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Diaspora

Chucri Makari, des cèdres du Liban aux caféières du Brésil

Portrait Le Liban a ses fils répartis sur toute le planète, mais nombreux sont ceux qui n`oublient pas leur terre natale et reviennent avec de nouvelles idées, faisant bénéficier leurs concitoyens de leur esprit d’entreprise. Tel est le cas de Chucri Makari.
18/07/2011
En 1948, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le jeune Chucri Makari quitta son village de Baïno, dans le Akkar, au Liban-Nord, pour émigrer au Brésil, où son père Youssef travaillait depuis dix ans dans le commerce du cristal de roche, dans la ville de Cristalina, État de Goiás, au centre du Brésil. Le jeune Chucri commença à travailler avec son père et s’adapta rapidement à cette nouvelle vie avec une nouvelle langue.
En 1951, il changea de ville, s’établissant à Regente Feijo, État de São Paulo, et diversifia son travail avec le commerce du coton et la création d’une industrie d’huile sous le nom de Sociedade Macari SA. Il retourna ensuite au Liban pour se marier avec Mouna Madi, originaire de Bkerzla (Akkar), dont il a eu trois filles, Diva, Katia et Denise, qui sont nées au Brésil.
Chucri Makari s’intéressa ensuite au domaine du café en achetant des fermes caféières dans l’État du Parana et il se spécialisa dans la plantation, la classification et la torréfaction du café. Au cours de ses allers et venues entre le Brésil et le Liban, il décida en 1970 qu’il devait faire aussi des affaires dans son pays d’origine, vu que le Brésil avait dès 1961 un entrepôt de café au Liban (Institut brésilien du café – IBC).
Gardant ses affaires au Brésil, il retourna donc au Liban où il fonda la Compagnie de torréfaction de café « Compagnie Café Super Brasil ». Pour garder la qualité de son café, il ouvrit au «Palais du café» à Vitoria, État de Espirito Santo, un bureau spécialisé dans la classification de sa propre ferme et des tiers, seule la torréfaction restant à faire au Liban avec des machines importées du Brésil. Son café se développa si bien au Liban qu’en 1980, le Brésil émit un timbre certifiant la qualité du café « Café do Brasil ». Il fut le premier à le recevoir au Moyen-Orient, en même temps que le Japon, l’Angleterre, l’Italie, l’Afrique du Sud et l’Espagne.

Du café au sucre
Chucri Makari poursuivit son extension et entra dans le domaine de l’industrie du raffinage du sucre à Chekka puis développa une plantation de fruits appelée «Sitio Makari» au Akkar, sa région d’origine. Même en temps de guerre (1975-1989), les activités de Chucri se poursuivirent jusqu’à aujourd’hui, au bénéfice des échanges entre ses deux patries, le Brésil et le Liban.
En 1961, l’ex-président de la République du Brésil, Jucelino Kubistchek, visita le Liban, et suite à cette visite, un consulat honoraire du Brésil à Tripoli a été ouvert en raison de la présence d’un grand nombre de Brésiliens et de Libano-Brésiliens dans cette région. Ce consulat a fermé ses portes de 1991 à 1995, date à laquelle Chucri Makari a pris le poste de consul honoraire, multipliant ses activités commerciales et culturelles (ExpoBrasil, ArtBrasil, production de films, traduction de livres du portugais vers l’arabe...) et restant au service de la communauté libano-brésilienne.
En 1998, il reçut du gouvernement brésilien la médaille de grand maître de l’ordre de Rio Branco, du rang d’officier, remise par l’ambassadeur du Liban à cette période, Brian Fraser Neele.
Parmi les premiers Libanais ayant émigré en groupe au Brésil à la fin du XIXe siècle, figuraient plusieurs historiens du Liban-Nord, dont Youssef Moussa Abdel Ahad Chidiac, de Miziara (1860-1930), connu au Brésil sous le nom de José Miziara, et le père missionnaire maronite Jacob Saliba (1850-1930). Ce dernier a fondé en 1897 la première association de bienfaisance libanaise au Brésil, qui existe jusqu’à aujourd’hui.
Rappelons que l’histoire de l’émigration du café commença en Éthiopie, passa par des pays arabes du Golfe et se répandit dans le monde. Après plusieurs discussions sur la qualité du café, a paru en 1671 un opuscule en langue latine de vulgarisation scientifique avec des caractères physiologique et médical, nommé De saluberrima potione Cahue seu café nuncupata discursus (Discours sur la salubrité de la boisson appelée Cahue ou café) et publié à Rome par le moine maronite libanais Fausto Naironi Banesi, nom latinisé de Mourhej Nairon al-Bane, né à Bane (Liban-Nord), professeur de langues orientales au Collège maronite de Rome. Grâce à ce traité, Naironi s’est rendu célèbre et est considéré comme le pionnier de la bibliographie du café.

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