Des kilomètres de tunnels et de salles se succèdent, à Bab al-Aziziya, où l’on entre par des trappes dissimulées un peu partout, comme ici au milieu d’une pelouse. Patrick Baz/AFP
Au sous-sol, l’électricité est coupée. Des kilomètres de tunnels et de salles se succèdent, véritable labyrinthe où l’on entre par des trappes dissimulées un peu partout, ici au milieu d’une pelouse, là dans le couloir d’un bâtiment quasiment calciné. Saïd, 35 ans, est sorti mercredi d’une prison où il croupissait depuis des semaines pour avoir manifesté contre le régime. Après avoir été torturé – « ils m’ont arraché les ongles, écorché la peau du dos pour y mettre du sel » –, il compte bien désormais trouver son dédommagement dans les caves où se terrait Mouammar Kadhafi, « ce rat ». « C’est l’argent du peuple libyen qui a payé tout ça, ces bâtiments, ces bunkers, tout cet endroit », justifie-t-il.
Les tunnels obscurs et bas de plafond sont constellés de débris, vêtements, nourriture, chargeurs vides... Une vaste salle contient des dizaines d’ordinateurs portables alignés sur des tables, la suivante des étagères pleines de disques durs, une troisième d’énormes serveurs informatiques. « Ils peuvent contenir des informations importantes, il faut fouiller tout ça », décrète un rebelle qui fait rapidement sortir les curieux.
Plus loin, des chambres à coucher, vandalisées comme le reste du labyrinthe, lits retournés et matelas éventrés. Et ce qui devait être une cache d’armes où gisent des caisses fracassées d’armement russe et des gilets pare-balles sales. Liacyr Ribeiro, un chirurgien plastique brésilien qui a opéré Mouammar Kadhafi en 1994 de poches sous les yeux, dit avoir vu dans ce dédale des installations nettement plus spectaculaires. Il est emmené dans une salle du bunker, rencontre Kadhafi. « Je lui ai dit qu’il faisait trop sombre pour l’examiner et il m’a emmené dans un cabinet dentaire des plus modernes », poursuit M. Ribeiro. Dans le bunker, « j’ai aussi traversé un gymnase avec une piscine olympique », ajoute le chirurgien. M. Ribeiro se rappelle qu’il y avait également « deux salles d’opération avec des équipements allemands excellents, et une salle de repos ».
Parmi les dizaines de personnes interrogées hier à Bab al-Azizya, nombreux étaient ceux à avoir entendu parler de la piscine, et à évoquer « un garage plein de voitures de luxe ». Mais personne ne les avait vus de ses yeux, ni ne savait où ils se trouvaient.
À l’extérieur du complexe, la situation est relativement calme.
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