Cet autosatisfecit s’accompagne d’une cerise sur le gâteau : d’après la personnalité citée, le gouvernement a déjà entamé son chantier de travail. Avant même la publication de la déclaration ministérielle, zèle qu’il faut applaudir à deux mains (pléonasme courant, assez amusant, car on ne voit pas comment, en tout cas, un manchot pourrait faire la claque).
Le hic, le couac, c’est qu’une frange du pouvoir estime que la vaste rafle entreprise à Tripoli doit constituer l’entrée en matière d’un plan de désarmement de cette cité, mais aussi de Beyrouth. Or l’expérience tentée, à la suite de réunions entre les parties actives sur le terrain et les responsables, de désamorcer le Grand Beyrouth a fait long feu. Après le 7 mai de sinistre mémoire, il y a eu Bourj Abi Haïdar, l’aéroport, la clinique et les chemises noires itinérantes de l’Ouest. La milice, ainsi que les groupes de quartiers de divers bords n’entendent pas se laisser désarmer. La première, la plus lourdement menaçante, avance le prétexte surréaliste qu’une démilitarisation de la capitale constituerait un précédent risquant de s’étendre à bien d’autres régions. Et pouvant déboucher sur une situation où la résistance serait contrainte de mettre son armement à la disposition de l’État, entendre de le soumettre à la supervision de l’armée.
Step by step : l’opposition, sans évoquer Beyrouth, met en exergue Tripoli, après les graves heurts qui s’y sont produits, pour exiger que l’on en fasse une ville ouverte, c’est-à-dire sans armes. Ce qui constitue une défense indirecte, une réfutation, par ricochet, de l’accusation d’avoir déclenché les troubles portée contre les supporters de la minorité.
Polémique
Dont l’action, selon les majoritaires, avait pour but de porter un coup sérieux au président Nagib Mikati qui visitait sa ville natale (pour s’y faire ovationner, dans son esprit), après la formation du gouvernement. De fait, il a dû renoncer aussitôt à recevoir les félicitations. Les détracteurs de l’opposition vont jusqu’à mettre en cause des services sécuritaires qui lui resteraient fidèles, en affirmant qu’ils ont distribué des armes, pour provoquer puis attiser les troubles. En menant campagne pour le désarmement de Tripoli, les souverainistes réaffirment que leur action a toujours été, et restera, pacifique. Et qu’ils ont toujours combattu le recours aux armes. Rendant au camp d’en face la monnaie de sa pièce, ils rappellent qu’il est pratiquement sous la coupe de forces qui n’hésitent pas à proclamer qu’elles n’accepteront jamais de se laisser désarmer.
Selon l’opposition, les événements de Bourj Abi Haïdar, qui ont mis aux prises le Hezbollah et les Ahbaches, auraient dû servir d’avertissement sérieux. La capitale aurait dû être nettoyée des armes hors légalité de toutes sortes, et les autres grandes villes du pays auraient suivi. Il n’y aurait eu alors entre Bab-Tebbaneh et Baal Mohsen que des bagarres sans armes, et non pas un drame sanglant avec plusieurs victimes.
Apparemment sûrs de l’innocence de leurs partisans dans le déclenchement des hostilités, les opposants insistent également beaucoup sur une enquête transparente. Ils demandent que l’on vérifie les bruits propagés de-ci de-là sur les responsabilités, avec convocation de leurs auteurs par la justice. Et avec des questions posées aux médias qui diffusent ces rumeurs, car ils ne doivent pas véhiculer, dans un domaine pénal, des on-dit.
De son côté, le ministre de l’Intérieur, le général Marwan Charbel, assure que les forces de l’ordre ont pour consigne d’appliquer sévèrement la loi à tout contrevenant, sans complaisance. Elles repèrent et perquisitionnent les immeubles ou appartements d’où sont partis des tirs. Le général affirme que l’État est déterminé à user de force, voire de violence, pour faire régner la loi et neutraliser les fauteurs de troubles, car la sécurité est une ligne rouge.
Priorité
Le gouvernement, et plus particulièrement son chef, considère de même que la paix civile est une ligne rouge. Il indique que la stabilité est une priorité, comme en atteste la concertation dirigée par le président Mikati qui a groupé les ministres de la Défense et de l’Intérieur, le commandant en chef de l’arme et le directeur général des FSI.
Selon les ministres, le gouvernement est résolu à affronter les défis en gardant ses rangs bien unis. Ils reconnaissent qu’il n’y a pas beaucoup de cordialité étrangère, et pour ainsi dire pas de congratulations. Le président du Conseil a, dès lors, pris sur lui, d’expliquer aux ambassadeurs reçus à tour de rôle, les Arabes en tête, le projet de son équipe. Bien singulier, bien autonome, bien libanais. Cela en réponse à l’opposition qui accuse le gouvernement d’être la créature du président Assad et du Hezbollah. Une description qui, selon les majoritaires, a influé sur l’Occident et même sur les Arabes.
Le comité de rédaction de la déclaration ministérielle, élargi à Bassil et Daouk pour atteindre le tiers du cabinet (12 membres), tient ce matin sa deuxième réunion. Il doit examiner le brouillon que le président Mikati lui a fait remettre. Des sources informées confirment que les deux dilemmes du TSL et de l’armement de la résistance vont être éludés de la manière la plus simple : un duplicata de la déclaration ministérielle du précédent cabinet Hariri.
Mais l’opposition relève que Tripoli montre que rien n’a changé, et qu’il était inutile de faire sauter le gouvernement Hariri au profit dune équipe incapable de faire régner l’ordre et la sécurité.
Elle se demande, perfidement curieuse, ce qu’il est advenu de la fameuse feuille de route édictée par Hassan Nasrallah avant la formation du cabinet. Comment l’agenda gouvernemental va traiter les prescriptions du sayyed concernant le TSL. C’est-à-dire l’arrêt du versement du quota libanais (49 %) dans le financement du tribunal. Ainsi que le retrait des juges libanais, et la résignation du protocole conclu avec l’instance judiciaire internationale. Enfin, s’interrogent les opposants, les centristes, Sleiman, Mikati et Joumblatt vont-ils s’incliner devant les diktats du 8 Mars, ou plutôt du Hezbollah ?


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine