Le principal courant de l’opposition chiite incarné par le mouvement Wefaq s’est contenté quant à lui d’appeler à une monarchie constitutionnelle dans laquelle le chef du gouvernement serait le leader de la majorité au Parlement. Mais un responsable du Wefaq, Khalil al-Marzouk, a averti hier que le verdict rendu « ne s’accommode pas avec un processus de dialogue », appelé à relancer le processus de réformes politiques qui avait permis de rétablir le Parlement à Bahreïn en 2001. « Il n’y a pas encore de décision officielle du Wefaq de participer ou pas » à ce dialogue, a déclaré M. Marzouk, avant d’ajouter : « Y a-t-il un climat de dialogue lorsqu’on condamne à la prison à vie ceux qui appellent au changement et aux réformes ? »
Au total, 21 opposants, dont sept en fuite, étaient jugés dans le cadre du procès. Ils ont été reconnus coupables d’avoir « formé et dirigé un groupe terroriste visant à changer la Constitution et le régime monarchique », « d’avoir été en contact avec un groupe terroriste à l’étranger, qui agit dans l’intérêt d’un pays étranger en procédant à des actes hostiles contre le royaume de Bahreïn » et d’avoir procédé à une « collecte de fonds pour ce groupe ». Parmi les opposants chiites condamnés à la perpétuité figurent Hassan Mashaimaa, chef du mouvement Haq, Abdelwahab Hussein, chef du mouvement Wafa, le militant des droits de l’homme, Abdelhadi al-Khawaja, qui détient la nationalité danoise, et un autre militant membre du Haq, Abdeljalil al-Singace, souffrant d’une paralysie des jambes. Ont écopé aussi de la prison à vie Mohammad Habib al-Moqdad, détenteur d’un passeport suédois, son cousin Abdeljalil al-Moqdad et Saïd Mirza, tous deux membres du Wafa, et Saïd Abdelnabi Shihab, jugé par contumace. Le tribunal a condamné 13 autres personnes à des peines allant de deux à 15 ans de prison, selon l’agence officielle BNA. L’un des rares sunnites du groupe, Ibrahim Chérif, chef du mouvement Waed, une formation de la gauche laïque, a écopé de cinq ans de prison. Les personnes condamnées ont la possibilité d’interjeter appel.
Avant et après l’annonce du verdict, des manifestations de protestation ont eu lieu dans plusieurs villages chiites, dont Daraz, Bani Jamrah, Sitra, Nouaidrat, Aali, Sanabis et Karzakan, ont indiqué des militants. La justice bahreïnie juge depuis des semaines de nombreux activistes et autres personnes pour leur participation à la contestation. Des journalistes sont jugés pour diffusion de fausses nouvelles et des médecins et infirmiers pour soutien actif aux manifestants.
La vague de protestation populaire, animée essentiellement par les chiites, majoritaires au sein de la population locale, et sa répression ont fait entre la mi-février et la mi-mars 24 morts, selon Manama. Quatre manifestants sont morts depuis en détention. Des organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé la répression à Bahreïn et se sont élevées contre la condamnation à mort de quatre chiites reconnus coupables d’avoir tué deux policiers lors des manifestations. Les autorités ont écrasé la contestation et fait appel à des troupes du « Bouclier de la péninsule », une force commune des monarchies du Golfe.
(Source : AFP)

