Des Syriens ont témoigné depuis leurs lits d’hôpital, en Turquie, de la répression des manifestations contre le régime. Mustafa Ozer/AFP
Mohammad, un peintre en bâtiment de 31 ans, a lui aussi été blessé dimanche à Jisr el-Choughour. « Ce sont des policiers en civil qui m'ont tiré dessus. Une balle a transpercé ma main droite, il y a trois doigts que je ne peux plus bouger » affirme-t-il, désignant un gros bandage autour de son bras. « Une heure plus tard, j'étais à la frontière turque. On m'a déposé en voiture juste à la frontière, et passé les barbelés, j'ai été pris en charge par une ambulance turque qui m'a conduit à l'hôpital », poursuit le jeune homme. Mohammad - c'est un prénom d'emprunt - témoigne de la violence de la répression qui s'est abattue sur sa ville. « Samedi, nous enterrions nos morts. À la fin des enterrements, les forces de sécurité ont commencé à ouvrir le feu. On nous a tiré dessus depuis le bâtiment de la poste centrale, on nous a tiré dessus de partout, explique le jeune contestataire. J'ai vu beaucoup de cadavres, mais j'étais surtout occupé à me cacher. » Le peintre dément en revanche toute violence des manifestants ou de quelconques groupes armés contre les forces de sécurité, alors que les autorités syriennes ont affirmé lundi que 120 policiers avaient été tués à Jisr el-Choughour, dont 80 au QG de la Sécurité, par ces « groupes armés ». Un témoignage corroboré par plusieurs blessés hospitalisés à Antakya. « Elles (les forces de sécurité) ont mis le feu au quartier général du parti Baas afin d'avoir une excuse pour tuer les gens », affirme Hassan, un homme d'une cinquantaine d'années, blessé à la cuisse droite, qui assure n'avoir vu aucun cadavre de policier ou de soldat.
Mohammad, avec d'autres témoins, évoque par ailleurs l'intervention dimanche de deux hélicoptères, qui ont mitraillé les rues de la ville. « Des soldats sont venus et ont tiré sur les gens depuis des hélicoptères, ils mitraillaient au hasard », dit-il.
Beaucoup de blessés ont laissé derrière eux une femme, des enfants. Et il n'est pas question pour eux de s'attarder en Turquie. « Là-bas, on nous considère comme des animaux, nous n'avons aucun droit, nous ne possédons rien. Mais si je survis, j'y retournerai, déclare Selim. Pour la démocratie, pour la liberté », et pour sa femme et son enfant, mis à l'abri dans un village proche de Jisr el-Choughour.
(Source : AFP)


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