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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’autre « printemps »

Les dernières nouvelles en provenance de Bahreïn tiennent dans une courte dépêche de 380 mots, citée en page intérieure de la presse dominicale. Un peu plus tout de même que pour la Jordanie, condamnée à une « brève » de quelques lignes. On peut s’en désoler, mais telle est l’impitoyable loi de l’actualité. À croire qu’il en est de certaines nouvelles comme de ces maladies autrefois qualifiées de « honteuses ». Les deux royaumes occupent proportionnellement autant de place dans les journaux que sur la carte du globe, et leur importance géostratégique – le premier abrite la Ve Flotte américaine; le second, s’il venait à disparaître, bouleverserait la donne proche-orientale – ne semble pas susceptible d’influer outre mesure sur cette évidence.
Le fameux « dialogue national » dont on parle depuis des mois avait fini par débuter le 2 juillet. Il a capoté en ce début de semaine, avec le retrait du Wefaq, le principal groupe de l’opposition chiite (70 pour cent de la population), décision entérinée quelques heures plus tard par la Choura, l’organe consultatif du mouvement. Qu’a cela ne tienne : les réunions vont reprendre, a annoncé le palais royal, et « la porte restera ouverte à ceux qui ont décidé de s’exclure eux-mêmes ». Nul pour l’heure ne sait avec quelle(s) partie(s) ce processus va se poursuivre, l’important étant de donner l’illusion que la démocratie, malgré ces gêneurs, est en marche. Objectif donc : mettre en chantier les mécanismes censés déboucher sur le règlement des problèmes d’ordre politique, économique et social, un accent particulier devant être mis en outre sur le thème des libertés publiques. L’opposition doute des bonnes intentions du monarque, Hamad ben Issa al-Khalifa, et de son oncle, cheikh Khalifa ben Salman al-Khalifa, pratiquement inamovible Premier ministre depuis 1971, date de l’accession du pays à l’indépendance. « On ne nous a pas donné l’occasion de formuler nos doléances », constate aujourd’hui Khalil Ibrahim el-Marzouk, porte-parole des opposants, dont les 18 députés ont claqué la porte du Parlement, laissant leurs 22 collègues restants à leurs vaines cogitations.
Depuis février dernier, la répression de la contestation a fait 24 victimes, chiffre auquel il convient d’ajouter quatre morts dans les geôles de l’État, victimes à n’en pas douter de la bienveillante attention de leurs tortionnaires. Les médias du monde entier ayant fait état à l’époque des abus commis (on en était aux premiers temps de l’agitation et le black-out de facto n’était pas encore imposé), Manama aurait suivi les conseils amicaux prodigués par le Big Brother yankee, réduisant au minimum le recours au bâton et se laissant aller à faire des concessions, modestes il est vrai, comme la décision de confier à un tribunal civil, et non plus à la justice militaire, le dossier des trublions de la place de la Perle, détruite à la mi-mars, et accepter une enquête internationale sur les agissements de la police. Aucun signe de fléchissement par contre face aux principales demandes des contestataires : la libération de tous les détenus, l’abandon des charges retenues contre eux et la grâce pour huit activistes condamnés à la prison à vie.
Les deux principaux protagonistes de la « guerre tiède » qui a pour théâtre la région du Golfe, la République islamique et l’Arabie saoudite, avancent désormais à visage découvert. L’envoi par Riyad dans l’île d’une force d’intervention forte d’un millier d’hommes a été qualifiée d’« invasion » par Téhéran, qui n’a pas hésité par moments à parler d’« occupation », alors qu’il s’agit pour la Maison des Saoud de ne pas laisser se créer à sa porte une zone dont les turbulences ne tarderaient pas à se révéler plus que dangereuses, contagieuses.
D’autant plus que sur son front occidental, le royaume wahhabite voit se développer une situation potentiellement inquiétante elle aussi. Vendredi dernier, la police a chargé un groupe de manifestants qui réclamaient, les impudents, « une réforme du mode de gouvernement » et n’hésitaient pas à scander des slogans hautement séditieux, tel : « Nous sommes des citoyens, pas des sujets. » Les matraques se sont abattues sur eux, mais aussi sur les crânes des journalistes et des photographes de presse, tenus d’arborer des gilets orange portant la mention « Presse ». Tout comme à Bahreïn où le Wefaq ne fait pas mystère de ses liens avec l’Iran, ici les Frères musulmans affichent clairement leurs positions après avoir opté pour le boycott des élections législatives de novembre 2010. Ils veulent, disent-ils, combattre la corruption, en fait lutter pour une plus grande transparence et pour une réduction des prérogatives du roi. Le souverain, lui, laisse entendre qu’un jour, le chef du gouvernement pourrait être élu et non plus désigné par la cour, une promesse qui, on l’avouera, paraît plutôt mince.
Trop de revendications d’un côté, pas assez de concessions de l’autre : ainsi vogue, plutôt mal que bien, la galère. En attendant le naufrage.
Les dernières nouvelles en provenance de Bahreïn tiennent dans une courte dépêche de 380 mots, citée en page intérieure de la presse dominicale. Un peu plus tout de même que pour la Jordanie, condamnée à une « brève » de quelques lignes. On peut s’en désoler, mais telle est l’impitoyable loi de l’actualité. À croire qu’il en est de certaines nouvelles comme de ces maladies autrefois qualifiées de « honteuses ». Les deux royaumes occupent proportionnellement autant de place dans les journaux que sur la carte du globe, et leur importance géostratégique – le premier abrite la Ve Flotte américaine; le second, s’il venait à disparaître, bouleverserait la donne proche-orientale – ne semble pas susceptible d’influer outre mesure sur cette évidence.Le fameux « dialogue national » dont on parle...
commentaires (1)

Cet article est comme un pavé dans la mare, pourrait on dire.Mr Merville, vous n'avez pas hésité à utiliser des termes que j'aime bien entendre, yanky et ben saoud, et en les associant nous présenter une situation où ces 2 larrons en foire se moquent du monde. Les 1ers, en donnant des leçons de démocratie à la terre entière par leurs prises de position sur des théatres tel la Syrie, la Libye, la Chine etc... tout en épargnant leur complice régional des ben saoud, et les 2nd, se permettant de donner l'asile à des dictateurs sanguinaires, prêts à intervenir pour réprimer dans le sang un mouvement pacifique et légitime, et qui n'hésitent pas à fouetter jusqu'au sang des femmes qui décideraient de conduire un véhicule, sous l'oeil bienveillant de leur complice yanky. Vous avez par cet article Mr Merville fait douter de la sincérité des soulèvements arabes qu'on croit trop facilement spontanés. Merci d'avoir porter le projecteur sur un théatre révolutionnaire , volontairement occulté par vos confrères.

Kamel Jaber

03 h 29, le 19 juillet 2011

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Commentaires (1)

  • Cet article est comme un pavé dans la mare, pourrait on dire.Mr Merville, vous n'avez pas hésité à utiliser des termes que j'aime bien entendre, yanky et ben saoud, et en les associant nous présenter une situation où ces 2 larrons en foire se moquent du monde. Les 1ers, en donnant des leçons de démocratie à la terre entière par leurs prises de position sur des théatres tel la Syrie, la Libye, la Chine etc... tout en épargnant leur complice régional des ben saoud, et les 2nd, se permettant de donner l'asile à des dictateurs sanguinaires, prêts à intervenir pour réprimer dans le sang un mouvement pacifique et légitime, et qui n'hésitent pas à fouetter jusqu'au sang des femmes qui décideraient de conduire un véhicule, sous l'oeil bienveillant de leur complice yanky. Vous avez par cet article Mr Merville fait douter de la sincérité des soulèvements arabes qu'on croit trop facilement spontanés. Merci d'avoir porter le projecteur sur un théatre révolutionnaire , volontairement occulté par vos confrères.

    Kamel Jaber

    03 h 29, le 19 juillet 2011

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