Sur les plus de 20 500 têtes nucléaires possédées par huit pays (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan et Israël), « plus de 5 000 sont déployées et prêtes à l'emploi, dont 2 000 sont maintenues dans un état de haute alerte opérationnelle », note le Sipri. En outre, les cinq États reconnus officiellement comme nucléaires et signataires du Traité de non-prolifération (TNP) de 1968, c'est-à-dire les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et la Chine, « soit déploient de nouveaux systèmes d'armes nucléaires, soit ont annoncé leur intention de le faire », souligne le rapport. « Les États nucléaires modernisent et investissent dans leur armement nucléaire existant. Il semble donc peu probable qu'il y ait un véritable désarmement nucléaire dans un avenir prévisible », et ce malgré les accords américano-russes Start sur la réduction des armes nucléaires, a déclaré l'adjoint au directeur du Sipri, Daniel Nord. Selon le rapport, les nouveaux accords Start entrés en vigueur en février ne semblent pas devoir mener vers « des négociations à court terme sur de nouvelles réductions des forces nucléaires russes et américaines ».
Par ailleurs, le Sipri note que l'Inde et le Pakistan qui, avec Israël, sont des puissances nucléaires de facto n'ayant pas ratifié le TNP, continuent de produire des vecteurs pour leurs têtes nucléaires. En outre, Islamabad et New Delhi - qui sont en conflit - « augmentent leurs capacités à produire de la matière fissile à usage militaire », selon le rapport. « C'est le seul endroit au monde où il y ait une véritable course à l'armement nucléaire », souligne M. Nord. Selon lui, la situation est d'autant plus préoccupante que le Pakistan est miné par des « acteurs non étatiques ». « Que se passerait-il si le Pakistan perdait le contrôle d'une partie de son arsenal nucléaire ? » interroge-t-il en référence aux risques liés au terrorisme international. De son côté, Israël surveille de près « l'évolution du programme nucléaire iranien ». Et pour M. Nord, le risque avec l'Iran « vient plutôt des conséquences » de son programme nucléaire que de sa capacité à se doter un jour de l'arme nucléaire. Il redoute ainsi le moment où « Israël ou les États-Unis décideront qu'ils doivent intervenir » contre ce programme nucléaire iranien. Le Sipri rappelle en outre que « la Corée du Nord est réputée avoir produit suffisamment de plutonium pour construire un petit nombre de têtes nucléaires », mais qu'il est impossible de vérifier si Pyongyang dispose effectivement d'armes nucléaires.
Le rapport du Sipri souligne également que, ces dernières années, les tensions dans le monde ont été en grande partie alimentées par la lutte pour les richesses naturelles en raison de la croissance de la demande internationale et des pénuries engendrées notamment par les changements climatiques.
Pour le directeur au Sipri du programme Conflits armés et gestion des conflits, Neil Melvin, « les ressources sont un facteur majeur de conflit ». Et même si « l'on ne peut encore parler de conflit direct entre pays à propos des ressources, il y a certainement une tension accrue qui, dans certains cas, peut se transformer en conflit (...) et qui surtout attise les conflits existants », commente-t-il. Par exemple, souligne M. Melvin, « tous nos téléphones portables contiennent probablement des minéraux en provenance du Congo », or aujourd'hui, « en République démocratique du Congo, la violence entourant les activités minières entraîne la violence générale du pays ». Il relève également le rôle du pétrole dans les tensions au Soudan ainsi qu'en Libye où, selon lui, l'or noir a contribué à provoquer une guerre civile.
La hausse soudaine de la demande, liée à l'arrivée massive sur le marché de la consommation de l'Inde et de la Chine, a provoqué une compétition accrue dans la recherche de ressources à exploiter, y compris dans l'Arctique, ainsi qu'une augmentation des prix, particulièrement sensible dans l'alimentation. « Nous avons des projections selon lesquelles les prix de la nourriture pourraient doubler d'ici à 2020 en raison de la pénurie ainsi que du changement climatique », souligne M. Melvin. Or les violences du printemps arabe ont été en grande partie engendrées « par des émeutes de la faim et des individus dénonçant les prix des denrées alimentaires ».
Par ailleurs, le Sipri dénonce la corruption dans le commerce des armes qui constitue « en gros 40 % de la corruption globale sur l'ensemble des transactions », tous domaines confondus. Le rapport annuel reprend aussi des données publiées plus tôt. Les dépenses mondiales en armement, toujours tirées par les États-Unis, ont connu en 2010 leur plus faible croissance annuelle (+1,3 %) depuis 2001 pour totaliser 1 630 milliards de dollars. L'Inde est devenue le plus gros importateur mondial d'armes, qu'elle achète essentiellement à la Russie, et les 100 plus grands fabricants mondiaux d'armement, hors chinois, ont vendu pour 401 milliards de dollars de marchandises en 2009, la palme revenant aux États-Unis où la demande du gouvernement a été soutenue.
(Source : AFP)

