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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’empire malade

« Que reste-t-il de la Rome antique, de la Grèce ? Des colonnes... »
Nous étions en juillet 1971 et le monde dit libre croyait encore à ce que certains s’obstinaient à appeler la pax americana quand résonna comme un coup de tonnerre cette observation concluant un exposé particulièrement réaliste – et donc pessimiste – de Richard Nixon devant un parterre de patrons de presse réunis à Kansas City. Le 37e président des États-Unis venait de brosser à l’intention de l’auguste parterre les grandes lignes de sa vision d’un monde en plein changement. Nous ne jouissons plus d’une position totalement prééminente ni même prédominante, reconnaissait-il alors, avant d’ajouter, provoquant une levée de sourcils : « Et ce n’est pas mauvais. En fait, cela peut s’avérer un élément constructif. » L’homme qui devait tomber, trois ans plus tard, victime du Watergate, voyait « dans cinq, dix, quinze ans, l’hégémonie US contestée par l’Union soviétique, l’Europe de l’Ouest, le Japon et la Chine ».*
Des déclinologues, il y en eut de tout temps et en tout lieu, hier à Athènes, aujourd’hui à Paris ou ailleurs. Mais jamais autant que ces temps-ci ils n’ont paru être dans le vrai – la crise financière, la montée en puissance de pays émergents, l’absence de leaderships véritables aidant. Certes, les superpuissances ne disparaissent pas brutalement, englouties comme le fut l’Atlantide de Pierre Benoît, mais la progression de leur anémie, pour lente qu’elle soit, n’en est pas moins inexorable, comme ces maladies qui débouchent sur une mort certaine.
Mille signes sont là, qui ne trompent pas. Le même Nixon, dès août 1969, initiait ce qui ne tardait pas à devenir la Guam Doctrine en vertu de laquelle il appartient aux alliés d’assumer leur propre défense à charge pour le Big Brother de les aider dans cette tâche. De nos jours, la rébellion a gagné l’ensemble des vassaux. C’est Benjamin Netanyahu qui refuse de se plier aux injonctions de Washington et de renoncer aux implantations dans les territoires occupés, indispensable préalable à une reprise des pourparlers de paix. C’est, révélé par le New York Times, Islamabad qui ose l’irréparable, le 14 mai 2007, en abattant le commandant Larry Bauguess, lors d’une réunion afghano-US à Teri Mangal, avec des officiels dépêchés par Kaboul. C’est, dans ce Proche-Orient en pleine ébullition, la chute des tyrans longtemps protégés de Washington ou encore le défi lancé par un Erdogan prétendant se substituer à l’administration démocrate pour déployer ses ailes protectrices sur l’ensemble de la région...
L’Amérique se voit forcée de renoncer à une certaine idée de son rôle à l’échelle planétaire quitte, par contrecoup, à verser dans un ultranationalisme affublé sur les rives du Potomac d’un drôle de nom : le jingoïsme. On voit chaque jour un peu mieux à quels excès cela peut mener : poussée du Tea Party dans les sondages, candidature de Rick Perry, prises de position extrémistes et outrances dans les attaques contre la personne de l’actuel locataire de la Maison-Blanche dont on met en doute le patriotisme (parfois même l’identité américaine), quand ce n’est pas la « fidélité » à la cause d’Israël. Des médias vont jusqu’à lui rappeler qu’en 1992, George Herbert Bush, père de son prédécesseur, n’avait recueilli que 12 pour cent des votes juifs pour avoir longtemps refusé d’assortir d’une garantie fédérale un prêt de dix milliards de dollars à l’État hébreu.
Vingt et un ans après la fin de l’« empire des glaces » il faut bien en convenir : la fin de l’ère yankee commence à prendre forme. Empressons-nous de préciser toutefois que d’empire, il n’y eut jamais, du moins dans l’acception convenue du terme. Pas de lourde férule donc, et encore moins de glaive jeté dans la balance, accompagné du terrible Vae victis ! Par contre, oui, une nette propension à l’arrogance, au refus de tout ce qui ne prend pas d’une façon ou d’une autre la forme d’un alignement, le célèbre « Ce qui est bon pour General Motors est bon pour l’Amérique », complété par cette seconde partie non dite mais néanmoins présente dans les esprits : « ... et ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour le reste du monde. » Économiquement parlant, ce n’est plus le cas : avec une dette abyssale (plus de 14 trillions de dollars), un chômage qui frôle les 10 pour cent, 45 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, l’Oncle Sam ne saurait cacher plus longtemps sa mauvaise santé.
On aurait mauvaise grâce de s’en réjouir. Mais une cure d’humilité ne serait pas mal venue, surtout quand montent en grade les anciennes victimes de la société d’abondance.

* The world today, foretold by Nixon, par Tom Switzer, paru dans The International Herald Tribune du 5 juillet 2011.
« Que reste-t-il de la Rome antique, de la Grèce ? Des colonnes... » Nous étions en juillet 1971 et le monde dit libre croyait encore à ce que certains s’obstinaient à appeler la pax americana quand résonna comme un coup de tonnerre cette observation concluant un exposé particulièrement réaliste – et donc pessimiste – de Richard Nixon devant un parterre de patrons de presse réunis à Kansas City. Le 37e président des États-Unis venait de brosser à l’intention de l’auguste parterre les grandes lignes de sa vision d’un monde en plein changement. Nous ne jouissons plus d’une position totalement prééminente ni même prédominante, reconnaissait-il alors, avant d’ajouter, provoquant une levée de sourcils : « Et ce n’est pas mauvais. En fait, cela peut s’avérer un élément constructif. » L’homme...
commentaires (16)

Retour à Mr Safa, filius en grec veut dire "bastard", et César le pensait certainement de Brutus au moment où il s'écroulait sous les coups du fils indigne qui têtait en son sein. Tasso merci pour m'avoir stimulé, SON nouveau nom est Jules César, le conquérant.

Jaber Kamel

17 h 29, le 30 septembre 2011

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Commentaires (16)

  • Retour à Mr Safa, filius en grec veut dire "bastard", et César le pensait certainement de Brutus au moment où il s'écroulait sous les coups du fils indigne qui têtait en son sein. Tasso merci pour m'avoir stimulé, SON nouveau nom est Jules César, le conquérant.

    Jaber Kamel

    17 h 29, le 30 septembre 2011

  • Mr P.R Safa, vous le dites, c'est sans importance, mais merci de corriger les fautes de frappe parfois et de typographie qui n'altère en rien le sens profond de ce qui doit être compris. Pour cette nouvelle tâche je vous souhaite bien du plaisir, et répondez moi si cette intervention était sans faute. Vous m'amuserez. Issal, il m'arrivait de débattre avec Héléne Joun, et franchement elle me manque, elle c'est l'original et vous celui qui veut être plus royaliste que le roi. Vous êtes énigmatique pour quelqu'un qui se dit chiite du sud, oh pardon j'ai du vous vexer, cela n'était pas mon intention. Et pour que je suive votre conseil sur la superficialité et la concentration, je voudrai qu'en retour vous me permettiez de vous en donner un autre, essayez au maximum de ce que votre conscience peut vous permettre de le faire, de vous sentir bien dans votre peau.

    Jaber Kamel

    13 h 52, le 30 septembre 2011

  • Monsieur Issal, qu'avez-vous dit ? Kamel va maintenant vous prendre au mot, et on ne l'entendra plus parler que de César... Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    13 h 37, le 30 septembre 2011

  • Mr Jaber. Nous ne parlons pas du même César. Moi je parlais de César Nasrallah. Celui qui essaie de tuer la République libanaise pour y installer sa propre dictature. La différence entre les deux César, c'est que celui de Rome a été assassiné par ses proches, comme vous dites, alors que celui de la banlieue protège les assassins de ses proches. Tout le monde n'a pas la même grandeur. Enfin, au lieu d'intervenir superficiellement sur toutes les sections, pourquoi ne pas vous consacrer sur deux ou trois sections, mais d'une manière plus approfondie, car vous en êtes capable si vous faites un petit effort.

    Saleh Issal

    04 h 19, le 30 septembre 2011

  • Cher M Jaber Kamel, n'est-ce pas plutôt Veni Vidi Vici que vous vouliez écrire ? Et plutôt aussi Tu quoque mi fili ? Enfin, j'ignorais que Brutus avait têté dans le sein de César! C'est fou ce qu'on (ré)apprend. N'allez surtout pas me rétorquer que cela est sans importance et que c'est le fond qui compte, non la forme, sans doute, sans doute, mais le fond était peut-être un peu trop profond pour moi ...

    Paul-René Safa

    03 h 17, le 30 septembre 2011

  • Si vous connaissez l'histoire Mr Issal moi je SUIS l'histoire. ( Du verbe suivre èvidemment), à quoi pensiez vous ? Je vous voit déjà faire un lien avec le hezb etc.. Une précision, Jules Cesar était dictateur à l'époque du senat présidé par Caton ( clap, clap), donc il ne voulait pas faire tomber de république puisqu'il était dictateur et reignait en tant que tel. Ensuite, lors de la visite de Cleopatre à Rome, elle s"est rendue compte combien le peuple de Rome lui était hostile, la foule scandait "putain" à son passage. Et enfin quand Cesar s'est fait assassiné, elle s'est enfuie de Rome par peur qu'on ne tue son fils Ptolémé xv Cesarion qu'elle a mis sous la protection de Marc Antoine son nouvel amant. De Jules César vous devez connaitre les expressions historiques de Vini, vidi, vinci ou encore Alea jacta est, mais encore moins celle où il dit : J'aimerai mieux être le 1er dans un village que le dernier à Rome. Si , si il l'a dit. Au passage, nous on a dépollué le Litanie, vaste travail d'Hercule.

    Jaber Kamel

    23 h 16, le 29 septembre 2011

  • Quant aux jugements arbitraires, il n'y en a pas moins aujourd'hui qu'au Moyen-Age.

    Robert Malek

    10 h 55, le 29 septembre 2011

  • (Rires) Mais pas du tout Anastase, c'était juste une blague bête suite à votre débat sur l'assassinat de César.

    Robert Malek

    10 h 43, le 29 septembre 2011

  • Je le disais bien, ces dernieres paroles etaient pour Brutus, le fils adoptif indigne qui tetait dans son sein. La trahison ne vient que des plus proches.

    Jaber Kamel

    10 h 29, le 29 septembre 2011

  • Monsieur Malek, je suppose que vous vous adressiez à moi. Si oui, alors prière noter qu'en France, des débuts de Chirac, ils avaient pris la décision de reprendre le jugement de Louis XVI qu'ils avaient qualifié de UNFAIR. Les Italiens peuvent bien payer un TSL pour voir pourquoi on a tué César. Cordialement Ce n'est pas le Hezb en tout cas. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    09 h 48, le 29 septembre 2011

  • On va demander au TSL de se pencher sur la question. Reste à savoir qui va le financer.

    Robert Malek

    09 h 12, le 29 septembre 2011

  • Je regrette de vous contredire, tous. César a été assassiné parcequ'il était César... Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    08 h 49, le 29 septembre 2011

  • César n'a nullement été assassiné pour ses "relations ou pour l'enfant avec Cleopatre" ! Ce sont des raisons tout à fait secondaires. César a été assassiné d'abord parce qu'il a voulu faire tomber la République de Rome et y instaurer sa dictature et pour cela a franchi le Rubicon avec son armée. C'est uniquement sur ce thème que Caton et les 22 autres sénateurs ont pu convaincre Brutus de participer au complot. Le Hezbollah aussi a franchi le Rubicon avec ses milices terroristes le 7 mai et il tombera comme est tombé César. Ceux qui se prennent pour des César du 21 eme siècle devraient apprendre à faire une vraie lecture de l'histoire. Mais à chacun son Rubicon. Nous, nous avons notre Nahr Beyrouth pollué . Et c'est tout ce qu'à pu franchir Mr Nasrallah . Mais le quatorze mars travaille sur l'envirronnement et nous finirons par dépolluer le pays.

    Saleh Issal

    06 h 18, le 29 septembre 2011

  • Les Etats-Unis se désintègrent politiquement et économiquement mais ce qui est intéressant c'est que ni les politologues ni les économistes n'ont de visibilité sur le futur proche. Alors toutes sortes de spéculations, d'arnaques et de bassesses sont permises, et c'est ce qui se passe depuis une dizaine d'années.

    Robert Malek

    06 h 10, le 29 septembre 2011

  • Eh oui...ils ont tué Kennedy...puis son frère...ils ont liquidé Nixon politiquement...et depuis,plus rien...Oh,ce n'étaient certes pas des anges...que nenni...mais ils avaient une vision du monde bien en avance sur son temps!Alors,exit!Leurs successeurs ont livré le meme monde aux financiers,chacals s'il en est...mais le temps des chacals,croyez moi,tire à sa fin....comme toujours ,juste avant la chute finale,resplendissent les derniers éclats d'un système moribond....la vraie lutte est celle à mener contre ces "nazis",à défaut de trouver un autre mot,des temps actuels....vampires destructeurs,ils agissent dans l'ombre,sauf depuis quelque temps où leur sentiment d'impunité et leur arrogance les ont poussés à se réveler au grand jour...(je parle des deux incroyables derniers hold up de la soi-disant crise bancaire).Et au grand jour ,les vampires brulent,aussi ignifugés soient-ils...c'est une question de temps...de peu de temps,Inchallah ou Inchallah pas!

    GEDEON Christian

    05 h 31, le 29 septembre 2011

  • J'ai adoré lire cet article, bien que le contenu tire au pessimisme.Jules César a été executé par un complot , parce qu'il avait été jugé coupable d'avoir trahi Rome par ses relations et de l'enfant qu'il aurait eu avec Cleopatre. Le crime est identique, si on transpose le fait qu'il est interdit à l'amèrique d'avoir des liaisons jugées extra conjugales, par la femme choyée, possessive et jalouse qu'i a à la maison. Jules César avait été poignardé par un grand nombre de tribuns, mais au moment de s'éffondrer sur le coup fatal que lui a asséné Brutus, on se souvient de sa phrase: Tu quoque mi fillius. On est jamais mieux trahi que par les siens.

    Jaber Kamel

    04 h 01, le 29 septembre 2011

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