Fouad Siniora hier à Saïda a assuré que le bloc du Futur soutiendrait le gouvernement si ce dernier se décidait à désarmer Tripoli.
M. Siniora s’exprimait lors d’un meeting organisé par le courant du Futur à Saïda. Il a estimé que les incidents meurtriers qui se sont déroulés à Tripoli vendredi dernier ont été « exploités au service d’intérêts politiques sur le dos de la sécurité et de la stabilité des habitants ».
« Nous avons, au courant du Futur, une position claire au sujet des armes et des personnes armées, mais aussi au sujet de ce qui s’est passé et continue de se passer à Tripoli : toute personne qui porte une arme ou qui l’utilise à l’intérieur remplit une fonction de guerre civile », a-t-il dit, pressant l’armée, les forces de l’ordre et la justice de faire face à cet état de choses en toute fermeté et détermination.
S’adressant au Premier ministre, Nagib Mikati, M. Siniora a lancé : « Que Tripoli soit proclamée ville désarmée et que cela soit mis en œuvre dans l’immédiat. Que toute personne armée soit poursuivie et sanctionnée le plus sévèrement possible. Personne ne devrait jouir d’une quelconque couverture et nous serons aux côtés du gouvernement et des services officiels s’ils se mettent à l’œuvre dans ce sens. »
Par ailleurs, M. Siniora a répliqué avec virulence à la boutade lancée vendredi soir par le chef du CPL, le général Michel Aoun, au sujet de la présence prolongée à l’étranger du chef du courant du Futur, Saad Hariri. « Nous lui avons donné un aller simple », avait-il dit.
« Nous avons entendu ces derniers jours des paroles remplies de haine, de vindicte et de tension nerveuse. Quelqu’un a prétendu avoir donné à Saad Hariri un aller simple. Je ne sais pas si ce quelqu’un l’a dit parce qu’il vient d’ouvrir une agence de voyages ou bien parce qu’il a l’intention de prendre un décret religieux chargeant le Premier ministre d’émettre ce billet », a rétorqué M. Siniora.
« Ce qu’ils souhaitent en réalité, a-t-il poursuivi, c’est de donner des allers simples à des millions de Libanais pour qu’ils se retrouvent seuls dans une ambiance tranquille. En fait, il serait peut-être plus facile que l’auteur de ces propos se donne à lui-même un aller simple. Comme cela, tout le monde serait content et lui aussi. »
« On entend également des propos selon lesquels les mêmes parties veulent extirper le legs de Rafic Hariri. Je voudrais poser la question à monsieur le Premier ministre, Nagib Mikati : avez-vous été nommé chef du gouvernement avec pour mission d’extirper le legs de Rafic Hariri ? », a encore dit le chef du bloc du Futur.
« Tout le monde sait que l’enceinte que Rafic Hariri et le peuple libanais ont construite est trop élevée pour que quiconque puisse l’escalader et sauter par-
dessus », a-t-il lancé.
Évoquant la composition du gouvernement, M. Siniora a jugé que « le plus inquiétant est le fait que certains de ses membres portent en eux beaucoup de haine et d’esprit revanchard et vindicatif », et relevé qu’il n’y a jamais eu auparavant dans l’histoire du Liban « autant de candidats battus aux législatives à avoir été réunis au sein d’un même cabinet ».
Reconnaissant que « certains ministres sont compétents et ont bonne réputation », il a néanmoins estimé que ces derniers « se montreront incapables d’influer sur l’action du gouvernement » et invité le chef de l’État et le Premier ministre à assumer leurs responsabilités historiques en s’opposant à toute action vindicative que souhaiteraient mener certaines têtes brûlées » au sein du cabinet.
Enfin, ironisant sur la présence massive de ministres tripolitains, il a dit : « C’est la première fois qu’on utilise autant de détergents pour embellir Tripoli. »
Répondant en soirée à M. Siniora, le ministre de l’Économie et du Commerce, Nicolas Nahas, un proche de M. Mikati, a assuré que « le Premier ministre, que connaît bien M. Siniora, ne se fonde dans son action que sur ses convictions et ses constantes, surtout lorsqu’il s’agit du legs de Rafic Hariri » .
« Celui-ci concerne tous les Libanais, pas une seule partie », a ajouté M. Nahas, affirmant « qu’il n’est pas permis d’introduire la question de Rafic Hariri dans le jeu politique, d’autant que M. Mikati a toujours affirmé qu’il n’y aura pas de politique vindicative ».

