Les tractations devaient reprendre dans la journée, mais M. Charaf n’était pas arrivé au siège du gouvernement dans l’après-midi et les photographes ont été priés de quitter les lieux, selon la télévision d’État. Le porte-parole du gouvernement a tenu à démentir des « rumeurs » circulant au Caire sur une démission de M. Charaf, qui a pris ses fonctions début mars. L’investiture du nouveau gouvernement, prévue lundi, avait déjà été reportée de 24 heures, pour permettre à M. Charaf de procéder à des derniers arbitrages. Une fois composé, le gouvernement remanié doit prêter serment devant le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées, l’instance qui dirige le pays depuis le départ du président Hosni Moubarak le 11 février. Selon les premières listes de noms qui ont circulé lundi dans la presse, 14 portefeuilles doivent changer de titulaire et 13 pourraient rester inchangés. Mais deux personnalités pressenties ont déjà refusé de joindre le prochain cabinet. Abdel Fatah Banna, qui devait succéder au controversé Zahi Hawass au ministère des Antiquités, a décliné après avoir été contesté par des employés du ministère. Une autre personnalité sollicitée pour prendre le ministère du Commerce international, Ahmad Abdel Wahab, a aussi refusé sans que la raison ne soit connue. En revanche, le remplacement du ministre des Affaires étrangères Mohammad el-Orabi par un autre diplomate de carrière, Mohammad Kamel Amr, a déjà été annoncé officiellement. Idem pour le ministère des Finances, qui sera dévolu à un nouveau Premier ministre adjoint, l’économiste Hazem Beblawi. Le puissant mouvement des Frères musulmans, qui a participé aux manifestations début juillet ayant mené aux sit-in, a fait savoir qu’il fallait désormais laisser une chance au futur gouvernement. « Nous voulons un gouvernement temporaire de techniciens, et les choses vont dans ce sens », a déclaré un responsable de la confrérie islamiste, Essam el-Erian.
Ces remaniements gouvernementaux visent à apaiser la colère de la rue face à la lenteur des réformes depuis la chute de M. Moubarak. Mais ils ont d’ores et déjà été jugés insuffisants par les manifestants qui campent depuis une douzaine de jours sur l’emblématique place Tahrir au Caire, haut lieu du soulèvement anti-Moubarak. La fin des tribunaux militaires pour les civils, l’élimination des figures de l’ancien régime au sein des institutions et le jugement rapide des responsables des violences qui ont fait 850 morts pendant le soulèvement de janvier et février figurent parmi leurs revendications principales. Le maintien possible du ministre de la Justice Abdel-Aziz el-Guindi, soupçonné de traîner les pieds pour faire juger les responsables de l’ancien régime, est particulièrement critiqué. « Il aurait dû être le premier à partir », explique Bola Abdo, un militant originaire de la Haute-Égypte qui campe sur la place Tahrir. Les manifestants dorment dans un village de tentes et ont commencé à s’installer sur la durée, avec plusieurs infirmeries, des ventilateurs, des télévisions et même une librairie et un coiffeur.
Ces tensions politiques surviennent par ailleurs à deux semaines de l’ouverture du procès de M. Moubarak, 83 ans, reclus depuis avril dans un hôpital de Charm el-Cheikh, sur la mer Rouge. Son avocat a assuré dimanche qu’il serait tombé dans le coma, mais l’information a été démentie par l’hôpital et le ministère de la Santé.
(Source : AFP)


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