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Liban - Ouvrage

Ce passé qui nous empêche d’avoir un avenir

Le « Camille Chamoun » du Dr Zeidan Karam, un livre à lire sur son balcon, en regrettant sa jeunesse.

L’ouvrage du Dr Zeidan : un exercice d’admiration.

Rendre compte de l’ouvrage du Dr Zeidan Karam sur Camille Chamoun n’est pas chose aisée. Pour l’auteur de cette biographie anticonformiste qui malmène bien des clichés, Camille Chamoun est notre de Gaulle. Le livre, c’est clair, est un exercice d’admiration. Le Dr Zeidan admire, en se référant à tel ou tel des épisodes qui ont marqué la vie et la carrière politique de Camille Chamoun, son intelligence, sa pugnacité, la froideur de ses calculs politiques, sa foi dans le Liban, sa générosité, son désintéressement, bref sa grandeur.
Pour ma part, j’avoue ne pouvoir lire un livre sur le Liban, ou même un livre étranger à notre histoire, sans y chercher quelque part à mieux comprendre la guerre libanaise, sans chercher à trouver et à ramener à la lumière cet élément de connaissance, cet éclairage qui nous permettra, en tant que peuple, de savoir où et comment cette histoire a fléchi.
Les éléments propices à cet exercice parsèment l’ouvrage du Dr Karam. On y apprend notamment comment Camille Chamoun, en modèle de résilience, encaissera en 1980, au nom de « l’unification du fusil », l’inqualifiable liquidation de la milice du PNL, les « Noumour », les Tigres. Le massacre de Safra fit 150 morts. Cinq fois Ehden. Une semaine plus tard, Camille Chamoun recevait chez lui Béchir Gemayel comme si de rien n’était. En apparence. La bête politique avait pris le dessus sur l’homme. Sans un seul regard en arrière, Camille Chamoun avait fait ce qu’il fallait pour prévenir des dizaines de nouveaux deuils.
De toute évidence, une réflexion supplémentaire sur cet épisode sanglant de la guerre s’impose, car le mot massacre revient trop souvent dans l’histoire de la guerre pour que ce soit une simple coïncidence. Un ami vient de me confier que les relations entre les familles du village maronite d’Antoura (Metn) continuent de souffrir de ce qui s’est passé en 1976 : 15 membres du Parti syrien national social plaqués contre un mur et abattus. Atrocité rendue, d’ailleurs, sauf que le mur contre lequel ces chrétiens ont été plaqués était... le mur de l’église. Trente-cinq ans plus tard, la haine infeste toujours les consciences, le désir de vengeance est toujours inassouvi. Une purification de notre mémoire nationale est nécessaire, indispensable. Elle fera beaucoup, n’en doutons pas, pour enraciner les maronites dans leur belle patrie. Amnistie ? Un jour, peut-être. Amnésie ? Sûrement pas.
Mais le livre du Dr Karam n’est pas un livre d’analyse historique à proprement dire. C’est une sorte de récapitulatif mêlé à un livre de souvenirs, à commencer par celui de la première rencontre avec le président Chamoun, aux chevets duquel le Dr Zeidan est amené d’urgence un jour de bombardements sur Achrafieh. Il a l’occasion, ce jour-là, de faire preuve de son savoir-faire et de son sang-froid de cardiologue. Il ne s’agissait que de spasmes cardiaques, certes douloureux, mais qu’une médication des plus simples devait rapidement arrêter.
Évoqués avec plus ou moins de détails, ces souvenirs ouvrent l’horizon à des réflexions historiques passionnantes dont les prolongements doivent être trouvés dans d’autres ouvrages. Ainsi, celui de cet extraordinaire débarquement des marines en 1958 qui, nous dit le Dr Karam, fit échec au projet nassérien d’annexion du Liban à la République arabe unie (RAU). On peut trouver ce jugement sommaire. Mais, réflexion faite, l’est-il tant que ça ? Ce sommaire ne rejoint-il pas, en fait, celui de dizaines de milliers de Libanais qui ne connaissent de leur histoire que ces résumés aussi révélateurs que lapidaires ?
L’intérêt biographique du livre n’est pas absent. C’est avec surprise qu’on apprend que Camille Chamoun adolescent a passé trois années d’exil en Turquie avec toute sa famille, une sentence à laquelle fut condamné son père, Nimr Chamoun, après la découverte par les autorités ottomanes d’une lettre favorable de la France qui lui était adressée. C’est durant ces années d’exil que son caractère volontaire fut trempé, apprend-on, et qu’il acquit son extraordinaire endurance et sa faculté de froide réflexion.
L’ouvrage offre aussi des perspectives sur la tentation persistante de tous les chefs d’État libanais, ou presque : celle de la prorogation de leur mandat. Une tentation qui reflète la résistance à l’alternance et qui en dit long sur la maturité de la société politique libanaise. On y apprend aussi comment Pierre Gemayel fit tout pour écarter Camille Chamoun du pouvoir au lendemain de l’assassinat de Béchir Gemayel, et les mots par lesquels Chamoun accueillit la nouvelle de l’assassinat de Rachid Karamé – « Les salauds, ils ont fini par le tuer... ! » – qu’il devait rencontrer secrètement à Chypre.
Un livre à lire sur son balcon, en regardant les pins et en regrettant sa jeunesse.
Rendre compte de l’ouvrage du Dr Zeidan Karam sur Camille Chamoun n’est pas chose aisée. Pour l’auteur de cette biographie anticonformiste qui malmène bien des clichés, Camille Chamoun est notre de Gaulle. Le livre, c’est clair, est un exercice d’admiration. Le Dr Zeidan admire, en se référant à tel ou tel des épisodes qui ont marqué la vie et la carrière politique de Camille Chamoun, son intelligence, sa pugnacité, la froideur de ses calculs politiques, sa foi dans le Liban, sa générosité, son désintéressement, bref sa grandeur.Pour ma part, j’avoue ne pouvoir lire un livre sur le Liban, ou même un livre étranger à notre histoire, sans y chercher quelque part à mieux comprendre la guerre libanaise, sans chercher à trouver et à ramener à la lumière cet élément de connaissance, cet éclairage qui nous...
commentaires (9)

- Avant c'était Nasser. Aujourd'hui c'est l'Iran. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

12 h 21, le 03 août 2011

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Commentaires (9)

  • - Avant c'était Nasser. Aujourd'hui c'est l'Iran. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    12 h 21, le 03 août 2011

  • Pour une fois tout à fait d'accord avec vous Monsieur Jabbour ( sourire ). Le plus grand président qu'a connu notre pays et toute la région. Rêvons, peut-être qu'un jour la chance nous sourira de nouveau , rêvons. Marie Jose Malha.

    Marie Jose Malha

    11 h 28, le 03 août 2011

  • Pas besoin de commenter sur la grandeur de cet homme politique qui fut le plus grand au Moyen-Orient! cependant, je tiens a relever cette phrase: "... les mots par lesquels Chamoun accueillit la nouvelle de l’assassinat de Rachid Karamé – « Les salauds, ils ont fini par le tuer... ! » – qu’il devait rencontrer secrètement à Chypre". A ceux qui continue a croire faussement a la culpabilité des FL qu'il commence par réviser leurs assertions car nous savons tous qui était derrière ce meurtre aussi!

    Petrossou

    08 h 34, le 03 août 2011

  • il savait s'entouré, il avait lutter contre l'union Syrio-egyptienne des nasserites, il a donné l'exemple du Liban libre qui le restera, le Liban qui ne se soumet pas, les français on trouvé le bon slogan pour nous, "nous ne céderons pas" Ce GRAND homme, avait tracé la souveraineté du Liban, avait empéché sa dilution dans des considérations policau-arabo-régionale, avait attiré les jalousies des autres maîtres qui n'acceptaient pas qu'un tel pays ait un tel grand homme. vivement qu'un homme comme lui surgisse pour redresser le liban sur tout les plans pour que nous retrouvions notre fierté nationale, régionale et internationale. mais la nature sera-t-elle aussi généreuse avec nous qu'au jour de la date de naissance de CAMILLE

    Michel Hitti

    07 h 33, le 03 août 2011

  • je me rappelle comme hier comment en 1976, le president m'a recu a Achrafieh pour repondre aux questions d'une eleve de 8eme qui l'avait choisi pour le faire decouvrir a sa classe du Grand Lycee. Un grand moment pour une fillette de 8 ans. Il etait impressionnant mais d'une gentillesse inegalable.

    Nicole Asfar

    05 h 36, le 03 août 2011

  • Certainement un vrai cèdre du Liban, un homme politique qui a accompli son devoir grâce à son savoir faire, il restera dans la mémoire des générations à venir comme le gentlemen président! Le Liban possède des hommes de sa trempe mais ils ne font plus de la politique, vu la mode.

    Bou Aoun Charles

    03 h 26, le 03 août 2011

  • Souvenir d'enfance d'un homme charismatique: A l'époque où je faisais ma scolarité au petit collège des Jésuites, un Vendredi saint, le Président Chamoun nous a fait l'honneur d'assister à la messe avec nous. Il n'était pas venu seul, il était suivi de toute la garde présidentielle. Tous étaient vêtus de beaux uniformes clinquants et quelques-uns portaient en bandoulière des tambours. Ils frappaient leurs baguettes de telle manière qu'un grondement puissant jaillissait de ces caisses à chaque sacrement. Et le prêtre, pareil à un chef d'orchestre, leur donnait le signal quand il élevait le calice vers le ciel. C'était puissant à en faire trembler les grands et somptueux vitraux de couleurs et le son orageux venait s'évanouir sur les pierres de l'église. Je fermais alors les yeux,pour être imprégné de cette rage musicale qui m'envahissait tout le corps jusqu'à en ressentir la chair de poule. Dès que je les rouvrais, je jetais un timide coup d'oeil vers le Président Chamoun.Il était assis de telle manière que je pouvais constater, d'après l'expression de son visage, qu'il devait ressentir la même émotion que moi.C'était un grand et bel homme, les traits graves, il se dégagait de lui un charisme qui m'avait frappé.

    aractingi jean-marc

    02 h 00, le 03 août 2011

  • - - Un grand Président , un des plus grands ou le plus grand , qu'a connu notre pays et même la région . Le Liban était trop petit pour ce grand homme politique qu'était Camille Chamoun . Nous lui devons tout , la modernité du pays et son exceptionnel visage touristique et sa civilisation . Il a été mal jugé par des excités qui ont voulu le renverser , à la demande " extérieure " de Nasser à l'époque !! comme quoi nos problèmes , tous nos problèmes nous viennent de l'extérieur qui manipule une minorité sensible à ses appels et appuis financiers !! , pour chambarder cette mosaïque qui sans elle , le Liban n'existerai plus .

    JABBOUR André

    01 h 20, le 03 août 2011

  • Le plus grand politicien que le Liban a connu, un grand patriote et un homme d'état exceptionnel. Un charisme inégalé et une intelligence remarquable. Ça prendra des siècles pour avoir un homme de cette stature. Le Liban sous lui a connu son âge d'or.

    Joun Hélène

    21 h 25, le 02 août 2011

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