Une équipe de policiers scientifiques français et espagnols inspectent la scène du crime. Abdelhak Senna/AFP
Les autorités marocaines et françaises ont immédiatement dénoncé un acte « terroriste » dans ce pays d'Afrique du Nord voisin de la région du Sahara où AQMI est très active. L'organisation détient notamment quatre otages français enlevés au Niger en 2010, et a exigé le départ des troupes françaises engagées dans des opérations de l'OTAN contre les talibans et les partisans d'Oussama Ben Laden en Afghanistan. L'attentat n'a toutefois toujours pas été revendiqué.
Selon les derniers bilans officiels, 15 personnes ont été tuées - dont 11 étrangers - et une vingtaine blessées dans l'explosion qui a soufflé le café Argana, sur la place Jamâa El-Fna, haut lieu du tourisme à Marrakech. Paris a confirmé qu'au moins six Français étaient au nombre des tués et au moins sept parmi les blessés. Les autorités françaises ont également envoyé au Maroc une équipe de huit policiers pour participer à l'enquête. L'organisation policière internationale Interpol a offert son aide pour participer à l'identification des victimes.
Les enquêteurs ont procédé à des interrogatoires de témoins, notamment deux touristes néerlandais qui ont décrit un homme suspect qu'ils ont croisé dans le café Argana. Les témoignages de M. John Van Leeuwen et de Mme Marjolein Appel ont permis d'établir un portrait-robot, et les deux touristes ont été conduits à la morgue, mais n'y ont pas reconnu parmi les victimes l'homme croisé dans le café. Selon des déclarations faites par M. Van Leeuwen, il s'agit d'un Arabe jeune, bien rasé et aux cheveux longs. Il était habillé à l'occidentale, écoutait de la musique sur un lecteur MP3 et avait déposé à côté de lui un gros sac à dos et un sac de sport. « J'ai demandé aux enquêteurs ce matin : "Est-ce que vous pensez que c'est lui ?" et ils m'ont dit "oui"», a indiqué M. Van Leeuwen. Ils pensent qu'il a quitté le café, puisqu'il n'était pas parmi les morts. »
Le ministre de l'Intérieur, Taïeb Cherkaoui, a précisé au Parlement que l'attentat a été provoqué par un engin explosif déclenché à distance. Jeudi, la piste d'un kamikzae avait été évoquée.
« On est juste entré dans le café, on est monté à l'étage pour profiter de la vue et on s'est installé près des balustrades, on s'est assis et ça a explosé », a raconté Nathalie, originaire du nord de la France, à l'hôpital. « Des grandes flammes, de la fumée, des cris. Ensuite, je crois que je me suis évanouie », a ajouté cette femme d'une cinquantaine d'années, d'une petite voix, un bonnet bleu d'hôpital sur la tête, des tuyaux de réanimation dans le nez et une paupière violacée, à cause d'un choc.
Le roi Mohammad VI a ordonné dès jeudi une enquête rapide et transparente, et demandé que l'opinion publique soit tenue au courant de son déroulement. Le souverain, qui a succédé à son père en 1999, fait face depuis le début de l'année à un mouvement de contestation qui exige des changements politiques dans le royaume, et il a promis d'engager des réformes démocratiques. Le Maroc a toutefois été épargné par les troubles, et dans certains cas les violences, qui ont accompagné les appels aux changements dans d'autres pays arabes, notamment l'Égypte, la Tunisie, la Libye et la Syrie.
Justice et bienfaisance, l'un des plus importants mouvements islamistes au Maroc, interdit mais toléré par les autorités, a condamné pour sa part un « acte barbare, quels qu'en soient les responsables », réaffirmant son rejet de toute forme de violence. Le mouvement de Jeunes du 20 février, qui organise régulièrement des manifestations pacifiques, a également condamné un attentat « ignoble » et mis en garde contre « des atteintes aux droits de l'homme », à l'occasion de l'enquête.
Le Conseil de sécurité de l'ONU et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, Paris, Madrid, Washington, Dakar et Libreville ont aussi condamné cette attaque « terroriste », tout comme la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.
(Source : AFP)

