« Nous devons suspendre la publication des sondages politiques jusqu’au vote de l’Assemblée constituante », assène Rida Kéfi, membre de l’Instance nationale de réforme de l’information et de la communication (INRIC). « Tant qu’il n’y a pas de loi, tant que le métier n’est pas organisé, il faudra surseoir à leur recours », argue-t-il.
Une vision partagée par Hichem Guerfali, directeur du cabinet 3C Études, l’un des six instituts à s’être lancés sur le marché politique, qui avait appelé début juillet à cesser leur publication : « Nous n’avons aucune expérience en matière de sondages politiques. Sans historique d’élections libres, sans référence, nous n’avons aucun moyen de redresser les résultats. »
Une critique qui rejoint celles formulées à l’encontre des instituts de sondage sur une méthodologie jugée opaque : notification aléatoire du commanditaire, échantillonnages peu représentatifs, questionnaires orientés... « Plusieurs experts estiment que les échantillonnages de certains sondages ne sont pas crédibles », constate Rida Kéfi. Les critères comme l’appartenance sociale ou géographique ne sont pas pris en compte car ils ne sont pas recensés dans les statistiques officielles, explique-t-il. De plus, la marge d’erreur est souvent minimisée par les instituts.
Ali Ben Yahia, directeur du bureau d’études ID Claire, récuse ces arguments en insistant sur l’expérience acquise : « L’analyse est différente entre les sondages d’opinion et les études marketing, mais les techniques, les moyens et les équipes terrain sont les mêmes », argumente-t-il. Il rejette également les accusations de clientélisme avec certains partis politiques friands de sondages. « Procès d’intention », estime-t-il, tout en reconnaissant qu’il peut y avoir « un ou deux instituts ayant des connivences avec certains partis ».
Mais son concurrent, Hichem Guerfali, concède certaines pratiques douteuses. « Les instituts sont tentés de modifier les résultats moyennant promesses aux partis », affirme-t-il. « Tant qu’il n’y aura pas d’encadrement, il n’y aura aucun moyen de vérifier et on continuera à s’interroger sur l’argent qu’il y a autour de ces études », estime le journaliste Imed Bahri.
(Source : AFP)

