Soupçonnés d'être à l'origine des violences confessionnelles ayant fait 12 morts et 232 blessés samedi soir dans le quartier populaire d'Imbaba, au Caire, les dirigeants salafistes ont nié toute implication. Les principaux heurts se sont produits autour d'une église, attaquée par des musulmans estimant qu'une chrétienne voulant se convertir à l'islam était enfermée dans un bâtiment adjacent. Un religieux de ce courant a expliqué que l'information, selon laquelle cette femme était retenue, s'était répandue après que celle-ci a téléphoné avec un portable à son mari musulman.
Hier, les autorités égyptiennes ont annoncé l'arrestation du « cerveau » de ces violences confessionnelles, sans préciser son identité. Quatre autres personnes impliquées dans ces violences ont été arrêtées, portant à 205 le total des personnes arrêtées.
« Les salafistes jouent un rôle positif », a assuré Abdel Moneim al-Shahat. Ils « ont persuadé les gens d'aller avec la police dans l'église pour négocier sa libération. Mais on leur a tiré dessus. Ils n'étaient pas armés », a-t-il affirmé, accusant des « voyous » d'être responsables de ces violences.
Cet incident est le dernier d'une longue série qui inquiète l'Église copte au point qu'elle veuille organiser un synode sur le rôle croissant des salafistes. Ces derniers ont multiplié les manifestations devant le siège de l'Église copte, réclamant la libération de deux épouses de prêtres qui, selon eux, sont retenues captives par les chrétiens pour s'être converties à l'islam.
Ils sont par ailleurs accusés d'avoir pris la tête d'un mouvement de contestation le mois dernier contre la nomination en Haute-Égypte d'un gouverneur chrétien lié au régime de Moubarak, et la semaine dernière, ils manifestaient contre l'élimination par un commando américain du chef d'el-Qaëda, Oussama Ben Laden.
Beaucoup de musulmans craignent également la montée des fondamentalistes alors que les groupes laïcs essaient de former des partis en vue des législatives de septembre.
Les salafistes estiment que la plupart des musulmans suivent une version corrompue de l'islam qui devrait être abandonnée au profit de pratiques datant du temps du prophète et ses compagnons. Le gouvernement de Hosni Moubarak voyait en eux un compétiteur à al-Azhar, la plus haute institution de l'islam sunnite dont les enseignements théologiques sont désapprouvés par les salafistes. L'ancien régime a dénoncé leurs pratiques, notamment le voile couvrant le visage des femmes, et mené des rafles contre eux après des attentats comme celui commis contre une église, au Nouvel An, ayant fait 21 morts en Alexandrie. Mais les services de sécurité étaient accusés de tolérer ces fondamentalistes, car la plupart de leurs dirigeants prônaient un islam apolitique, à l'opposé des Frères musulmans, mouvement d'opposition le mieux organisé, interdit sous M. Moubarak.
Même si l'idéologie du groupe a inspiré des militants comme Ben Laden, de nombreux religieux salafistes s'opposent aux rebellions contre les gouverneurs musulmans et ne sont pas favorables aux politiques démocratiques, qu'ils considèrent comme une innovation occidentale.
Mais les salafistes en Égypte sont en train de former des partis, tout en assurant que les chrétiens et les autres musulmans n'ont rien à en craindre. « Nous ne voulons pas imposer nos vues sur personne. Nous ne voulons pas transformer la société en un champ de bataille », affirme Shahat.
En dépit des craintes, l'implication du mouvement salafiste dans la vie publique pourrait contribuer à tempérer son idéologie, estime Dia Rachwane, expert des questions islamistes au Centre d'études politiques et stratégiques d'al-Ahram. « Cela peut être positif. Participer au débat et dans la société serait éducatif, » dit-il.
(Source : AFP)

