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Moyen Orient et Monde - Le Point

Le dilemme américain

Un œil sur l’approvisionnement en pétrole, un autre sur l’instauration de la démocratie – dans une région qui en est à rechercher le sens qu’il convient d’attacher au concept jadis mis au point par la Grèce antique : on comprend que l’Amérique se soit réveillée au début de cette année atteinte d’un grave strabisme divergent et qu’elle continue de chercher désespérément à concilier les deux impératifs, apparemment contradictoires. D’où l’attitude embarrassée de son président et de son secrétaire d’État, qui alternent maladroitement mises en garde et appels à la raison alors que l’on attend d’eux une claire prise de position. On se souvient encore des atermoiements, inexplicables, dans les premiers instants qui ont suivi les manifestations de la place al-Tahrir. Aujourd’hui, c’est au tour de la Syrie de bénéficier des hésitations US et de cet avertissement, bien étrange en vérité et quotidiennement renouvelé : « Bachar el-Assad doit initier des réformes, le temps presse, ou partir. » Fort bien, pourrait-on rétorquer, mais que les candidats à la succession lèvent le doigt.
Ce n’est pas qu’ils y mettent de la mauvaise volonté, mais il faut bien se rendre à l’évidence : les tombeurs des tyrans peinent à mettre en place les mécanismes qui assureraient une transition en douceur. Si l’on ajoute qu’au niveau de certaines rues, aucun des éventuels candidats à la succession ne fait l’unanimité, on comprend combien difficile est la tâche. D’autant plus qu’au vu de la multiplicité des problèmes à résoudre, il y a de quoi rebuter le plus ambitieux des aspirants à la charge suprême. Faire tabula rasa, on le sait, est facile ; c’est regarnir la table qui pose problème, à moins de prendre les mêmes et de recommencer (impensable pour les tout jeunes révolutionnaires de l’an 2011).
Depuis quelque temps, Washington croit avoir trouvé la solution à l’équation qui se pose. C’est ainsi que l’administration démocrate rappelle à intervalles réguliers la nécessité d’engager des réformes en profondeur sans aller jusqu’à fixer un cahier des charges. Le cas de Bahreïn, par exemple, est évoqué presque à contrecœur et l’on préfère se voiler la face quand sont évoquées les exactions contre la majorité chiite ou l’intrusion d’une force de frappe saoudienne pour rétablir l’ordre dans le minuscule royaume. La toute récente « wild card » adressée à la Jordanie et au Maroc par le Conseil de coopération du Golfe n’a suscité aucun froncement de sourcils. On est entre gens de bonne compagnie, qui savent jusqu’où il est possible d’aller loin sans mettre en danger les relations de bon voisinage.
L’autre problème posé au département d’État est celui du conflit palestino-israélien. Dans cette affaire, Barack Obama se montre disposé à avaler les couleuvres et à essuyer les rebuffades pour peu qu’à l’horizon, se dessine ne fût-ce que l’ombre d’un début de solution. D’où le grand écart qu’il pratique, consistant, d’une part, à assurer Benjamin Netanyahu de l’indéfectible amitié du Big Brother yankee et, d’autre part, à exposer au roi Abdallah ben Abdel Aziz les raisons pour lesquelles il est préférable d’enfouir au fond d’un tiroir son plan de paix endossé par les pays membres de la Ligue arabe lors d’un sommet tenu en mars 2002 à Beyrouth, alors que l’actuel monarque du royaume wahhabite était encore prince héritier et chef de la garde nationale. Or aucune ébauche de solution n’est visible ni prévisible dans un avenir même lointain. Et ce n’est pas la réconciliation intervenue il y a peu entre le Fateh de Mahmoud Abbas et le Hamas de Khaled Mechaal qui va favoriser cette ouverture, à laquelle d’ailleurs nul ne veut faire semblant de travailler.
Depuis Franklin Roosevelt, le marché tacite se résumait ainsi : assurez-nous l’approvisionnement en pétrole et nous vous garantissons la sécurité. Au passage, est-il besoin de le relever, les USA, mus par l’unique souci de faire bénéficier les faibles de leur ombrelle protectrice, leur vendent à prix d’or un armement destiné à contrer la menace iranienne. Dans le détail, le contrat passé en octobre dernier avec le royaume, d’une valeur de 60 milliards de dollars, porte sur la fourniture de 84 chasseurs-bombardiers F-15 et la modernisation de 70 autres appareils du même type, ainsi que sur 178 hélicoptères d’attaque et 12 MD-530F destinés à l’entraînement. Peu importe que la République islamique connaisse, elle aussi, depuis deux ans une contestation qui n’a pas dit son dernier mot, ni que l’ancien secrétaire d’État adjoint Thomas Pickering juge exagéré le danger chiite. L’important est d’assurer la relance de la croissance et du même coup la réélection de l’actuel locataire de la Maison-Blanche.
Encore moins qu’il y a plus d’un demi-siècle, quand commençait à souffler le vent du nationalisme arabe, l’Amérique semble aujourd’hui préparée à faire face au nouveau défi représenté par le mouvement de libération arabe. Et toute la stérile rhétorique d’Obama n’y pourra rien.
Un œil sur l’approvisionnement en pétrole, un autre sur l’instauration de la démocratie – dans une région qui en est à rechercher le sens qu’il convient d’attacher au concept jadis mis au point par la Grèce antique : on comprend que l’Amérique se soit réveillée au début de cette année atteinte d’un grave strabisme divergent et qu’elle continue de chercher désespérément à concilier les deux impératifs, apparemment contradictoires. D’où l’attitude embarrassée de son président et de son secrétaire d’État, qui alternent maladroitement mises en garde et appels à la raison alors que l’on attend d’eux une claire prise de position. On se souvient encore des atermoiements, inexplicables, dans les premiers instants qui ont suivi les manifestations de la place al-Tahrir. Aujourd’hui, c’est au...
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