Des soldats américains patrouillant, hier, dans la province de Khost en Afghanistan. Ted Aljibe/AFP
La Maison-Blanche a souligné que le discours de M. Obama s’inscrira dans la continuité de celui qu’il avait prononcé le 1er décembre 2009 à l’école militaire de West Point. Il avait alors dévoilé une stratégie de renforts, destinée à briser l’élan des talibans et à empêcher el-Qaëda d’utiliser ce pays pour attaquer les États-Unis, comme le 11 septembre 2001. Il avait annoncé l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires pour lutter contre l’insurrection extrémiste, portant le total à près de 100 000 militaires. Mais soucieux de ne pas s’engager dans une guerre sans fin, il avait aussi promis que dès juillet 2011, « nos soldats commenceront à revenir à la maison ». La Maison-Blanche est restée depuis très vague sur l’étendue et la rapidité du retrait et a insisté sur le fait qu’elles seraient fonction de « la situation sur le terrain », où les progrès restent « fragiles et précaires », selon un rapport d’étape publié le 16 décembre 2010.
Hier en effet, les talibans ont tué huit policiers à un poste de contrôle dans le centre de l’Afghanistan. Les insurgés islamistes, qui multiplient ce genre d’actions de guérilla dans tout le pays, ont lancé leur attaque à l’aube contre un check-point de la province de Ghazni, une place-forte des talibans. Le gouverneur adjoint de Ghazni, Mohammad Ali Ahmadi, a confirmé l’attaque et le bilan des victimes. Zabihullah Mujahid, l’un des porte-parole des talibans, a revendiqué l’attaque dans un court texte envoyé aux agences de presse.
« Il (Barack Obama) ne va pas seulement parler du nombre de soldats qui vont revenir cette année, mais du retrait de tous les renforts dans un temps donné », a expliqué un haut responsable américain. De même source, ce retrait est justifié par « les progrès importants » effectués contre el-Qaëda. Les États-Unis ont « dépassé leurs objectifs » dans la lutte contre la nébuleuse, a ajouté ce responsable sous le couvert de l’anonymat, affirmant que 20 de ses 30 dirigeants ont été tués ces deux dernières années, dont Oussama Ben Laden le 2 mai au Pakistan. Mardi, un autre haut responsable avait affirmé que l’opération de retrait concernerait « vraisemblablement » 10 000 hommes, en deux vagues, avant la fin de l’année, et que le reste des 30 000 hommes serait rapatrié d’ici à la fin 2012.
Le sommet de l’OTAN à Lisbonne fin 2010 a entériné le principe d’un transfert des responsabilités en matière de sécurité aux forces afghanes en 2014. Mais leur capacité à prendre le relais des forces internationales reste problématique, et le gouvernement central afghan est critiqué pour sa faiblesse et sa corruption. Le président américain annoncera également que le prochain sommet de l’Alliance atlantique consacré à l’Afghanistan aura lieu en mai 2012, dans son ancien fief de Chicago.
M. Obama va devoir tenter de résoudre une équation complexe : ne pas compromettre les progrès sur le terrain, où les violences meurtrières persistent, et garder en tête les relations « essentielles mais compliquées » avec le Pakistan, dont les talibans utilisent les zones tribales du Nord-Ouest comme base arrière. Le président, candidat à sa réélection en novembre 2012, devra aussi prendre en considération l’opinion publique américaine. Un sondage publié mardi affirme que 56 % de ses compatriotes sont en faveur d’un retrait d’Afghanistan « aussitôt que possible ». En outre, en période de fort déficit budgétaire, de plus en plus de voix s’élèvent au Congrès pour demander la fin des opérations dans le pays, dont le coût est évalué à environ 10 milliards de dollars par mois. Le chef de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, a toutefois mis en garde M. Obama contre un retrait « précipité », en rappelant que les États-Unis étaient entrés dans le conflit pour empêcher el-Qaëda de disposer d’un « sanctuaire » en Afghanistan.
(Source : AFP)

