Cependant, on voit mal pourquoi le président Nabih Berry et le général Michel Aoun mettraient en jeu leur crédibilité personnelle, en avançant des contrevérités. Or ces deux leaders, qui n'accordent pas souvent leurs violons, assurent pareillement que les obstacles majeurs sont maintenant levés. Et qu'il ne reste plus à régler qu'un problème relativement secondaire : le choix d'une personnalité devant représenter le groupe des sunnites gravitant dans l'orbite des prosyriens.
Selon un professionnel, le coup d'accélérateur est dû, pour commencer, à l'évolution de la situation en Syrie. Ainsi qu'à la nécessité de faire face aux échéances financières, dont le versement dans les prochaines semaines de traites de la dette publique de 50 milliards s'élevant à un milliard de dollars, cinq autres milliards devant être réglés dans les prochains mois. Un crédit qui requiert un ordre du Conseil des ministres. De plus, et surtout, le pouvoir est confronté à la grogne populaire grandissante provoquée par la crise socio-économique. Avec cherté, chômage, pénuries et migration. Il va sans dire que le vide décisionnel étatique ne fait qu'aggraver lourdement ce problème de subsistance.
Conviction
Contrairement aux propensions initiales de Michel Aoun, du reste mises sous le coude maintenant, la plupart des cadres de la nouvelle majorité sont désormais convaincus que l'on a suffisamment gagné ou perdu du temps. Qu'il faut cesser d'atermoyer, principalement en raison du facteur syrien. Une volonté de sortie de crise rapprochée que le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a pris soin de répercuter dans sa dernière intervention télévisée. Il a confirmé que son parti reste attaché à Nagib Mikati et n'envisage pas son remplacement. Il a appelé les Libanais à prendre patience, leur promettant que la formation aurait lieu bientôt, mais reconnaissant en même temps qu'il subsiste encore des entraves.
Selon les observateurs, le Hezbollah craint qu'à la longue le vide institutionnel ne soit exploité par certaines parties régionales, ou encore par des organisations extrémistes en vue de plonger le Liban dans l'anarchie. Afin, pour les unes, de montrer leur emprise sur la scène locale, et pour les autres, de rappeler quelles menaces elles peuvent représenter.
On pourrait penser que la Syrie est visée quelque part. Mais en réalité ce qui préoccupe le Hezbollah, c'est qu'Israël ne mette à profit les fortes contradictions libanaises et le vacuum du pouvoir pour une opération militaire d'envergure. Un coup de poing qui serait en même temps une fuite en avant. Face à la perte de Hosni Moubarak, mais surtout face à la réconciliation entre le Fateh et le Hamas. Durant le précédent sanglant de la commémoration de la nakba, les soldats israéliens avaient abattu des dizaines de manifestants palestiniens désarmés, tant au Golan qu'au Sud-Liban. L'État hébreu pourrait donc prendre prétexte de la marche palestinienne en direction de la ligne bleue prévue pour la commémoration de la naksa. Mais cette fois avec effet raz-de-marée, comme en 1978 et en 1984.
Se posant en bouclier, l'armée libanaise a donné corps à ces appréhensions dans un communiqué exceptionnel. Rappelant à tous, donc aux Palestiniens qu'elle ne nomme pas, que le Sud-Liban, plus précisément la zone opérationnelle soumise aux dispositions détaillées de la résolution numéro 1701, est une zone militaire. C'est-à-dire où tout mouvement, toute activité tierce sur le terrain sont strictement prohibés, sauf sur demande expresse du commandement de Yarzé. Car depuis la suspension des hostilités de 2006, c'est l'armée, et l'armée seule, sans le Hezbollah ou d'autres formations, qui est en charge de la sécurité et de la stabilité dans cette région sensible.
Les responsables militaires ont du reste communiqué ce texte aux attachés militaires et aux chefs de légations étrangères qui les ont relancés avec inquiétude, pour leur demander ce qui serait fait par rapport à la marche palestinienne annoncée en direction de la frontière et du sit-in de tentes à la porte de Fatmé. Les diplomates ont également pris note du fait que le directoire du Hezbollah n'est plus favorable à une initiative de défi palestinienne qui servirait de prétexte facile à une attaque israélienne. Il conseillerait ainsi aux intéressés de se rassembler loin des frontières, de manière quasi symbolique.

