Un ministre, qualifiant la confrontation survenue de dangereuse, souligne en substance qu'elle relève des méfaits de l'inexistence d'une autorité publique qui tranche, par suite de la crise ministérielle. Il constate que chacun en fait à sa tête. Pour lui, il semble clair que certains de ses collègues, profitant de l'occasion, foulent la Constitution aux pieds. Ils prennent des décisions régaliennes alors qu'ils sont sortants, simplement chargés d'expédier les affaires courantes. Ils ignorent donc avec superbe l'alinéa de l'article 64 qui édicte que le gouvernement n'exerce pas de prérogatives avant d'avoir obtenu la confiance. Et non plus après sa démission, ou qu'il soit considéré comme démissionnaire. Sauf dans le cadre étroit de l'expédition des affaires courantes. Ce ministre confirme que l'affrontement entre le ministre Charbel Nahas et le service des informations des FSI démontre la déliquescence que vivent le pays politique et la machine d'État. Il note que c'est pratiquement la loi de la jungle qui prévaut, la raison du plus fort, de celui qui contrôle le mieux le jeu. Pour cette personnalité, qui tient à l'anonymat, la Constitution et les lois ne sont plus considérées que comme de simples vues de l'esprit, auxquelles personne ne se soumet, et qui sont sujettes à toutes les interprétations possibles et imaginables. Chacun les lit donc à la lumière de ses intérêts propres. Alors que pour le fond, elles sont aussi claires qu'impératives, tout le monde devant se placer sous leur toit.
Il poursuit qu'il est inadmissible que la politique dispose, selon ses caprices, des règles de base. Surtout dans la phase présente, où l'on voit les masses, les contestataires arabes, lutter pour le changement et pour la démocratie. Ce ministre observe qu'il serait par trop ironique qu'au moment où cette évolution prend corps, le Liban, premier et seul pays arabe démocratique à l'origine, prenne le chemin contraire. En s'apprêtant à gommer la Constitution, à plonger dans le vide institutionnel et l'anarchie.
Péril
Épreuve dangereuse ? Mais oui, répond le ministre, puisqu'elle répercute le degré d'une tension interne qui frise désormais l'explosion. La discorde confessionnelle pointe de nouveau son nez. Car, en arrière-plan de l'affaire des Télécoms, on distingue l'opposition entre sunnites et chiites. Le 7 Mai avait également été provoqué par un conflit sur les télécommunications, plus exactement sur le réseau du Hezbollah dans le périmètre de l'AIB, et ailleurs. Ce sont les deux décisions du gouvernement, prises le 5 mai, relatives au ministère des Télécoms et au potentiel du Hezb, qui avaient porté ce dernier à réagir par les armes. Dès lors, certains redoutent qu'il n'y ait un nouveau 7 Mai, mais sunnite cette fois. Ogero et Rifi faisant face au ministre Charbel Nahas.
Pris entre ces deux feux, Ziyad Baroud, ministre sortant de l'Intérieur, a annoncé qu'il surdémissionne. C'est-à-dire qu'il ne va plus expédier les affaires courantes, ni signer le courrier de son département. Il apporte ainsi son écot, si besoin était, à l'impasse ministérielle présente, issue du conflit qui déchire la nouvelle majorité dont Walid Joumblatt dénonce l'irresponsabilité. Baroud, dont les prestations à l'Intérieur sont unanimement louées, rappelle par son exemple que les cadres issus de la société civile, et non des partis politiques, sont à même de bien servir le pays, en échappant aux pressions découlant des conflits politisés. C'est là une façon indirecte de répliquer au 8 Mars qui refuse les technocrates, les extraparlementaires, les indépendants et les apolitiques.
Cependant, quand on met en garde contre un bras de fer confessionnel islamique, on oublie que le vis-à-vis d'Ogero et de Rifi, c'est finalement un ministre chrétien, Charbel Nahas. Alors, comment peut-on évoquer une hostilité sunnito-chiite ? Les professionnels répondent qu'une fois de plus, en se référant aux précédents où le CPL avait été mis en avant, ce serait en quelque sorte par procuration. Du Hezbollah, bien entendu. Un procédé commode. Au point que le général Jamil Sayyed relève que « les atteintes du général Rifi et du colonel el-Hassan au ministre Charbel Nahas n'auraient pas eu lieu s'il avait été sunnite, chiite ou druze. Malheureusement, il se fait qu'il est chrétien, ce qui les incite à jouer les matamores, pour l'offenser et faire les braves à ses dépens ».
D'autre part, les événements portent le chef de l'État, le président Michel Sleiman, à multiplier les efforts pour une sortie accélérée de la crise ministérielle. Selon ses proches, il aurait en tête diverses options. Il se concerte avec le président Mikati mais également avec le président Hariri et divers pôles. Pour la mise en place d'un gouvernement responsable, appelé à faire face à diverses échéances importantes que seul un pouvoir légitimement investi peut traiter.
Quant au président Mikati, il assure, selon ses visiteurs, que l'on est à deux doigts de prendre des initiatives importantes, surtout après les derniers événements sur le terrain. Et après les déclarations du leader du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, sur la situation intérieure et la crise ministérielle.
Le président Nabih Berry, également cité par des proches, compte lui aussi agir et tenter de multiplier les contacts avec Rabieh. Pour s'efforcer de porter le général Michel Aoun, qui maintient ses conditions rédhibitoires, à mettre de l'eau dans son vin. Cela avec le concours du député Walid Joumblatt qui souhaite également unifier la nouvelle majorité. Après, selon Joumblatt, pression de la communauté druze. Le leader de la Montagne aurait été relancé, selon des sources qui se disent informées, par le Hezbollah, au sujet de ses indications relevant que le parti de Dieu ne souhaite pas voir se former un nouveau gouvernement. Il aurait répondu en expliquant que sa position survient après un blocage dû au fait que le Hezbollah ne fait toujours pas pression sur Aoun pour dénouer l'écheveau. Le général ne fait qu'accentuer l'escalade, notamment contre le président Michel Sleiman. En lui imputant même la responsabilité de l'affaire des Télécoms et en exigeant qu'il s'en explique avant dimanche.

