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Moyen Orient et Monde - Analyse

Les sanctions européennes, un coup d’épée dans l’eau

Le régime syrien est tellement replié sur lui-même qu'aucune pression ne risque de l'ébranler.
Les sanctions infligées par l'Union européenne au cercle rapproché du président syrien Bachar el-Assad sont purement symboliques et ne dissuaderont pas son régime de poursuivre la répression sanglante de la contestation, estiment des analystes. Les sanctions, qui prévoient un gel des avoirs et une interdiction d'accès aux pays de l'UE, touchent 13 figures-clés du régime, dont le frère et plusieurs cousins du président, considérées comme les symboles de la répression. Les mesures épargnent toutefois le chef de l'État.
« Les Européens sont dans une position difficile : leurs idéaux de démocratie et de liberté les obligent à dénoncer ces violations des droits de l'homme, mais la realpolitik leur dicte de laisser une porte de sortie à Assad », affirme Joshua Landis, directeur du Center for Middle East Studies à l'université d'Oklahoma. Grâce à son alliance avec l'Iran, son soutien aux mouvements armés libanais et palestinien, le Hezbollah et le Hamas, son refus jusqu'à présent de faire la paix avec Israël, la Syrie est un pays pivot de la région. « L'UE veut juste montrer son mécontentement, mais n'a pas les moyens de réelles sanctions », renchérit Fabrice Balanche, de l'université Lyon 2, auteur de l'ouvrage La région alaouite et le pouvoir syrien.
Malgré les sanctions, qui visent essentiellement à calmer les critiques après les timides réactions internationales face à la répression, le régime, en place depuis 40 ans, ne sera pas ébranlé pour autant. « Ce régime est tellement replié sur lui-même et entretient tellement peu de relations avec le monde extérieur qu'il est difficile de le gêner par de telles sanctions », assure un ancien diplomate occidental dans la région. Dans un système basé sur les loyautés traditionnelles (confessionnelles, claniques, familiales), les personnalités visées par les sanctions semblent indétrônables. « Maher (le frère de Bachar et chef de la garde présidentielle) assure la protection du président et Rami Makhlouf (son cousin et influent homme d'affaires) est en charge de l'argent qui achète la loyauté des plus grandes familles commerçantes de Syrie », affirme le diplomate. Selon les analystes, le fait que M. Assad se débarrasse de sa garde rapprochée relève du suicide politique. « Quand le régime se résume à une famille, son éclatement est plus difficile », dit le diplomate, même s'il souligne des « inimitiés » au sein du clan Assad.
Par ailleurs, les personnalités visées ont déjà largement eu le temps de placer dans un paradis fiscal. Les sanctions risquent également d'avoir l'effet inverse. « Le régime va au contraire accentuer la répression pour montrer qu'il n'est absolument pas sensible à toute pression étrangère », selon M. Balanche. Toutefois, en l'épargnant, l'UE a voulu envoyer un message clair à M. Assad. « Ils lui laissent une porte ouverte (pour) lancer un dialogue national », selon Marwa Daoudy, professeur au Middle East Center à l'université d'Oxford.
Pour les Occidentaux, déjà sur le front libyen, le véritable problème réside dans le manque d'alternative et le risque d'instabilité. Pour eux, « si on détruit le régime, il n'y a personne pour le remplacer », dit M. Landis. Dans un pays multiethnique, avec des Arabes et des Kurdes, et multiconfessionnel, avec des sunnites majoritaires, des alaouites (une branche du chiisme dont est issu M. Assad) minoritaires au pouvoir et des chrétiens, on craint un scénario à l'irakienne et à la libanaise. « S'ils se débarrassent de cette dictature, ce sera probablement la guerre civile et la France et les États-Unis ont peur de ça », affirme M. Landis, concluant : « Le régime va tuer davantage de gens (...) mais ce n'est rien comparé au nombre de morts en cas de guerre » confessionnelle.
© AFP
Les sanctions infligées par l'Union européenne au cercle rapproché du président syrien Bachar el-Assad sont purement symboliques et ne dissuaderont pas son régime de poursuivre la répression sanglante de la contestation, estiment des analystes. Les sanctions, qui prévoient un gel des avoirs et une interdiction d'accès aux pays de l'UE, touchent 13 figures-clés du régime, dont le frère et plusieurs cousins du président, considérées comme les symboles de la répression. Les mesures épargnent toutefois le chef de l'État.« Les Européens sont dans une position difficile : leurs idéaux de démocratie et de liberté les obligent à dénoncer ces violations des droits de l'homme, mais la realpolitik leur dicte de laisser une porte de sortie à Assad », affirme Joshua Landis, directeur du Center for Middle East Studies à...
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