Pour le président de la Chambre, l’affaire dite des faux témoins est issue de la révolution du Cèdre. Ahmad Shalha/Reuters
Sur le plan interne, Berry a réaffirmé son attachement aux armes de la résistance, d’autant, a-t-il dit, que « les précédents régimes avaient laissé tomber le Sud, le laissant faible devant les ambitions et les visées israéliennes ». « Ces régimes avaient, selon lui, loué le Sud sous le couvert de l’accord du Caire, voulant le marginaliser et satisfaire par la même occasion le système arabe en place qui se contentait de payer de l’argent pour écarter le danger palestinien ». M. Berry a insisté sur le fait que « les régimes précédant l’accord de Taëf n’avaient pas construit une armée, ni exécuté un seul projet de développement au Sud, dans la Békaa et au Akkar, où le courant électrique est arrivé parce qu’il ne pouvait pas faire autrement... L’État avait donc démissionné de sa mission au Sud, en faisant de cette région une proie idéale pour Israël et il a renoncé à sa mission de défense et de protection », a déclaré M. Berry.
Le leader d’Amal a estimé par conséquent qu’il était de son droit de « (se) tenir aux côtés des États qui résistent à Israël ». Il a ensuite demandé : « La résistance est-elle ou non en train de respecter la résolution 1701 conformément à la position officielle de l’État ? Est-elle en train de s’immiscer dans la mission de l’armée et son rôle dans le cadre de la résolution 1701 ? » Il s’est aussi interrogé sur la garantie de « l’arrêt des agressions israéliennes et des assassinats israéliens à l’intérieur ». Il a déclaré qu’il est de son droit et de celui de son camp de « réclamer un engagement national sur le fait de considérer Israël comme l’ennemi du Liban ». Il a ensuite demandé pourquoi la zone nord du village de Ghajar n’a pas encore été libérée. Il a aussi relevé le fait que nul n’est en train de songer à indemniser le Liban pour les agressions israéliennes subies depuis les années soixante-dix.
M. Berry s’est aussi enquis de l’opération d’équipement de l’armée. À cet égard, il a affirmé que « l’armée est une ligne rouge et que le fait de s’en prendre à elle, de près ou de loin, est inacceptable ». Il a ajouté dans ce cadre qu’il ne s’engagera à respecter aucune décision en dehors de la stratégie de défense. Et d’ajouter : « En attendant que nous nous entendions sur une stratégie de défense, nous resterons attachés à l’équation armée-peuple-résistance, et nous attendons de certaines parties et forces qu’elles remplissent leur rôle politique dans la défense du Liban. Nous ne livrerons pas nos têtes à l’ennemi. » M. Berry a estimé qu’Amal est « la tête et l’origine de la résistance », et en tant que tel, il affirme que « le projet de la résistance n’est pas un sujet à débattre puisqu’elle est le résultat de l’agression qui se poursuit contre le peuple, la terre, l’eau et désormais contre notre pétrole ».
M. Berry a en outre exprimé son attachement à la relance du dialogue national, assurant que le refus d’un tel dialogue ferme encore plus les portes entre les Libanais. Cet appel au dialogue, Berry le situe sous le plafond de l’accord de Taëf qu’il considère comme un contrat social valable. Il a toutefois précisé qu’il ne s’agit pas « d’un engagement en faveur du confessionnalisme car l’avenir du Liban est dans une loi électorale qui lui permette de se tourner vers l’avenir ».
M. Berry a ensuite évoqué le concept de la majorité, précisant qu’elle est constituée par « la grande majorité des Libanais qui veulent la stabilité, le renforcement de l’économie, la création d’emplois, la consolidation de l’agriculture et de l’industrie ». Selon lui, « les intérêts de cette immense majorité sont les mêmes, et la justice et la stabilité ne se réalisent qu’à travers l’unité ».
Il a rappelé qu’il s’est engagé dans la voie du dialogue pour éviter « une réédition du paysage de l’exclusion, de la marginalisation, du retournement contre la Constitution et de l’adoption de la voie des faux témoins pour assassiner la vérité au lieu de l’atteindre ». Selon lui, le Parlement a donné une leçon d’unité nationale en adoptant la loi sur les ressources pétrolières. Ce qui montre bien que la force réside dans l’unité. M. Berry a encore affirmé qu’il compte œuvrer pour l’application de l’accord de Taëf, notamment la création de la commission nationale pour l’abolition du confessionnalisme, et pour l’adoption d’une loi électorale sur la base de la proportionnelle, en espérant qu’elle puisse faire l’unanimité. Il a aussi salué l’appel du patriarche maronite Mgr Béchara Raï en faveur de la participation et de l’amour entre les Libanais, appuyant l’appel du dernier synode des Églises d’Orient qui a invité les chrétiens du monde arabe à rester sur leur terre et à continuer à remplir leur rôle de civilisation en faveur de la paix et des musulmans eux-mêmes.
Le président de la Chambre a aussi évoqué le dossier syrien, exprimant son appui au régime, « dont la disparition pourrait placer la région face à un nouvel accord Sykes-Picot ». Il a tiré la sonnette d’alarme sur le fait qu’une éventuelle partition de la Syrie constituera une menace pour le Liban, l’Irak et la Turquie. Il a accusé certaines parties libanaises de s’impliquer dans le complot étranger contre la Syrie, déplorant l’utilisation des moyens médiatiques de ces parties contre la Syrie et l’Iran. Il a ainsi estimé que le fait de s’intégrer dans des complots étrangers constitue « une fuite face aux échéances nationales ». Il a aussi précisé qu’il n’existe pas de « tente au-dessus d’un régime arabe quel qu’il soit », rappelant que la révolution du Cèdre, qui se déclare aujourd’hui à l’origine des révolutions arabes, était en train de coordonner son action avec Hosni Moubarak avant sa chute. Il a exprimé son appui au dialogue en Syrie en vue de réaliser les aspirations démocratiques du peuple syrien, mais il a rejeté avec force toute intervention étrangère en Syrie visant au contrôle de ce pays.


Monsieur Berry, tout doit être à débattre, dans un dialogue national, mêmes nos titres, et à convaincre si possible. Car, le DIALOGUE est l'UNIQUE issue possible. Le soliloque attirera la catastrophe. Anastase Tsiris
07 h 42, le 03 septembre 2011