il y a quelques années.
Mélangeant ainsi poésie et mouvements chorégraphiés, le spectacle offre à voir une expression novatrice des arts en fusion. Précédant la performance, la directrice de «Svalhom Dans», Nonne Mai Svalholm, le directeur de l’Institut danois, ainsi que l’auteur et poète danois ont pris la parole pour présenter l’œuvre. Jesper Berg et le poète syrien Golan Haji ont traduit du danois à l’arabe La Vallée du papillon, requiem, et c’est la poétesse libanaise Nesrine Khodr qui l’a déclamé.
«Rassemblant les mouvements de la nature et les réflexions sociopolitiques des années 60 dans un flux incantatoire, le poème de Christensen (300 pages), Det (Cà), est devenu, en 1969, un classique de la poésie danoise moderne. Par la suite, La Vallée du papillon se composera d’une suite de quinze sonnets où la dernière ligne de chacun constitue le premier vers du suivant. Les quatorze premiers sonnets forment donc un cycle. Pour Inger Christensen – dont l’œuvre exigeante, à forme très arithmétique et qui n’avait pas été comprise dans les années 80 –, la poésie est «peut-être un jeu tragique, le jeu que nous jouons avec un monde qui joue son propre jeu avec nous».
Cette expérience poétique parfaite dans sa forme, mais certainement pas aléatoire, a été reproduite dans son authenticité par la performance Imago où chaque scène semblait succéder, voire se nourrir de la précédente pour être amplifiée d’une manière exponentielle en dramaturgie.
Durant quarante-cinq minutes, sur fond de voiles suspendus, prenant sous la lumière changeante des formes d’Éden, de limbes ou tout simplement d’une variation de sentiments hypnotiques, trois danseuses aux corps puissants, aux membres noueux, telles des statues helléniques, vont faire revivre cette poésie sur scène. Vivi Stamouli, Elena Papadhópoulos et Elena Kontogoni reproduisent ainsi, devant le public happé par la vitesse des mouvements et la souplesse des gestes, les grands thèmes de la vie.
De l’œuf à la larve et de la chrysalide au beau papillon déployant ses ailes pour ne vivre finalement qu’une vie éphémère, ce sont ces instants de bonheur, de mort, d’amour, de peine, d’amitié, de folie, ainsi que de rêves et de souvenirs qui défilent dans une succession de gestes d’une beauté presque irréelle, colorant le parcours d’un être humain. Un enchaînement à la manière de ces lettres qui s’entrelacent pour former l’alphabet. Celui de l’homme.


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