Les modestes décrottoirs sont à l’honneur d’une exposition à Bruxelles. Georges Gobet/AFP
Une exposition présente jusqu’à la fin du mois 1000 photos de décrottoirs glanés dans Bruxelles par le photographe Christophe Holemans. « Les décrottoirs sont nés en même temps que les trottoirs », à la fin du XVIIIe siècle, une phase-clé de l’histoire urbaine, a expliqué Christian Loir, professeur d’histoire à l’ULB. « Ils font partie de l’histoire de la marche dans nos villes ».
Généralement en fonte, on en trouve de toutes sortes, à côté des portes d’entrée, souvent nichés dans de petits trous au pied de la porte, de style Art nouveau, éclectique ou classique, ils fascinent les nombreux expatriés qui s’installent chaque année dans la capitale de l’Europe. « J’aime dire aux enfants qu’ils sont les portes d’entrée des gnomes de la maison », raconte un blogueur anglo-saxon. « Je suis devenu légèrement obsédé par ces bidules, et j’aime à relever les plus beaux quand je me promène sur les trottoirs pavés de Bruxelles », confie un autre internaute. Pour Laurence Rosier, qui a rédigé les textes de l’exposition « 1 000 décrottoirs », ils sont un témoignage de l’art de la maçonnerie et de la ferronnerie d’antan, mais aussi de l’invention du trottoir contemporain.
Alors que les cités romaines étaient déjà équipées de trottoirs, ceux des villes du XVIIIe étaient très étroits. Il s’agissait davantage d’un seuil entre la chaussée et la maison que d’un espace pour déambuler, souligne Laurence Rosier. Les villes étaient alors très sales, parcourues par des calèches tirées par des chevaux, et de petits métiers, comme celui du décrotteur, consistaient à proposer aux passants de leur épousseter les vêtements, souligne-t-elle. « Tout d’un coup, marcher est devenu à la mode, relève Christian Loir. L’élite a découvert la ville. L’impact a été énorme. » Les villes modernes étaient nées, avec des trottoirs larges, de grands boulevards bordés d’arbres, des parcs publics et des passages couverts. L’espace public a gagné en qualité.
La nécessité de se décrotter les pieds avant d’entrer était mentionnée dans des guides « de l’enfant bien élevé » ou dans des manuels d’hygiène, souligne Laurence Rosier. Durant la première moitié du XIXe siècle, certains modèles trop saillants ont même été interdits par divers règlements urbains, afin de ne pas encombrer les trottoirs d’obstacles potentiellement dangereux. Les décrottoirs ont alors été placés dans des trous de la façade, allant souvent jusqu’à être pleinement intégrés dans la conception des façades et aiguisant, à la fin du XIXe, la fantaisie des architectes de l’Art nouveau.
(Source : AFP)


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