Les toréadors de Moschino.
Alors que s’achevait à Beyrouth, mi-septembre, la présentation des collections de l’automne-hiver 2011-2012 qui commencent à arriver en boutique, avec un magnifique défilé organisé par Aïshti rue el-Moutran, les couturiers présents à Milan et Paris vivaient à l’heure de l’été prochain et annonçaient en grande pompe qu’il serait chaud, très chaud !

Défilé printemps-été 2012 Moschino. Photo AFP/Olivier Morin.
Dolce & Gabbana nous emmène dans un village en fête au fin fond de l’Italie. Lampions et luminaires multicolores clignotent dans la nuit. Les femmes pavoisent sur un air de Mambo dans de jolies robes d’été en coton, dont les imprimés sont un hymne à la cuisine italienne. Aubergines, oignons pourpres, tomates, fleurs jaunes des courgettes, sans oublier le piment sont comme peints, à vifs coups de pinceaux, sur robes, vestes et shorts bouffants, tailleurs moulants, jupettes et micro-tops, qui laissent se découvrir le ventre.
Dentelles et pierres précieuses complètent cette garde-robe très méditerranéenne et pleine de vitalité avec socquettes brodées de rigueur. Les robes au crochet aux tons pastels sont surpiquées de fleurs brodées. Une strie de pierres façon diamants caresse un manteau en organza enrichi par un grand col et des poignets en dentelle. Cristaux et strass de toutes les couleurs éclaboussent des robes noires en magnifiques feux d’artifice.
L’ambiance est encore à la fête chez Missoni, qui propose une collection très estivale et effervescente, pour jeunes filles ayant dansé toute la nuit. On les retrouve à l’aube dans leurs robes de gitane ondulantes, enrichies de ruches, franges et volants dans un style là aussi très méditerranéen, mais d’inspiration flamenco.
Les colliers frangés ou les châles aux sinueuses lanières masquent les décolletés et ondoient le long du corps. Les matières fluctuantes, soie et mailles ultrafines, se superposent avec légèreté. Dans cette collection fraîche et sexy, Angela Missoni a mis l’accent sur les transparences, en réalisant des mailles presque translucides grâce à l’utilisation de fils de nylon. La palette vire des bleus mer aux teintes plus chaudes de l’été, chocolat, rouille, jaune, roses.
Chez Marni flotte aussi un esprit pimpant et pop, avec des textures inédites rendues « multisensorielles et tridimensionnelles ». Ici, par des multi-applications de grosses marguerites en plastique, là, par des fils scintillants peluchant sur un jacquard aux couleurs vives, ailleurs, par des empiècements en tricot ou des décorations accouplant paillettes rouges et rondelles en plastique transparent pour un effet « écaille » futuriste.
La garde-robe conçue par la styliste Consuelo Castiglioni offre une gamme variée de modèles : ensembles monochromes dans une palette bonbon, shorts assortis à la veste, imprimés à grosses fleurs aux tons pop sixties, ronds géants se chevauchant sur des « mises » en cuir, motifs Bauhaus tricotés.
Les accessoires, tels le col de chemise à fleurs postiche en plastique ou les gros bracelets d’inspiration Déco, apportent une ultime touche d’extravagance.

Détail du défilé Salvatore Ferragamo printemps-été 2012. Photo AFP/Filippo Monteforte.
Toréador chez Moschino, danseuse Cotton Club chez Etro, femme du monde chez Antonio Marras, sirène chez Versace, la garde-robe confectionnée par les couturiers milanais pour l’été prochain ressemble à une grande malle de costumes, à endosser à la scène comme à la ville.
Chez Moschino, où les femmes affrontent l’arène avec superbe, la directrice créative Rossella Jardini a repris tous les codes du célèbre costume du toréador en les mêlant avec brio à ceux de la marque.
Ça swingue chez Etro. Fluides et légères, les vêtements en crêpe de Chine, soie ou satin ondulent au rythme syncopé du jazz années 1920/1930. Les franges des jupes, vestes et gilets fouettent jambes et bras avec douceur. Les plissés aux imprimés colorés dansent le long du corps. Les pans des robes virevoltent sur les genoux.
Les références aux années folles sont partout. De la grande variété de motifs (Art déco, Liberty, constructivistes) aux formes des robes Charleston très ouvertes avec des bretelles fines ou plus larges, le col plongeant en V sur l’avant et l’arrière. Sans oublier les robes bicolores noir et blanc, ou encore les décorations chargées (perles, strass, etc.).
Au sixième jour des défilés de prêt-à-porter pour l’été 2012, les couturiers milanais ont proposé une garde-robe éclectique : style revival hippie chez Dsquared2, allure graphique et sobre chez Gianfranco Ferré, vestiaire étincelant chez Giorgio Armani et Roberto Cavalli.

Des mannequins défilent pour Gianfranco Ferré, le 26 septembre 2011 à Milan (Italie). Photo AFP/Giuseppe Cacace.
De Woodstock à Glastonbury, les filles de Dsquared2 écument les festivals de rock : chaussées de bottes en caoutchouc à talon, d’où dépassent de longues chaussettes colorées, ces groupies portent des lunettes à la monture fluo, tout comme la pochette qui protège leur précieux badge pour accéder au backstage.
La collection concoctée par les jumeaux canadiens Dean et Dan Caten mêle habilement le style baba cool des années 1970 à une allure rock décontractée. Le perfecto en cuir s’enfile sur un micro-short à paillettes, une peau de renard jetée sur les épaules.
Roberto Cavalli s’inspire du registre féerique, mais en faisant la part belle à la lumière aveuglante du soleil pour une collection comme coulée dans l’or.
Des robes scintillantes illuminent le corps, des jupettes à bandelettes verticales dorées, pour un effet plissé métallique, virevoltent sur les jambes, des habits en mousseline légère sont enrichis de détails dorés. Un diadème éclaire la chevelure de ces princesses mystérieuses semblant sortir de l’Antiquité.
Sans renoncer à son style un peu plus rock, le créateur toscan joue sur les contrastes en combinant ses mises luxueuses avec des vestes masculines et autres tuxedos en velours, parfois décorés de pierreries.
Avec Bottega Veneta, Tomas Maier poursuit son exploration dans les matières, qu’il mélange, superpose et stratifie pour aboutir à des textures toujours plus inédites. Ainsi, des plissures origamis de différentes tailles, agencées avec des broderies de perles baguettes, créent un effet tridimensionnel sur une robe aux reflets violacés. Des petits carrés multicolores composent une mosaïque scintillante, tandis qu’un jeans teint au spray dans des vernis rouge et violet se confond avec du cuir.
Changement de registre chez Jil Sander. Avec ses jupes serrées, fendues sur l’arrière, qui descendent jusqu’aux mollets, ses robes en soie scintillante aux imprimées cachemire, ses pantalons Vichy, ses escarpins et son bibi à voilette, sa femme opte pour une élégance un peu rétro années 1950.
À Paris
La Fashion Week parisienne s’est ouverte mardi dernier sous un soleil éclatant avec plusieurs défilés énergisants de jeunes talents, notamment le Belge Anthony Vaccarello, lauréat cette année du prestigieux prix de l’Andam destiné à soutenir les créateurs. Ce prix doté de 200 000 euros a permis au tout jeune trentenaire de mettre en scène un défilé ultrasexy sur les bords de Seine, avec des robes mini-mini aux lignes graphiques, Art déco au goût du jour, faisant la part belle à une féminité conquérante.
Dernière danse du bal des tendances prêt-à-porter pour le printemps-été 2012, avec programme étalé sur 9 jours, la Fashion Week parisienne compte 92 défilés « on », 15 « off », sans oublier les présentations dans les suites des palaces parisiens. Entre postes à pourvoir, première collection ou encore politique de la chaise vide, la Fashion Week parisienne est surtout animée de nombreuses discussions.

Collection automne hiver 2011-2012: Christian Dior, Hermès et Chanel. Photo Imaxtree.
À commencer par Christian Dior, qui présentera une collection imaginée par Bill Gayten, qui assure « l’intérim ». Programmé le 30 septembre, le défilé pourrait être l’occasion de révélation pour la maison de couture. En mars dernier, en introduction du défilé des collections automne-hiver 2011-2012, Sidney Toledano dénonçait les propos antisémites tenus en public par John Galliano quelques jours avant le début de la Fashion Week. Il pourrait bien cette fois mettre un nom sur le siège laissé vide depuis.
Un nom qui, entre-temps, n’a cessé de changer, Alber Elbaz, Haider Ackermann, Hedi Slimane, Phoebe Philo... Entre rumeurs et suppositions, la maison n’a jamais pris position. Reste que, depuis quelques semaines, Marc Jacobs est placé en haut de l’affiche pour la succession, la maison de son côté se refusant toujours à tout commentaire. Reste que le départ récemment annoncé d’Yves Carcelle à la présidence de Louis Vuitton a su alimenter la rumeur, même si à 63 ans son retrait semble légitime. En l’état, plusieurs informations convergent sur des discussions avancées, mais tendues entre Bernard Arnault et Marc Jacobs. Ce dernier, directeur artistique de Louis Vuitton et qui pourrait l’être « à vie », selon certains proches de la maison, présentera la collection Louis Vuitton le jour de clôture, le 5 octobre.
Autres shows à interrogation, celui d’Emanuel Ungaro, à nouveau sans directeur artistique, et Yves Saint Laurent avec la rumeur lancée en début de semaine par Suzy Menkès dans les colonnes de l’International Herald Tribune. En effet, le 25 septembre, suite au défilé Jil Sander à Milan, la grande prêtresse de la mode a dans son compte-rendu annoncé que selon des sources internes, Raf Simons pourrait prendre la direction artistique d’Yves Saint Laurent, succédant à Stefano Pilati.
Défilé printemps-été 2012 Moschino. Photo AFP/Olivier Morin.
Dolce & Gabbana nous emmène dans un village en fête au fin fond de l’Italie. Lampions et luminaires multicolores clignotent dans la nuit. Les femmes pavoisent sur un air de Mambo dans de jolies robes d’été en coton, dont les imprimés sont un hymne à la cuisine italienne. Aubergines, oignons pourpres, tomates, fleurs jaunes des courgettes, sans oublier le piment sont comme peints, à...


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