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Moyen Orient et Monde - Éclairage

La « génération Bachar » désorientée par la contestation

Pour les hommes et femmes trentenaires, le président est moderne mais son système est obsolète.
Ils sont trentenaires, appartiennent aux bonnes familles de Damas et étaient confiants dans l'avenir. Mais depuis un mois et demi, la « génération Bachar » est désorientée par la contestation inédite contre le régime au sein duquel ils ont grandi.
Dans les dîners, les conversations se focalisent sur les manifestations qui réclament des réformes au président Bachar el-Assad. Pour Louaï, un médecin de 41 ans, « le positif, c'est que, pour la première fois, nous discutons ouvertement, même avec nos voisins. C'était inimaginable il y a un mois ». Depuis l'instauration du régime autocratique du Baas en 1963, toute critique pouvait être rapportée à la redoutable police secrète. « Nous réclamons la liberté de ne plus avoir peur, de dire ce que nous pensons sans réfléchir aussitôt à la personne que nous connaissons dans le cercle étroit du pouvoir et qui nous sortira des mains des moukhabarate », explique Ahmad, un ingénieur de 37 ans. Farouk, un musicien de 34 ans, a été arrêté après avoir participé aux premières manifestations à Damas. « Je suis descendu dans la rue pour réclamer la liberté car j'étais révolté par les évènements à Deraa. Je n'aurais jamais pensé qu'un jour je défilerai en solidarité avec ce village où je ne suis jamais allé. »
Pour ces hommes et femmes de la décennie de M. Assad (45 ans), au pouvoir depuis 2000, le président est moderne, mais son système est obsolète. « La télévision syrienne se comporte comme il y a 40 ans, avant les chaînes satellitaires. Elle fait l'impasse sur les manifestants tués alors que ce sont des martyrs puisque le régime assure qu'ils ont été assassinés par des bandes armées », s'insurge Ahmad, un importateur de 35 ans. Beaucoup pensent que Bachar el-Assad est empêché de réformer le pays par les caciques du régime qui craignent de perdre leurs positions à cause de leur incompétence. « Le ravalement d'un immeuble ne se fait pas en un jour et celui d'un État est encore plus long. Il faut lui laisser du temps », assure Omar, un homme d'affaires de 39 ans. « Du temps ! Cela fait dix ans qu'il est au pouvoir et rien n'a bougé. Selon un proverbe syrien, les nuages annoncent la pluie, mais nous n'avons toujours pas vu de nuages », rétorque Farouk, son ami, un commerçant de 35 ans. « Tu t'es tu pendant 20 ans et aujourd'hui tu veux la liberté immédiatement. Sois patient », assène Omar.
Anouar, un médecin de 44 ans, est interloqué par l'apparition des mots « bandes armées » dans la terminologie officielle. « Il existait un pacte tacite : nous renoncions à notre liberté et le régime nous assurait la sécurité. Nous découvrons maintenant qu'il y a des gangs armés. Au lieu d'épier notre vie privée, les services de renseignements auraient été avisés de les traquer. » « Pour écraser ces terroristes, il faut éradiquer la corruption, car s'il y a des armes, c'est que les contrebandiers réussissent à les faire passer », relève Oussama, 52 ans, un haut fonctionnaire.
Dans un café chic du quartier de Mazzé, l'épouse d'un banquier évoque son départ. « Mon mari et moi pensons partir. On ne peut pas rester si cela tourne à la guerre civile. Nous envisageons d'aller à Dubaï, Barcelone, Paris ou Beyrouth », dit Bouchra, 28 ans. « Beyrouth ! Mais tu n'y penses pas, si la situation empire ici, le Liban sera le premier touché », lui répond un ami.
© AFP
Ils sont trentenaires, appartiennent aux bonnes familles de Damas et étaient confiants dans l'avenir. Mais depuis un mois et demi, la « génération Bachar » est désorientée par la contestation inédite contre le régime au sein duquel ils ont grandi.Dans les dîners, les conversations se focalisent sur les manifestations qui réclament des réformes au président Bachar el-Assad. Pour Louaï, un médecin de 41 ans, « le positif, c'est que, pour la première fois, nous discutons ouvertement, même avec nos voisins. C'était inimaginable il y a un mois ». Depuis l'instauration du régime autocratique du Baas en 1963, toute critique pouvait être rapportée à la redoutable police secrète. « Nous réclamons la liberté de ne plus avoir peur, de dire ce que nous pensons sans réfléchir aussitôt à la personne que nous...
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