Will Ryman, du théâtre de l’absurde au jardinage urbain.
L’auteur de ce spectaculaire bouquet, Will Ryman, est réputé pour ses sculptures opulentes et plus grandes que nature. L’hiver dernier, il avait égayé les rues froides et enneigées de New York avec un autre arrangement de roses. Fils d’un peintre minimaliste et d’une artiste cultivant l’abstraction, il a été, lui, à l’autre extrême et il a trouvé son inspiration dans ses premières amours, l’art dramatique. D’abord épris de Beckett, Sartre et Ionesco, il a commencé à y aller de son propre cru, pensant que l’écriture dramatique était son destin. Après des années à la dure et ayant atteint ses 32 ans, il confie : « J’ai dû accepter que mes pièces de théâtre ne soient pas largement diffusées, comme je l’aurai voulu. » Alors, il décide d’inventer ce qu’il appelle « un nouveau genre de théâtre ». Avec du papier mâché, il crée des figurines d’environ un mètre de haut, inspirées de la veine absurde, autour desquelles il bâtit un spectacle, et convie ses amis à assister à cette production-narration. Une galeriste présente lui propose d’en faire une exposition.
Une pause bienvenue
Ce sera le point de départ d’une nouvelle carrière. Sa première œuvre : un espace blanc comportant un escalier menant à une plateforme. De là, les visiteurs sont invités à regarder à travers une ouverture peinte en noir. Ce qu’ils verront ? Une centaine de figurines à l’allure enfantine chaussées d’espadrilles et au regard éperdu. Une composition qui a attiré l’attention de plus d’un responsable de centre d’art par son côté fortement dramatique. Ont suivi, Wall Street, plantée près de l’ancien World Trade Center et qui consiste en un agencement de quinze personnages grands d’un mètre, ou un mélange d’hommes d’affaires et de sans-domicile fixe fouillant dans des poubelles, et un vendeur de hot-dog dominant la scène du haut de ses quatre mètres.
Lorsque, récemment, la ville de New York a fait appel à lui pour un new look de Park Avenue, Will Ryman passe à un autre registre. Il met de côté ses visions théâtrales et se transforme en horticulteur travaillant toujours dans l’infiniment grand. Il choisit de faire pousser des fleurs géantes dans un environnement citadin, à la dimension de la Grande Pomme, qui pourront perdurer et qui seront une invite à « cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie ». Une pause bienvenue en ces temps tourmentés où l’on oublie de prendre le temps de vivre.


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