« Le statu quo n'est pas tenable » entre Israël et les Palestiniens, dans une région en pleine révolution, a martelé le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, après ses rencontres avec le Premier ministre palestinien Salam Fayyad à Ramallah et le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem. M. Juppé a proposé l'ouverture de pourparlers selon les modalités évoquées le 19 mai par M. Obama : sur les frontières à partir des lignes de 1967 et les « garanties de sécurité à apporter aux deux États », puis « dans un second temps » sur les réfugiés palestiniens et Jérusalem. « Sur la base d'une proposition du quartette (UE, ONU, États-Unis, Russie) la France serait prête à inviter les différentes parties et tous les pays qui voudraient s'associer à ce processus à une conférence politique (...) à Paris à la fin du mois de juin ou au début du mois de juillet », a-t-il indiqué. « Nous pensons que l'ensemble de la discussion devrait se dérouler sur une année », a-t-il précisé. M. Juppé a révélé avoir présenté cette idée au président palestinien Mahmoud Abbas mercredi à Rome. Paris cherche ainsi à « éviter ce qui nous paraît la moins bonne des solutions, c'est-à-dire aller à l'Assemblée générale des Nations unies au mois de septembre prochain dans le statu quo », a-t-il précisé. Il faisait référence à l'intention des Palestiniens de demander l'adhésion de leur État à l'ONU sur les lignes de 1967 (Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza), faute de perspective d'accord avec le gouvernement israélien.
Dans un communiqué publié après la rencontre avec M. Juppé, le bureau de M. Netanyahu n'a fait aucune mention de la proposition de Paris. Dans le passé, Israël a exprimé ses plus grandes réserves à l'égard de toute conférence internationale, privilégiant des négociations bilatérales avec les Palestiniens sous l'égide des États-Unis.
M. Juppé a également affiché la position spécifique de la France qui, a contrario des États-Unis ou d'Israël, a accueilli la réconciliation en cours entre le Fateh, parti de M. Abbas, et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, comme une « bonne nouvelle dans la mesure où elle peut faciliter des évolutions dans le sens que nous souhaitons ». « Nous ne parlons pas avec le Hamas tant qu'il ne se sera pas conformé aux exigences de la communauté internationale », a rappelé le ministre, énumérant la renonciation à la violence, la reconnaissance d'Israël et le respect des accords signés. « Nous pensons que des évolutions dans ce sens sont sans doute possibles si nous nous y mettons les uns et les autres », a ajouté M. Juppé. « Il me semble qu'il y a eu un temps où Israël refusait de parler avec (le dirigeant palestinien historique Yasser) Arafat parce qu'il n'avait pas reconnu l'existence de l'État d'Israël », a-t-il relevé, soulignant que « c'est avec ses ennemis qu'on fait la paix ». « Un signe d'évolution positive du Hamas dans la bonne direction serait précisément la libération de Gilad Shalit », a-t-il poursuivi, en référence au soldat israélien, également titulaire de la nationalité française, détenu depuis presque cinq ans par le Hamas à Gaza. Paris est « mobilisé » pour Gilad Shalit et « déterminé à faire tout son possible pour œuvrer à sa libération », a ajouté M. Juppé. Le bureau de M. Netanyahu a démenti hier qu'il y ait eu une « percée » dans les négociations pour la libération du soldat, dans un communiqué publié à la suite d'informations en ce sens dans les médias égyptiens.
M. Juppé est également revenu sur une discussion de près d'une heure avec de jeunes militants palestiniens à Ramallah. « J'ai bien senti l'immense frustration qui est la leur aujourd'hui, leur impatience », a-t-il confié, se disant « conforté dans l'idée que le statu quo n'était pas possible, qu'il amènera sans doute à une montée des tensions qui ne sera bonne pour personne ».
(Source : AFP)

