Nasser Makhoul jouant l’un de ses instruments.
Issus de la collection privée de M. Nasser Makhoul, véritable passionné de musique, tous les objets exposés ont été reproduits par ses soins. Les connaissant mieux que quiconque car les ayant fabriqués, il s'est permis de jouer sur une dizaine d'instruments différents lors de l'inauguration de l'exposition. Ces airs correspondaient à différentes villes du pays, en accord avec le thème de la mémoire et ont été très appréciés de l'assistance. Son travail, impressionnant, méticuleux et de longue haleine donne un réel sens au mot passion, car seul un amoureux de la musique était capable de redonner vie à ces instruments disparus, sans même les posséder, ou pouvoir toucher aux originaux.
Des tambours fabriqués avec un morceau de tronc d'arbre, en passant par les flûtes en ivoire, aux sifflets en os, tout est recréé selon les critères et avec les matériaux de l'époque. Ils sont tous présentés aux cotés de leur photo originale, ou de leurs représentations iconographiques ayant permis leur réalisation. Car certains instruments n'ayant jamais été retrouvés, il fallait se fier aux illustrations des mosaïques, bas-reliefs et vases les mettant en scène, vestiges des civilisations disparues pour les reproduire. L'Égypte y occupe une place de choix puisque 17 instruments en sont originaires. Viennent ensuite la Mésopotamie, l'Italie, la Grèce et le Liban. Ce travail est valorisé aujourd'hui par cette exposition et par la recherche qu'a menée l'équipe du musée de l'AUB, sous la direction de sa conservatrice, Leila Badre, pour donner un véritable fond historique à cette exposition.
Une partition musicale écrite en alphabet cunéiforme datant de 3 000 ans, sûrement la première dans l'histoire, ou des psaumes relatant les divers instruments pour prier dieu, en musique, offrent un arrière-plan historique et une valeur ajoutée aux objets exposés. Objets qui peuvent d'ailleurs susciter une certaine curiosité telles les doubles flûtes ou le cor romain dont on se demande quel son ils peuvent bien produire. Les instruments à cordes aux formes variées offrent eux aussi un spectacle amusant, et l'on voudrait presque en attraper un pour en jouer et vérifier si le ton qu'il rend est bien celui qu'on imagine. Une exposition intéressante et rare puisqu'on aura peu d'occasions de voir tant d'instruments anciens réunis dans une même pièce, et même si ce ne sont que des reproductions, un tel travail vaut le détour. Ne serait-ce que pour voir des pièces éparpillées dans différents musées, ou n'ayant même jamais été retrouvées.


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