Au début du mouvement contre le régime de Bachar el-Assad, les principales figures de l’opposition étaient peu présentes avant de se ressaisir et de commencer à s’organiser. Pour le dirigeant communiste du Parti du travail, Fateh Jamouss, « le régime a toujours cherché à empêcher l’opposition de tisser une relation avec la rue syrienne ». Avant la révolte, « nous avons tenté d’unifier l’opposition. Cela a échoué à cause des désaccords sur les moyens d’opérer un changement démocratique et des divergences sur le régime en place et sur l’intervention étrangère », dit-il. Pour lui, l’opposition n’a pu ni accompagner le mouvement dans la rue, lancé « avec un esprit très spontané », ni « tisser des relations solides avec lui ».
Aujourd’hui, selon un militant sous le couvert de l’anonymat, l’opposition se divise en trois courants : les islamistes, notamment les Frères musulmans, qui ont organisé la récente réunion d’Istanbul, les « nationalistes arabes » regroupés dans le « Comité national pour le changement démocratique », et les « libéraux » de la « Déclaration de Damas » de 2005, avec notamment Michel Kilo et Riad Seif. Mais la contestation a été lancée par des jeunes sans passé militant connu. Préférant le réseau social Facebook, ils ont agi de manière empirique sans lien direct entre eux. Ils ont demandé d’abord plus de liberté, puis après la répression sanglante, ils ont réclamé la chute du régime. Ce n’est que vendredi dernier, soit plus de cinq mois après le début de la révolte, qu’ils ont décidé de se regrouper dans l’« Instance générale de la révolution syrienne », fruit de la fusion de 44 groupes et comités de coordination qui animent depuis cinq mois la contestation.
Estimant être à l’initiative de ce mouvement, ils ont clairement indiqué ne pas vouloir être doublés par des opposants qui entendent créer des structures pour récolter les fruits de cette contestation. Dans un communiqué particulièrement dur, cette instance a critiqué la réunion à Istanbul d’opposants, proches des islamistes, qui veulent un « Conseil national » avec des structures pré-étatiques. « La tenue de plusieurs conférences et l’appel de certains à la formation de conseils transitoires ou de gouvernements en exil (...) ont des répercussions négatives sur la révolution », a-t-elle dit. Pour Zaradacht Mohammad, porte-parole du parti de l’Union démocratique kurde (opposition indépendante), « les partis à l’étranger doivent avoir un rôle de soutien avec ceux qui se battent à l’intérieur ». « Les divergences existent, mais il faut s’unir sur les points d’accord comme un État laïc, le refus de l’intervention étrangère, le caractère pacifique de la rébellion et l’unité nationale. »
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