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Liban - Éclairage

Les conflits s’accumulent et pas de gouvernement en vue

En dépit de la rencontre lundi soir à Aïn el-Tiné entre le président de la Chambre Nabih Berry et le Premier ministre désigné Nagib Mikati, en présence du député Ali Hassan Khalil, aucun élément nouveau n'est venu ranimer les cendres gouvernementales. Des rumeurs avaient circulé pendant quelques heures sur une nouvelle position de la part des responsables, qui seraient favorables à une relance des concertations sur la base de la formule 11 ministres centristes et 19 pour la nouvelle majorité, sous prétexte qu'on ne peut plus « attendre l'évolution des événements en Syrie », d'autant qu'ils risquent de se prolonger sans qu'on puisse en préciser l'issue. Cette idée a aussitôt fait son chemin sur la base de ce qu'on appelle désormais « l'affaire des télécoms », qui a certes écrit un nouveau chapitre dans l'effondrement du prestige de l'État et de ses institutions. Mais elle a aussi placé les ministres Ziyad Baroud et Charbel Nahas pratiquement sur la même longueur d'onde. De même, la détermination annoncée du président de la République de déférer en justice le directeur général des FSI, après la conversation téléphonique d'une demi-heure entre les deux hommes au cours de laquelle le chef de l'État avait demandé au général Rifi d'exécuter les instructions du ministre Baroud, a créé une sorte de rapprochement tacite entre le chef de l'État et le chef du Bloc du changement et de la réforme. Toutes ces données auraient donc permis l'espace de quelques heures de penser qu'il pourrait y avoir une lueur d'espoir sur le plan gouvernemental.
Mais il faut se rendre à l'évidence. Aussi bien les sources proches de Nagib Mikati que celles de Nabih Berry laissent entendre que le processus gouvernemental est quasiment dans le coma. Pour les premiers, c'est la nouvelle majorité qui ne serait pas pressée de former un gouvernement, pour ne pas assumer des responsabilités importantes dans une période aussi délicate. Ces sources donnent comme exemple la marche annoncée du dimanche 5 juin vers la frontière à l'occasion de la naksa. Si le gouvernement est formé et s'il comporte une large majorité de ministres issus de la nouvelle majorité, comment celle-ci pourrait-elle autoriser, voire encourager, une telle initiative ? Selon cette version des faits, un gouvernement aujourd'hui lierait les mains du Hezbollah au lieu de lui laisser les coudées franches à un moment où la situation régionale reste floue et où il a plus besoin de se sentir libre que responsable. Cette théorie semble plus ou moins confirmée par les derniers propos du leader druze, Walid Joumblatt, qui affirmait récemment qu'il est faux d'affirmer que le secrétaire d'État adjoint américain Jeffrey Feltman aurait cherché à saboter la formation du gouvernement au cours de sa dernière visite écourtée à Beyrouth. M. Joumblatt a voulu ainsi démentir la version de la nouvelle majorité selon laquelle les États-Unis ne veulent pas laisser la nouvelle majorité former un gouvernement au Liban.
À ce son de cloche correspondent les informations véhiculées par le camp du 14 Mars sur la préparation de sanctions contre le Hezbollah au Conseil de sécurité ainsi que sur la publication prochaine de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban dans le courant du mois de juin. Que ces rumeurs soient justifiées ou non, elles confirment la version selon laquelle le Hezbollah ne serait pas pressé de former un gouvernement dans des circonstances aussi complexes. Les sources proches de Nagib Mikati n'ont en tout cas pas beaucoup apprécié l'insinuation du secrétaire général du Hezbollah dans son dernier discours au sujet d'une responsabilité partagée entre le chef de l'État et le Premier ministre désigné face au retard dans la formation du gouvernement. Ces mêmes milieux rappellent que Hassan Nasrallah lui-même a affirmé que le Hezbollah ne compte faire pression sur aucun de ses alliés. La situation gouvernementale se résume donc comme suit : la nouvelle majorité reste attachée à la désignation de Nagib Mikati, mais il n'y a pas de gouvernement en vue. Preuve en est qu'une fois le problème du ministre de l'Intérieur réglé, un autre est apparu avec l'imbroglio de l'affaire dite des télécoms, qui tout en radicalisant les positions replace le conflit dans sa ligne initiale entre d'un côté les partisans du 14 Mars et de l'autre ceux de la nouvelle majorité, plus le président Sleiman.
Les développements des derniers jours ont en effet donné une nouvelle dimension au conflit initial, qui avait commencé entre le ministre des Télécommunications Charbel Nahas et le général Achraf Rifi, puis il a opposé le général Rifi au ministre Ziyad Baroud avant de se transformer en conflit entre le directeur des FSI toujours et le chef de l'État, lequel n'a peut-être pas la possibilité légale d'aller jusqu'au bout de sa volonté de traduire l'officier en justice et qui sait aussi que la justice peut prendre son temps au Liban, surtout dans des affaires aussi délicates.
Nul ne se fait donc trop d'illusions sur la possibilité au Liban de régler un problème avant de passer à un autre. Au contraire, les dossiers s'accumulent et une polémique en remplace une autre, sur fond de vacance gouvernementale prolongée.
En dépit de la rencontre lundi soir à Aïn el-Tiné entre le président de la Chambre Nabih Berry et le Premier ministre désigné Nagib Mikati, en présence du député Ali Hassan Khalil, aucun élément nouveau n'est venu ranimer les cendres gouvernementales. Des rumeurs avaient circulé pendant quelques heures sur une nouvelle position de la part des responsables, qui seraient favorables à une relance des concertations sur la base de la formule 11 ministres centristes et 19 pour la nouvelle majorité, sous prétexte qu'on ne peut plus « attendre l'évolution des événements en Syrie », d'autant qu'ils risquent de se prolonger sans qu'on puisse en préciser l'issue. Cette idée a aussitôt fait son chemin sur la base de ce qu'on appelle désormais « l'affaire des télécoms », qui a certes écrit un nouveau chapitre dans...
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