Le chef du PSP, Walid Joumblatt, a consacré son éditorial hebdomadaire dans le Anba’, organe de son parti, à la chute du régime en Libye ainsi qu’à ses impressions sur l’Égypte où il s’est rendu récemment, tout en rendant un vibrant hommage aux populations qui ont réussi à renverser les régimes totalitaires.
Il s’est arrêté d’emblée sur « la chute d’un troisième tyran (en allusion au président libyen) avec qui la doctrine » verte « (en allusion au Livre vert de Kadhadi) s’est effondrée ». Il a comparé celle-ci à « la doctrine du parti et du leader uniques dont l’échec a été prouvé au fil de l’histoire par la force du militantisme des peuples qui aspirent naturellement à la liberté, la dignité et la démocratie ». « Il n’est plus possible de séquestrer les peuples intellectuellement et idéologiquement parce que ce genre d’emprisonnement va à l’encontre des lois de la nature et de la diversité », a poursuivi M. Joumblatt, estimant que cette diversité « reste le garant fondamental de toutes les sociétés, loin de tout isolement, toute privation de liberté ou hypothèque de la liberté d’opinion et d’expression ».
Le chef du PSP, qui semblait commenter aussi à travers ses propos les événements en Syrie, a poursuivi en faisant remarquer que « tous ceux qui ont joué aux faux héros, de Saddam Hussein à Zein el-Abidine Ben Ali, ont gouverné leurs peuples de leur tour d’ivoire avant de réprimer les manifestants et de fuir, à l’instar de Kadhafi, comme des rats sans oser se battre ou même se suicider ».
Il a clos le chapitre libyen de son éditorial en s’adressant au gouvernement pour l’interroger sur les raisons pour lesquelles il n’a toujours pas reconnu le Conseil national libyen de transition. « Est-ce que des parties locales misaient sur le maintien du régime libyen et n’étaient pas favorables à une reconnaissance de ce Conseil ? » s’est-il interrogé.
M. Joumblatt a ensuite formulé une série d’observations au sujet de l’Égypte, tirées de sa récente visite au Caire. Il s’est notamment arrêté sur « la noblesse des institutions égyptiennes », en rappelant que lorsque l’armée avait senti que la présence de l’ancien président représentait un danger pour la sécurité et la stabilité du pays, elle lui avait demandé de se désister et avait réagi favorablement aux revendications des manifestants, en le déférant devant la justice. « En Égypte, le concept de l’État remonte à des milliers d’années », a observé le chef du PSP, qui a ensuite salué « le patriotisme des Égyptiens » et relevé à quel point « ils sont politisés ».
Il a en outre évoqué le débat entre ceux qui souhaitent un État laïc et ceux qui prônent une Constitution islamique, les défis qui se posent au niveau du développement, l’importance du mouvement soufi et l’attachement des Égyptiens à la cause palestinienne, avant de joindre sa voix à celles des personnes qui réclament une révision de l’accord de Camp David « en vue d’y renforcer la présence sécuritaire égyptienne pour barrer la voie à des activités suspectes en Sinaï, pouvant mettre en danger la sécurité du pays ». « Quelles que soient les observations relatives à cet accord, il reste qu’il a permis de récupérer une terre égyptienne. Si l’appui matériel, moral et politique avait été fourni au président Anouar Sadate, au lieu de la création de fronts de résistance pour isoler l’Égypte, nous aurions pu profiter de ce pays et de ses capacités durant tout ce temps perdu », a commenté M. Joumblatt, estimant que « l’intérêt national égyptien reste au-dessus de toute considération et non pas les intérêts des mouvements et des courants qui pourraient exposer la sécurité égyptienne au danger ».
Il s’est aussi arrêté sur la pauvreté dans ce pays et a prôné une révision des politiques de financement, avant de conclure en « saluant la mémoire des martyrs de la révolution et, à travers eux, celle des martyrs de toutes les révolutions arabes qui luttaient en faveur de la liberté, de la démocratie et de la dignité ».


- Du régime un chef désigné - Eut à peine achevé l'image, - Qu'on le vit frémir le premier, - Et redouter son propre ouvrage. - Inspiré des vers de Lafontaine. Anastase Tsiris
06 h 24, le 24 août 2011