« À ce stade, il n'y a pas d'interrogatoires croisés, (l'accusé) ne peut pas citer de témoins », a expliqué Randolph Jonakait, professeur à l'école de droit de New York. Si la chambre d'accusation inculpe formellement M. Strauss-Kahn, c'est devant un magistrat d'une juridiction plus élevée mais également de première instance, la New York Supreme Court, que le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) devra comparaître pour se faire signifier officiellement son inculpation - une audience qui a déjà été fixée à vendredi. C'est alors que DSK devra dire s'il plaide coupable ou non. À ce jour, il nie toutes les charges qui pèsent contre lui, selon ses avocats.
« Normalement, (le procès) serait organisé dans un délai de trois mois à un an », a indiqué M. Jonakait.
Le patron du FMI, 62 ans, a été conduit lundi soir dans l'immense prison de Rikers Island, une île de l'East River au nord-est de Manhattan, où il bénéficie d'une cellule individuelle, selon un porte-parole de l'administration pénitentiaire. « Il n'est pas en contact avec les autres prisonniers, a précisé le porte-parole. Cela ne veut pas dire qu'il sera toujours dans sa cellule. Cela veut dire que quand il en sortira, il sera toujours accompagné d'un gardien. »
M. Strauss-Kahn, interpellé samedi, a été écroué lundi par une juge de New York, Melissa Jackson, qui a refusé de le libérer sous caution d'un million de dollars, deux jours après son arrestation à l'aéroport Kennedy de New York. La juge a évoqué un risque de fuite pour ordonner son maintien en détention. La défense de l'ancien ministre français a proposé qu'il remette son passeport à la justice et qu'il s'engage à résider à New York chez sa fille.
La victime « n'arrêtait pas de pleurer »
DSK est visé par sept chefs d'accusation, dont acte sexuel criminel, tentative de viol et séquestration, à la suite des accusations d'une femme de chambre de 32 ans, employée dans l'hôtel Sofitel de New York. L'acte sexuel criminel, qui recouvre une fellation forcée en droit américain, correspond en droit français à un viol. Le terme de viol ne recouvre en droit américain que la seule pénétration vaginale forcée.
La victime présumée « n'arrêtait pas de pleurer » après les faits, a assuré de son côté hier un restaurateur se présentant comme son frère. L'homme d'origine guinéenne, qui tient un petit restaurant dans le quartier de Harlem, affirme que sa sœur l'a appelé par téléphone samedi après-midi alors qu'elle était en compagnie de médecins et de policiers. « Je ne l'avais jamais vue ni entendue comme ça », a ajouté cet homme de 42 ans, qui a précisé que sa sœur travaillait à l'hôtel depuis trois ans. Il a indiqué qu'elle était la maman d'une fillette « d'environ neuf ans » et parlait très bien français. « C'est une bonne musulmane. Elle ne porte pas le voile mais elle se couvre les cheveux », a-t-il dit.
Conformément à la loi, la police n'a pas identifié la victime et a couvert son visage lors de sa venue au commissariat de Harlem où elle a affirmé que M. Strauss-Kahn était bien son agresseur.
« Il est présumé innocent selon la loi », a souligné Benjamin Brafman, un avocat célèbre qui a défendu notamment dans le passé le rappeur Jay-Z ou le chanteur Michael Jackson. DSK bénéficie d'une « ligne de défense forte » et il est « tout à fait probable qu'il soit innocenté en fin de compte ». « Nous sommes évidemment déçus par la décision du tribunal », a-t-il dit après que la juge eut décidé de maintenir son client en détention. « Il est important de comprendre que cette bataille ne fait que commencer », a poursuivi l'avocat.
La défense compte s'organiser notamment autour de l'emploi du temps de samedi de DSK. Ses avocats assurent par exemple que celui-ci n'a pas voulu s'enfuir mais qu'il a tranquillement déjeuné avec une personne dont l'identité n'est pas encore connue, avant de se rendre à l'aéroport où son vol pour Paris était déjà réservé. Ils disent aussi qu'il a oublié à l'hôtel un de ses téléphones portables et appelé pour qu'on le lui fasse porter, ce qu'il n'aurait pas fait s'il était en fuite.
L'affaire a plongé dans l'incertitude le FMI au moment où l'institution doit piloter la réponse à la crise de la dette dans plusieurs pays européens. Le FMI a annoncé lundi à l'issue d'une réunion de son conseil d'administration qu'il allait « suivre les événements » et qu'il n'avait pris aucune décision pour le moment quant au sort de M. Strauss-Kahn, dont le premier adjoint, l'Américain John Lispky, assure l'intérim. S'il devait être condamné, le patron du FMI encourrait de 15 à 74 ans de prison pour l'ensemble des chefs d'accusation dont il fait l'objet. Le FMI a confirmé hier qu'il ne bénéficiait d'aucune immunité diplomatique.
L'affaire a également ébranlé la classe politique française à un an de la présidentielle, où DSK faisait figure de favori, dans le cadre d'une éventuelle candidature socialiste. Sa chute probable constitue un coup dur pour la gauche, qui a insisté néanmoins sur le nécessaire respect de la présomption d'innocence, tout comme le gouvernement qui a appelé à « la prudence ».
(Source : agences)

