Des forces du 8 Mars temporisent, en effet, pour voir comment les choses vont tourner au-dehors, notamment en Syrie. Elles espèrent des développements susceptibles de renforcer leurs positions propres et leurs demandes ministérielles que, jusqu'à présent, le président Mikati rejette. Ces forces misent sur une évolution extérieure qui forcerait le Premier ministre désigné à former son gouvernement à tout prix, c'est-à-dire le leur.
Selon des opposants, c'est à dessein que le Hezbollah s'abstient de faire pression sur son allié, le général Michel Aoun, pour qu'il mette de l'eau dans son vin. Car, en fait, c'est sur le président Mikati et sur le pouvoir que le parti veut faire pression. Pour décrocher des assurances précises de protection contre des tentatives de lui porter atteinte dans les prochaines phases. Des appréhensions relatives à l'acte d'accusation, certes. Mais également aux menaces à peines voilées du président américain, Barack Obama, qui affirme que le Hezbollah « pratique l'assassinat politique et tente d'imposer sa volonté avec des missiles ou des véhicules piégés ». Autre élément, tout à fait chronique : le Hezbollah garde sous le coude son projet de changer le système libanais, pour un régime quasi théocratique. Cela par étapes progressives, la première consistant à torpiller Taëf pour établir une nouvelle parité, provisoire et inégale, donnant deux parts aux musulmans contre une seule aux chrétiens.
Des partenaires du Hezb affirment qu'en tout état de cause, l'impasse actuelle démontre la nécessité de réviser la configuration du pouvoir sur base de nouveaux paramètres. Ils invitent dès lors le président Mikati à former un gouvernement de transition, en harmonie avec ce que la région connaît. Pour un changement pouvant encore s'opérer aujourd'hui dans le calme, à froid, par le biais des institutions. Plutôt que, plus tard, à chaud, dans la rue avec des heurts armés.
Réalisme
Mais un spécialiste écouté soutient le contraire, en estimant que les circonstances extérieures ne permettent pas une refonte du système libanais impliquant de bien difficiles négociations émaillées, sans aucun doute, de vives disputes sur plus d'un sujet. Le pays s'en retrouverait au bord de l'explosion et de la dislocation. C'est bien pourquoi le député Walid Joumblatt ne cesse de réaffirmer son attachement à Taëf. En mettant en garde contre les dangers qu'implique toute atteinte à ce pacte. Le président Nabih Berry, faisant écho à l'opposition souverainiste, s'oppose de même à toute révision de Taëf dans la conjoncture présente. Par crainte de la discorde, comme pour ne pas mettre la Syrie, en pleine épreuve, devant une difficulté, un casse-tête, supplémentaire.
Le président Mikati évite, de son côté, toute polémique, toute controverse. Il pense que cela affaiblirait ses positions et l'empêcherait de progresser. Pour le moment, il procède à l'évaluation des données, à partir des demandes des parties appelées à participer au gouvernement. Et dont certaines ont refusé de présenter une liste de noms et de portefeuilles pour que le Premier ministre désigné fasse ses choix. En fonction de critères retenus pour favoriser la mise en place d'une équipe de travail bien soudée. Sans tiraillements entre les ministres. Avec une répartition équilibrée, sinon parfaitement équitable, entre les blocs parlementaires, les régions, les courants et les tendances.
Un divorce à signaler : le comité de suivi de la nouvelle majorité a arrêté ses travaux. Par suite de différends entre ses membres qui sont : le député Ali Hassan Khalil, pour le président Nabih Berry ;
Hajj Hassan Khalil pour Hassan Nasrallah ; le ministre Ghazi Aridi pour Walid Joumblatt et le ministre Gébrane Bassil pour le général Michel Aoun. Les deux Khalil poursuivent toutefois leur action ensemble et Aridi ne reste pas inactif. Tandis que Bassil attend que le président Mikati change de méthode, car, selon le ministre aouniste, il serait sur une bien mauvaise voie. Sa façon d'aborder la répartition des portefeuilles, et les noms, étant destinée à servir ses intérêts propres, au détriment des pôles, toujours selon le ministre. Il estime en effet qu'en se réservant le droit de choisir les noms, Mikati fait de tout ministre retenu un obligé direct. En rognant ainsi l'autorité ou l'influence de son chef de file politique, chef de bloc parlementaire, de parti ou de courant.
Cela étant, il se répète que le Premier ministre désigné va se trouver obligé de sortir de la crise par un coup d'éclat. Un cabinet de fait accompli, sous le label « gouvernement des gens », formé pour l'essentiel d'experts puisés dans la société civile, épaulés dans les départements à caractère politique par des politiciens chevronnés. Ce gouvernement de partenariat effectif répartirait les responsabilités entre les différentes forces actives du pays. En se donnant pour mission principale de traiter les problèmes, la crise, socio-économiques. Pour laisser, autant que faire se peut, le débat politique au comité national de dialogue. Cela étant, le président Mikati, contrairement à des composantes du 8 Mars, et pas plus que le président Sleiman, n'est pas pour la dénonciation des engagements internationaux du Liban, le TSL ou la 1701 notamment.

