Mardi, des dizaines de roquettes étaient tombées sur le port et ses environs, faisant un mort et touchant notamment un camp de tentes abritant des réfugiés africains en instance de départ, selon un bilan du Croissant-Rouge. Il reste environ 1 300 réfugiés coincés à Misrata, essentiellement des Nigériens. Le bombardement du port a bloqué les évacuations par la mer et la situation dans la ville devient très préoccupante, a averti la commissaire européenne en charge de l'Aide humanitaire, Kristalina Georgieva. La perte du port serait aussi un « vrai désastre » pour les civils qui se retrouveraient sans aide humanitaire, a indiqué le colonel Ahmad Omar Bani, porte-parole militaire du Conseil national de transition (CNT), qui regroupe les rebelles à Benghazi. Selon le Croissant-Rouge à Misrata, les violences dans la ville ont fait environ 1 500 morts, habitants et rebelles, depuis le soulèvement de la ville le 19 février.
L'OTAN, aux commandes de l'intervention militaire internationale depuis le 31 mars, a indiqué hier « avoir empêché une attaque contre Misrata » la nuit dernière. L'organisation a détecté « un important mouvement de véhicules » se dirigeant vers des positions qui pourraient menacer le port de Misrata et des civils, a indiqué la vice porte-parole de l'Alliance, Carmen Romero. L'OTAN a dirigé son aviation vers cette zone et elle a « frappé plusieurs véhicules », détruisant notamment un lance-missile terre-air et six véhicules militaires, selon elle.
Les combats entre rebelles et pro-Kadhafi se cristallisent depuis plusieurs semaines autour de Misrata et de la région d'al-Jabal al-Gharbi, une zone montagneuse dans l'ouest du pays. Dans cette région, de nombreuses familles fuyaient hier Zenten en direction de la frontière tunisienne, a indiqué un témoin. Les forces du colonel Mouammar Kadhafi ont intensément bombardé cette ville et son hôpital, faisant trois blessés, selon ce témoin et un porte-parole de l'hôpital. Des tirs intenses d'artillerie et de mortier ont par ailleurs été entendus vers 14h00 (13h00 GMT) autour du poste-frontière libyen de Dehiba, à quelques km de la frontière avec la Tunisie, ont indiqué des témoins. Ce poste-frontière avait été pris la semaine dernière par les rebelles. Depuis lors, les gens sur place redoutaient une contre-attaque des forces loyalistes.
À Benghazi, le camp de réfugiés est débordé par l'afflux de travailleurs africains dont le rapatriement tarde, a déploré hier Ahmad Baitelmal, qui gère le camp construit par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge libyen. La capacité initiale du camp était de 1 500 personnes, mais hier, quelque 2 200 Africains - essentiellement du Niger - s'y trouvaient. Le camp accueille notamment des réfugiés ayant fui Misrata. Le Comité international de la Croix-Rouge estime que 600 personnes ont débarqué mardi soir, dont 500 originaires du Niger, les autres étant syriens, libyens et irakiens notamment. Un autre bateau transportant 1 000 personnes évacuées de Misrata doit arriver aujourd'hui.
Sur le plan politique, les pays membres de l'OTAN se sont mis d'accord pour installer un représentant de l'Alliance à Benghazi afin de nouer des contacts avec l'opposition libyenne, selon un responsable de l'OTAN. Pour leur part, les États-Unis ont conclu que le CNT mérite leur soutien, mais n'ont pas encore tranché la question de sa reconnaissance officielle, a déclaré hier l'ambassadeur américain en Libye, Gene Cretz. Par ailleurs, des experts de la commission d'enquête indépendante de l'ONU sur les allégations d'atteintes aux droits de l'homme en Libye sont arrivés hier dans le pays, selon l'agence officielle libyenne JANA. Sur le plan financier, le président américain Barack Obama a ordonné formellement le déblocage d'une aide non militaire urgente de 25 millions de dollars destinée aux rebelles. Et une réunion technique du groupe de contact sur la Libye, consacrée à l'aide financière au CNT, s'est tenue hier à Doha, selon le ministère français des Affaires étrangères. L'Union africaine a, elle, appelé à cesser toute opération militaire visant de hauts responsables libyens après une frappe aérienne de l'Alliance qui a détruit dimanche le bureau de M. Kadhafi à Tripoli.
D'autre part, dans une déclaration publiée à Paris par l'écrivain français Bernard-Henri Lévy, soutien de la rébellion libyenne, les chefs ou représentants de 61 tribus libyennes affirment leur volonté de construire « une Libye unie », « une fois le dictateur parti ». À ce sujet, l'ancien directeur de la CIA Michael Hayden a estimé que la chute du dirigeant libyen pourrait compliquer la lutte antiterroriste pour les États-Unis, soulignant que M. Kadhafi était un bon partenaire dans ce domaine. De son côté, le Premier ministre russe Vladimir Poutine a ironisé sur l'intervention militaire en Libye, se demandant s'il fallait ainsi bombarder tous « les régimes tordus » dans le monde. « Kadhafi n'est plus là, il s'est barré depuis longtemps », a-t-il estimé.
(Source : agences)

