2 000 personnes, selon des militants des droits de l’homme, ont de nouveau manifesté hier à Banias. Photo AFP
Les forces de sécurité ont également renforcé le siège de la ville de Banias où environ 2 000 personnes manifestaient, selon des militants des droits de l'homme et un témoin. « Nous poursuivrons notre révolution et nos manifestations pacifiques à travers la Syrie jusqu'à ce que nous obtenions notre liberté », ont affirmé les comités de coordination des manifestations dans plusieurs villes, dont celles assiégées de Banias, Douma (près de Damas), Homs (centre) et Deraa (Sud). Cette dernière ville, berceau de la contestation, est bouclée depuis l'intervention de l'armée avec des chars le 25 avril. Plusieurs manifestations de solidarité avec Deraa ont eu lieu depuis dans plusieurs villes syriennes. Deraa, dont le chef de l'État a déclaré que la mission de l'armée qui s'y déroule prendrait fin « très prochainement », a rapporté le journal al-Watan en minimisant le soulèvement dans la ville. « N'importe quel pays au monde pourrait connaître des événements semblables à ceux de Deraa », a déclaré M. Assad, cité hier par le journal.
Selon le Syrian Network News sur Facebook, 1 000 personnes ont également manifesté à Alep. Par ailleurs, à la faculté d'économie de Damas, les forces de sécurité ont dispersé par la force quelque 150 étudiants qui observaient un sit-in de solidarité avec Deraa et arrêté trois étudiants, a indiqué le président de l'Organisation nationale des droits de l'homme, Ammar Qorabi. « Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifions pour Deraa », « Levez le siège de Deraa », ont-ils scandé.
Dans un communiqué, les militants ont dénoncé la répression et les récentes arrestations massives de contestataires, faisant état d'au moins 500 arrestations par jour à travers le pays. « Le régime perd la raison car en dépit du siège et de la brutalité dont sont victimes plusieurs villes, et les arrestations de centaines de personnes, les manifestations prennent de l'ampleur chaque jour », ont-ils souligné. Le nombre de personnes « détenues ou disparues pourrait dépasser les 8 000 », a indiqué Wissam Tarif, directeur exécutif de l'organisation de défense des droits de l'homme Insan, alors que la répression a fait quelque 600 morts depuis le 15 mars, selon des ONG. Selon M. Tarif, Insan avait pu confirmer la détention de 2 843 personnes, mais 5 157 autres noms sont en cours de vérification, dont 4 038 dans la région de Deraa. D'autres ONG ont indiqué que de nombreux jeunes hommes ont été violemment battus dans le cadre de ces rafles qui touchent également femmes, adolescents et personnes âgées. Malgré les violences, les militants ont promis d'aller de l'avant dans leur « révolution ».
Par ailleurs, des centaines de Syriens arrêtés ces derniers jours ont été inculpés de « dégradation du prestige de l'État », un délit passible de trois ans de prison, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'homme.
Les autorités autorisent pour la première fois l'épargne en devises
Dans le même temps, les autorités ont annoncé des mesures pour enrayer la fuite des devises, la Banque centrale autorisant pour la première fois l'ouverture de comptes épargne en devises étrangères jusqu'à 120 000 dollars. La Banque centrale a également décidé d'augmenter le taux d'intérêt sur les dépôts en livre syrienne de 2 %. Désormais, la devise syrienne est rémunérée entre 7 à 9 % contre 5 à 7 % auparavant, a précisé un responsable. Ces mesures visent à « soutenir la monnaie nationale », a-t-il précisé.
Dans l'attente d'une « normalisation » de la situation, la France a recommandé à ses citoyens dont la présence en Syrie n'est pas indispensable de quitter le pays, alors que son chef de la diplomatie Alain Juppé a dit que son pays était en faveur de « sanctions ciblées » de l'UE contre M. Assad qui serait, selon lui, évincé si la répression perdure. Washington a parlé, quant à elle, « de mesures franchement barbares qui s'assimilent à la punition collective de civils innocents », en évoquant Deraa. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a, dans une conversation téléphonique, demandé à Bachar el-Assad de cesser immédiatement la répression.
De nombreuses personnalités du cinéma ont également joint leurs noms à une déclaration publiée cette semaine par des réalisateurs syriens pour dénoncer la violence de la répression en Syrie. Parmi eux figurent Mohammad Alas et Osama Mohammad, qui ont collaboré avec le réalisateur Omar Amiralay, mort en février. Ils ont été rejoints par les réalisateurs Costa-Gavras et Jean-Luc Godard ou encore les actrices Catherine Deneuve et Juliette Binoche.
(Source : agences)


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