Christopher R. Hill, ancien secrétaire d’État adjoint pour l’Asie de l’Est, fut ambassadeur des États-Unis en Irak, en Corée du Sud, en Macédoine et en Pologne, ancien envoyé spécial américain pour le Kosovo, négociateur des accords de paix de Dayton et négociateur en chef pour les États-Unis avec la Corée du Nord de 2005 à 2009. Il est aujourd’hui doyen de la Korbel School d’études internationales de l’université de Denver.
M. Netanyahu a plutôt profité de l'opportunité offerte par le discours de M. Obama pour réaffirmer son opposition bien documentée à une solution à deux États basée sur les frontières d'avant 1967. Il a choisi d'ignorer la question d'un retour à de telles frontières comme point de départ à la reprise des négociations, tout comme l'idée de M. Obama de procéder à un échange de terres (une composante classique des négociations de paix internationales) comme base de départ pour aboutir.
La réponse de M. Netanyahu à l'initiative de M. Obama n'a fait que mettre en lumière l'évidence : la complexité d'un processus régional baptisé « printemps arabe » et le lancement de l'année électorale américaine sont des circonstances délicates pour tenter de relancer le processus de paix. Comme l'ont suggéré les déclarations de M. Netanyahu, les Israéliens ont de sérieuses inquiétudes : si l'équation de base demeure finalement « terre contre paix », qui seront donc les interlocuteurs une fois que la poussière soulevée dans le monde arabe sera retombée ? Ce moment tourmenté est une bonne occasion pour poser certaines questions fondamentales sur l'effort de paix à proprement parler, un processus dont la durée en années se mesure en vies entières pour certaines des personnes qui s'y sont investies.
Les éléments d'un éventuel accord sont connus depuis des années : la création d'un État palestinien viable - un objectif soutenu par les deux derniers présidents américains - associée à des frontières sûres pour Israël, quelques arrangements en ce qui concerne Jérusalem et un paquet économique. Si ces composantes étaient mises en boîte et vendues comme un jeu de société, les joueurs ne trouveraient pas si difficile de créer la paix au Moyen-Orient. Pourtant, depuis des décennies, aucune des parties ni aucun des médiateurs de paix n'ont été capables de revendiquer cette victoire. Maintenant qu'une situation régionale chaotique s'additionne à une saison électorale américaine chaotique (dans laquelle aucune question ne sera exclue de l'arène politique), il sera d'autant plus difficile de rassembler ces composantes.
Il est trop tôt pour évaluer l'effet historique du « printemps arabe », mais si une conclusion doit d'ores et déjà s'imposer, c'est qu'Israël et ses voisins palestiniens n'ont pas grand-chose à voir avec cela. Pour les Américains (et les autres) qui pensent que le monde arabe ne pense à rien d'autre qu'à la cause palestinienne, les événements de ce « printemps » en Afrique du Nord, dans la péninsule Arabique et même plus à l'est auraient dû les convaincre du contraire. Il faut nous attendre dans les mois à venir à ce que l'attention des pays de la région reste concentrée sur les questions de gouvernance, de développement de compétences, de droits de l'homme, et sur les moyens de développer des économies capables de répondre aux aspirations rétives de leurs citoyens pour une vie meilleure. Les nouveaux dirigeants arabes devront s'efforcer de répondre énergiquement aux attentes croissantes de leur opinion publique, et leur volonté de soutenir un processus de paix passera au second plan. Il est donc possible d'envisager que durant cette délicate période de transition, et en l'absence totale de toute indication de progrès, le processus de paix pourrait profiter - du moins pour l'instant - de l'impasse, sinon d'une négligence propice. Lorsque rien n'évolue dans la bonne direction, la démarche la plus appropriée pourrait bien être d'actionner le bouton « pause ».
Ici, la précaution est de rigueur. Il y a eu de considérables discussions sur les possibles effets des développements régionaux sur le processus de paix. En Égypte, par exemple, le gouvernement quel qu'il soit devra s'accommoder à l'avenir des structures internes plus démocratiques (comme les comités parlementaires). Mais l'absence de processus de paix pourrait aussi éventuellement influer sur les développements internes dans les pays du Moyen-Orient en cours de réformation. Nous ne devons pas oublier que l'absence de processus de paix pourrait à terme affaiblir les gains fragiles (et certainement pas universels) obtenus dans le reste du monde arabe. En l'absence de processus de paix, le vide laissé pourrait pousser certains dans le monde arabe à répondre au problème des attentes économiques croissantes - et hélas, des attentes politiques précipitées - par une démagogie anti-Israël éculée. L'un des aspects les plus porteurs et rafraîchissants du « printemps arabe » a été le recul du radicalisme arabe face à de vrais personnes impatientes de s'atteler aux vrais problèmes. Mais l'absence de processus de paix pourrait encourager son retour.
Les responsables politiques sont donc confrontés à de difficiles défis. Il est impératif de répondre au « printemps arabe » par une assistance qui soit proportionnelle au potentiel historique du mouvement. Les efforts de l'administration Obama en Égypte, ainsi que les propositions du G8 sur ce qui doit être fait dans la région dans son ensemble indiquent que les responsables internationaux comprennent l'importance du moment. Mais cette reconnaissance ne sera pas suffisante. Les dirigeants internationaux doivent aider à remettre le processus de paix exsangue sur pied, à le clarifier, et à continuer le combat.
© Project Syndicate, 2011. Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats.

