Pavone porte une grande part de responsabilité dans la descente de River Plate, après son penalty raté dans les dernières minutes et qui aurait pu faire pencher la balance en faveur des rouge et blanc. Alejandro Pagni/AFP
Les deux grands quotidiens d’Argentine Ole et Clarin s’accordaient sur le même épithète pour décrire la première descente du club argentin le plus titré et fondé en 1901 : « Historique ».
Pour ce « club des millionnaires », qui n’hésitait pas à casser sa tirelire pour s’offrir les meilleurs joueurs – Alfredo di Stefano, Hernan Crespo, Gabriel Batistuta entre autres y sont passés –, le choc est rude.
Comme pour les supporters de l’équipe « à la bande rouge », qui ont laissé éclater leur colère dans la capitale après la rencontre.
Les autorités argentines avaient pourtant déployé un dispositif de sécurité sans précédent pour un match domestique entre clubs avec 2 200 policiers mobilisés autour du stade Monumental à Buenos Aires.
Le scénario sportif – et celui des incidents qui pouvaient en découler – était prévisible : dans un barrage vital pour sa survie, River Plate s’était incliné à l’aller 2 à 0 sur le terrain de son adversaire Belgrano (D2). Au match retour, dimanche soir, dans son Monumental, River n’a pu que concéder le nul (1-1) et constater les dégâts : descente en deuxième division pour la première fois en 110 ans d’existence et incidents.
Les vitrines brisées (magasins, pharmacies, etc.) par les fans de River ivres de rage offraient un paysage de désolation sur l’Avenida del Libertador, un des principaux axes de la capitale argentine.
Match interrompu
La match – marqué notamment par un penalty raté de Pavone pour River à la 70e minute – fut conclu par l’arbitre avant son terme, le directeur de jeu préférant siffler la fin du match à la 89e minute avant que les incidents, déjà nombreux dans un stade rempli par 50 000 personnes, ne dégénèrent encore davantage.
Les images de la fin de la rencontre n’ont pas fini de faire le tour du monde. Après le coup de sifflet final, les joueurs de River sont restés de longues minutes sur le terrain, bras dessus, bras dessous, en pleurs, en cercle, eux-mêmes encerclés par des stadiers assurant leur sécurité.
Autour d’eux : le chaos. Des pompiers avaient sorti les lances à incendie pour tenter de calmer à grands renforts de jets d’eau les supporters de River – emmitouflés dans leurs blousons et écharpes, car c’est l’hiver austral en Argentine – en train d’hurler leur désespoir et de jeter toutes sortes de projectiles sur les joueurs de Belgrano quittant la pelouse.
À l’extérieur du stade, des policiers furent pris à partie par des fans de River finalement dispersés par canons à eau et police montée. Parmi les 68 blessés, il y a une vingtaine de policiers, dont deux dans un état grave en raison de traumatismes crâniens générés par des projectiles.
Les dirigeants et joueurs de River n’ont pu finalement quitter le stade que trois heures après la fin de la partie sous bonne escorte, les fans réclamant la démission du président du club, ancien international, Daniel Passarella.
« Il faudra qu’ils me fassent partir les pieds devant, nous allons résister, repartir », a seulement lancé le dirigeant du club en quittant le stade, alors que tous les observateurs attendaient un début d’autocritique. Les jours qui viennent risquent d’être difficiles pour lui.

