Sherpa, Transparency International et la Commission arabe des droits humains avaient déjà porté plainte le 19 janvier contre Zine El Abidine Ben Ali et son entourage, cinq jours après sa fuite en Arabie saoudite.
Quelques jours plus tard, le président de la République Nicolas Sarkozy avait assuré, lors d'une conférence de presse, que la France s'attachait "à la recherche systématique des richesses pillées qui doivent être rendues au peuple tunisien".
Le parquet avait ouvert une enquête préliminaire le jour même pour recenser et identifier l'origine des biens détenus en France par l'ancien président tunisien. Elle a été confiée à l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et à la cellule antiblanchiment du ministère de l'Économie, Tracfin.
Après une plainte similaire déposée par Sherpa et une association égyptienne, contre l'ex-chef de l'État égyptien Hosni Moubarak et son entourage le parquet avait également ordonné une enquête pour recel de détournement de fonds publics.
Une troisième enquête a été par ailleurs été ordonnée visant le leader libyen Mouammar Kadhafi.
Les ONG disposent de peu d'informations sur le patrimoine de M. Moubarak en France, contrairement à celui de l'ex-dirigeant tunisien Zine El Abidine Ben Ali dont la fortune et celle de son entourage est évaluée à cinq milliards de dollars par les ONG. La famille possèderait plusieurs hôtels particuliers et des appartements à Paris, d'un chalet à Courchevel (Alpes) et d'une ou deux villas, sur la Côte d'Azur.
Douze comptes appartenant à quatre proches du président tunisien déchu ont déjà été saisis en France, pour un montant de 12 millions d'euros.
Le 1er février, la justice française a par ailleurs saisi à l'aéroport parisien du Bourget un avion privé appartenant à la famille Mabrouk, dont l'un des membres est un gendre de Ben Ali.
Le président de Sherpa, également avocat de Transparence France, Me William Bourdon, s'est dit "satisfait" de l'ouverture de ces informations judiciaires. "Il est temps que nous ayons accès à l'enquête dont le caractère secret n'est plus adapté aux enjeux", a-t-il déclaré à l'AFP.
Selon lui "un juge d'instruction est plus adapté et cela est plus cohérent avec le caractère international des infractions". En outre "cela nous permettra de nous opposer aux tentatives de mainlevées des saisines des biens qui vont se multiplier".
Me Bourdon estime que "les avoirs bancaires et immobiliers" des deux présidents déchus ont désormais "été identifiés". "Nous attendons leur saisie pour garantir leur restitution aux peuples tunisien et égyptien".
Zine El Abidine Ben Ali et son épouse chassés du pouvoir par la révolution tunisienne vont être jugés à partir de lundi prochain à Tunis, mais en leur absence.
Quant au procès de Hosni Moubarak et de ses deux fils pour le meurtre de manifestants pendant la révolte populaire de janvier-février et pour enrichissement illégal, il doit commencer le 3 août au Caire.

