Une vague de scandales de pédophilie au sein du clergé - après des événements similaires en Australie et aux États-Unis - avait éclaté en novembre 2010 en Irlande, suscitant une cascade de révélations, notamment en Belgique et en Allemagne. Des évêques s'étaient vu reprocher d'avoir étouffé certaines affaires, en protégeant ou en se contentant de muter des prêtres pédophiles, et le Vatican d'avoir fermé les yeux.
Un des points majeurs de la lettre du cardinal Levada est de réaffirmer de façon ferme que les membres du clergé soupçonnés de pédophilie doivent être déférés aux autorités civiles compétentes, en « suivant toujours les prescriptions des lois civiles ». « L'abus sexuel des mineurs n'est pas seulement un délit au plan canonique. C'est aussi un crime qui fait l'objet de poursuites au plan civil », rappelle-t-il.
Le secret de la confession demeure cependant, le prêtre qui a reçu une confession ne pouvant la divulguer, selon le droit canon.
Le cardinal Levada donne aux évêques - et aux supérieurs d'ordres religieux, jésuite, dominicain, etc. - une « responsabilité juridique fondamentale » dans la lutte contre la pédophilie, a expliqué à la presse le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi. Cette lettre, annoncée depuis un an par Benoît XVI, jouera le rôle d'« une colonne vertébrale devant permettre à toute l'Église d'affronter le problème de manière sérieuse », et d'« un dénominateur commun substantiel » pour des diocèses se trouvant dans les situations les plus variées, a-t-il dit.
Certains épiscopats, comme ceux des pays anglophones et d'Allemagne, ont déjà en effet publié de nombreuses directives, quand d'autres doivent encore tout faire. Des modalités comme celles des réparations financières ne pouvaient être abordées précisément dans cette lettre, car elles doivent être réglées entre autorités civiles et ecclésiales des pays, en vertu des législations, a expliqué le père Lombardi. Les évêques ont jusqu'à « la fin du mois de mai 2012 » pour faire parvenir à Rome « des directives complétées » sur la base de leurs observations locales. Le cardinal Levada les invite à apporter « un soin particulier » à l'échange d'informations sur les candidats au sacerdoce qui « passent d'un séminaire à un autre, entre différents diocèses ». Il insiste aussi sur le suivi des prêtres après leur ordination. Il appelle encore les évêques à « écouter les victimes », en suivant l'exemple de Benoît XVI qui en a rencontré à plusieurs reprises.
Plusieurs associations américaines, très critiques des dissimulations passées du Vatican, ont aussitôt estimé qu'il s'agissait d'« un écran de fumée » et que « la tolérance zéro » promise par Benoît XVI ne se retrouvait toujours pas dans ce texte. SNAP, l'association américaine de victimes de prêtres pédophiles, a regretté que ce document « ne comporte pas de punitions pour les évêques qui n'émettent pas de directives ou violent leurs propres directives ». « Le régime du secret va perdurer », a fustigé l'ONG américaine National Secular Society.
(Source : agences)

