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Culture - Festival Bipod

Akram Khan le magnifique !

Dans une communion parfaite avec le public, le chorégraphe britannique et sa compagnie, invités par le British Council, ont présenté au théâtre al-Madina leur dernière création, « Vertical Road ». Un voyage ascendant jusqu'aux portes de l'infini.

Une marche commune des corps qui semble mener vers la voûte céleste.

Et si pour une fois seulement on faisait défiler des images de la fin du spectacle. Clap sur cette fin qui claque comme une gifle pour réveiller un public hypnotisé par plus de soixante minutes d'instants magiques? Sur ce rideau que le danseur principal fait tomber littéralement d'un coup sec comme pour dévoiler à la fois le sens de la performance et celui de la vie? Sur cette clôture en apothéose où, durant plus de cinq minutes, les spectateurs applaudissaient à tout rompre huit fabuleux danseurs qui leur ont présenté une performance visuelle et esthétique de toute beauté sous la houlette de ce chorégraphe, orchestrateur, maître spirituel génial au talent fou.
Plus qu'une danse, plus qu'une chorégraphie, Vertical Road est une cérémonie. Assis, debout, qu'importe? Les spectateurs se sont transformés le temps d'un «hors temps» en fidèles, pour ce rituel physique hors normes.
Né à Londres d'une famille bangladaise, très jeune, Akram Khan s'est initié au kathak, danse originaire du sud de l'Inde avec son maître Sri Pratap Pawar. Plus tard, élève d'Anne-Teresa de Keersmaeker, Khan cherche à croiser tradition et danse contemporaine. Après la performance, il avouera aux spectateurs médusés - qui ne parvenaient pas à décoller de leurs sièges - qu'il s'est toujours senti à la croisée de diverses cultures. En l'an 2000, il monte sa propre compagnie et s'essaye à des correspondances diverses, telles que Sylvie Guillem, Sidi Larbi Cherkaoui, sans oublier le duo «In-I» avec l'actrice Juliette Binoche.
Avec huit danseurs venus d'Asie, d'Europe et du Proche-Orient, Eulalia Ayguade Farro (Espagne), Konstandina Efthymiadou (Grèce), Salah el-Brogy (Égypte), Ahmed Khemis (Algérie), Young Jin Kim (Corée du Sud), Yen-Ching Lin (Taïwan), Élias Lazaridis (Grèce) et Andrej Petrovic (Bosnie), Vertical Road, créée en septembre 2010 au Curve Theatre de Leicester, est une spirale ascendante qui mène vers le sacré.

 

Dans les corridors du hors temps
Rideau. Non, ce n'en est pas un. C'est une membrane indicible, un «film» transparent comme un écran lumineux qui sépare deux mondes du début de la performance jusqu'à la fin. Celui des morts et des vivants. Zombies terrestres ou anges célestes, ils vont se croiser, fusionner, s'unir dans cette chaîne ininterrompue de l'humanité. Inspiré d'un poème de Jalal el-Din el-Rumi, ce conte humain traverse les couloirs du temps et parle du vide infini et absolu, de ce cercle céleste auquel tout homme est convié. «Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas», avait dit André Malraux. «L'Orient m'offre la vision intacte, l'Occident m'a donné le moule nécessaire pour l'exprimer, dit encore Khan. Naître du néant au végétal, puis du végétal à l'animal, et de la mort à l'humain et enfin à l'ange. Pourquoi devrons-nous avoir peur de la mort puisque de ce corps humain me pousseront des ailes et je deviendrai... je deviendrai encore...»
Vertical Road. Tout commence par une route. Chemin de Golgotha, traversée du désert ou Petit Véhicule pour les bouddhistes, c'est dans cette sphère indescriptible d'intangibilité que nous emmène Akram Khan. Comment donner corps à la spiritualité? Faire de ce sanctuaire vivant et vibrant le reflet d'une pensée spirituelle? Dans cet entrelacement de classicisme et de renaissance, le chorégraphe britannique a réussi à articuler la pensée de Rumi et instaurer une sorte de grâce perceptible sur la scène.
Rideau. Vision de Soldats de Terracotta sur les planches. Dans un nuage de poussière («cette pluie de sable que font tomber les météorites tous les jours», expliquera Khan), les danseurs évacuent le temps et embarquent le public dans un voyage vers l'infini. Un périple scandé par l'extraordinaire musique quasi mystique du compositeur Nitin Shawney. Énergiques et puissantes, les notes qui vont crescendo martèlent, tambourinent, rythmant l'espace.
Chamanisme et prières. Chaos et rassemblement unificateur. Groupement «panurgique» et liberté individuelle. Souffle du vent. Larves rampantes et hommes debout. Calme et secousses telluriques. Recueillement. Écritures célestes. Guides, prophètes, hommes et anges. Les échos de ce voyage résonneront longtemps dans la nuit des temps. Cette nuit qu'Akram Khan a su contenir dans un corps absolu et la dessiner d'un trait vertical. Loin de la linéarité du profane.

Et si pour une fois seulement on faisait défiler des images de la fin du spectacle. Clap sur cette fin qui claque comme une gifle pour réveiller un public hypnotisé par plus de soixante minutes d'instants magiques? Sur ce rideau que le danseur principal fait tomber littéralement d'un coup sec comme pour dévoiler à la fois le sens de la performance et celui de la vie? Sur cette clôture en apothéose où, durant plus de cinq minutes, les spectateurs applaudissaient à tout rompre huit fabuleux danseurs qui leur ont présenté une performance visuelle et esthétique de toute beauté sous la houlette de ce chorégraphe, orchestrateur, maître spirituel génial au talent fou. Plus qu'une danse, plus qu'une chorégraphie, Vertical Road est une cérémonie. Assis, debout, qu'importe? Les spectateurs se sont transformés le temps d'un...
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